Dossiers de lecture

Langage et pouvoir symbolique

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« L’institution sociale du pouvoir symbolique »

Pour l’auteur, le rapport de forces linguistique n’est jamais défini par la seule relation entre les compétences linguistiques en présences. En effet, « le poids des différents agents dépend de leur capital symbolique, c'est-à-dire de la reconnaissance, institutionnalisée ou non qu’ils reçoivent d’un groupe ». Il y a donc d’un coté la maîtrise pratique d’un usage de la langue et de l’autre la maîtrise pratique des situations dans lesquelles cet usage de la langue est socialement acceptable.
Bourdieu prend le cas des énoncés performatifs et nous dit que « cette prétention à agir sur le monde social par les mots, c'est-à-dire magiquement est plus ou moins folle ou raisonnable selon qu’elle est plus ou moins fondée dans l’objectivité du monde social ».

Bourdieu ajoute qu’il n’y a pas de pouvoir symbolique sans symbolique du pouvoir que sont les divers attributs symboliques (hermine et toge pour le juge et le médecin).

Il nous dit que « l’insulte comme la nomination appartient à la classe des actes d’institution et de destitution plus ou moins fondée socialement, par lesquels un individu, agissant en son propre nom ou au nom d’un groupe plus ou moins important numériquement et socialement, signifie à quelqu’un qu’il a telle propriété, lui signifiant du même coup d’avoir à se comporter en conformité avec l’essence sociale qui lui est assignée. »

L’auteur nous dit que, pour qu’un énoncé performatif réussisse, il faut une adéquation entre la fonction sociale du locuteur et le discourt qu’il prononce.

Le pouvoir des mots réside dans le fait qu’ils ne sont pas prononcés à titre personnel par celui qui n’en est que le porteur et que sa parole concentre le capital symbolique accumulé par le groupe qui l’a mandaté et dont il est le fondé de pouvoir. Les actes d’autorité ou ce qui reviens au même « les actes autorisés » sont considérés par l’auteur comme « des opérations de magie sociale ».

En effet, pour Bourdieu, le représentant fait le groupe qui le fait ; le porte parole doté du plein pouvoir de parler et d’agir au nom du groupe, de se prendre pour le groupe qu’il incarne, de s’identifier à la fonction à laquelle il se donne corps et âmes, donnant ainsi un corps biologique à un corps institué ; idée que l’auteur résume dans la phrase « l’état, c’est moi » ou ce qui revient au même, le monde est ma représentation.

La reconnaissance du discours d’autorité se fait sous certaines conditions qui définissent l’usage légitime :

  • Il doit être prononcé par la personne légitimée à la prononcer (prêtres, professeurs, poètes…)
  • Il doit être prononcé dans une situation légitime ; c'est-à-dire devant les récepteurs légitimes
  • Il doit être prononcé dans les formes (syntaxiques, phonétiques…) légitimes.

Les différentes formes de domination doivent être reconnues comme légitimes pour durer. Elles doivent devenir comme « naturelles » de sorte que les dominés eux-mêmes adhèrent à l'ordre dominant tout en en méconnaissant le caractère arbitraire (sans cette méconnaissance, ils n'y adhèreraient pas). C'est ce processus qui constitue le principe de la violence symbolique.

L’auteur va par la suite tenter de dégager les propriétés invariantes des rituels sociaux entendus comme « rites d’institution ».

Il met en parallèle le rite kabyle de la circoncision qui tend à consacrer la différence en instituant les hommes en tant qu’homme et les femmes en tant que femmes ; avec l’investiture (du chevalier, du député, du président) qui consiste à sanctionner en faisant reconnaître une différence sociale.
Bourdieu insiste sur le fait que la science sociale doit prendre en compte le fait de l’efficacité symbolique des rites d’institution ; c'est-à-dire le pouvoir qui leur appartient d’agir sur le réel en agissant sur la représentation du réel.
Bourdieu montre que l’institution d’une identité peut être un titre de noblesse mais aussi un stigmate. Pour lui, la formule qui sous-tend la magie performative de tous les actes d’institution est ; « deviens ce que tu es ».

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