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Représentations de la Franc-Maçonnerie

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La franc-maçonnerie est un objet très ancien et pourtant peu connu qui suscite toujours de vives réactions et émotions. Si la franc-maçonnerie existe de longue date, l’intérêt pour de cet objet est loin de s’être amoindri. Les écrits sur la franc-maçonnerie sont nombreux et la notion de secret reliée à l’objet semble constituer un point essentiel de cet attrait.


Cependant, il semble que ce terrain de recherche a été  délaissé par les chercheurs et pas seulement dans le domaine des sciences sociales.

Dans le cadre d’une étude sur les représentations sociales, c’est un objet très intéressant mais aussi particulièrement complexe puisqu’il tend vers le champ des idéologies de part sa nature même.
On peut dire que les accusations envers la franc-maçonnerie ont été nombreuses de tout temps et en tous lieux où celle-ci s’est implantée. Les francs-maçons font couler beaucoup d’encre et sont accusés de comploter secrètement contre l’état par ses détracteurs.Aussi, l’histoire de la maçonnerie fut-elle très différente selon les pays. Persécutée en Russie par le régime tsariste et supprimée par le régime soviétique, elle fut aussi interdite en Espagne et en Italie par les régimes cléricaux. Dans ces deux pays, elle ne pu se développer qu’après la victoire des libéraux et fut supprimée ensuite par les régimes fasciste et franquiste. En Allemagne, où elle s’était développée selon le modèle anglais, elle fut abolie aussi, en 1933, par les nazis.

Présentation de l'objet

Symboliquement, la franc-maçonnerie remonte à la création du monde. Elle a même adopté un calendrier qui commence 4 000 ans avant J.-C. et qui célèbre la construction du Temple à Jérusalem (Xe s. av. J.-C.) comme son premier grand œuvre : la mort d’Hiram, l’architecte de Salomon, est à l’origine d’un de ses principaux mythes.  
Historiquement, ses origines sont plus difficiles à préciser, faute de documents.

Le haut Moyen Âge a connu, en Occident, des associations de métier, dont certaines sont peut-être héritières des collegia de l’Empire romain. Dès le XIe siècle, elles s’organisèrent en confréries, où le savoir-faire professionnel se transmettait par cooptation et initiation.

Les maçons, bâtisseurs des églises, des cathédrales et des châteaux forts, formèrent très vite un métier à part : les secrets professionnels de l’art de bâtir étaient nombreux ; les chantiers étaient des entreprises éNormes pour l’époque, et la protection de l’Église, principal commanditaire des constructions, s’étendait directement sur eux.

En Angleterre, les associations se transformèrent : dès le XVe siècle au moins, les loges des « free masons » initièrent des personnalités du clergé, de la noblesse ou de la bourgeoisie, qui n’avaient aucun rapport avec le métier. Leur nombre alla croissant au XVIIe siècle et ces « maçons acceptés » transformèrent rapidement la maçonnerie opérative en maçonnerie spéculative ou philosophique. En reprenant les rites et les symboles des francs-maçons des siècles précédents, les nouveaux initiés allaient les appliquer à un nouvel art, à une nouvelle recherche. Libérée des contraintes du travail matériel, la maçonnerie allait se diviser en de multiples courants spirituels et se diviser en tendances rivales.

En 1717, quatre loges londoniennes constituèrent la Grande Loge de Londres, qui se donna les pouvoirs d’unifier l’ensemble de la maçonnerie sous la tutelle de son grand maître ; sous l’inspiration d’un français, Jean-Théophile Désaguliers, et avec la signature du pasteur James Anderson, elle publia le livre des Constitutions, qui sont le règlement originel de la maçonnerie moderne. Il faut noter que, dans leur première version de 1723, ces Constitutions d’Anderson jetaient les bases d’une large tolérance religieuse.

Dès lors, la franc-maçonnerie se développa rapidement en Grande-Bretagne : son histoire fut marquée par de nombreuses crises et scissions. L’opposition, en particulier, des loges « orangistes » protestantes et des loges « jacobistes » catholiques fut assez grave. D’autre part, la résistance d’anciennes loges, groupées autour de celle de York, à la volonté unificatrice de la Grande Loge de Londres ne devait cesser qu’en 1813, lors de la création de la Grande Loge unie d’Angleterre. C’est celle-ci qui substitua au libéralisme des Constitutions de 1723 le caractère plus dogmatique d’une révision portant sur l’obligation de la croyance en un Dieu révélé.

Par-delà les multiples obédiences qui la composent aujourd’hui, la franc-maçonnerie apparaît divisée en deux grandes tendances qui, malgré la communauté de leurs rites et de leurs traditions, restent séparées. La première, qui est liée aux puissances maçonniques anglo-saxonnes et se dit « régulière », est attachée à la croyance en Dieu, « Grand Architecte de l’Univers », et se refuse, en fait, à toute recherche sociale ou politique ; l’autre, qui se réclame de l’esprit de tolérance des premières Constitutions d’Anderson, pense que les maçons doivent non seulement travailler à l’amélioration des individus, mais aussi préparer celle de la société : pour elle, la réflexion politique sereine et contradictoire a une place éminente dans le travail maçonnique.

Dès son origine, la franc-maçonnerie est masculine. L’article 3 des constitutions d’Anderson stipule que son accès reste interdit aux femmes ; « Les esclaves, les femmes, les gens immoraux ou déshonorés ne peuvent être admis, mais seulement les hommes de bonne réputation. »  Cependant, dès 1893, sous l’impulsion de la première sœur initiée, Maria Desraimes, est fondée une obédience mixte en France ; le Droit Humain, ouvertement anticlérical et féministe.

En Amérique, nous dit Paul Naudon, il existe des « organisations paramaçonniques féminines » et cite « the order of the eastern star, créer en 1850 » qui compte 2 500 000 membres, « white Shrine of Jerusalem, fondé en 1894 », « Order of Amaranth (1891) ; Order of Rainbow for girls et Job’s Daughters ».
Il reste que de nombreuses loges françaises et américaines n’acceptent pas d’initier les femmes et cet état de fait peu avoir un impact important sur la façon dont les Sujets profanes, voir même francs-maçons, vont percevoir la franc-maçonnerie.

Bien qu’il existe multiple définition de la franc-maçonnerie selon les obédiences, on peut donner la définition qui suit tiré du Larousse : « La franc-maçonnerie est une association, en partie secrète, de personnes qui professent des principes de fraternité, se reconnaissent entre elles à des signes et à des emblèmes, se divisent en groupes appelés "Loges". »

La franc-maçonnerie a été aussi définie par l'assemblée des grands maîtres européens en 1952 comme « une institution d'initiation spirituelle au moyen de symboles » ; l'article 1 des constitutions de la Grande Loge de France l'a définie comme « un ordre initiatique traditionnel et universel fondé sur la fraternité ». Elle a pour but le perfectionnement de l'homme et de l'humanité.

 


 

Bref historique de la Franc-Maçonnerie américaine

En Amérique, les francs-maçons jouèrent un Rôle très important dans la révolte de 1774 et la naissance de l’Union, selon l’encyclopédie Universalis.

En 1998 un livre de Steven C. Bullock, professeur d'histoire à  l'Institut Polytechnique de Worcester intitulé « Fraternité révolutionnaire » met en exergue le lien entre la franc-maçonnerie et la transformation de l'ordre social américain de 1730 à 1840. Cette parution fit beaucoup de bruit puisqu’elle intéressait, outre les francs-maçons eux-mêmes les milliers d'historiens ayant travaillé sur la naissance des États-Unis.
L'argument central de l'ouvrage est le rôle de plaque tournante que l'auteur fait jouer à la franc-maçonnerie, entre la période coloniale d'avant 1776 et la démocratie moderne.
Bullock convainquit de nombreux lecteurs mais en laissa perplexes bien d'autres qui lui ont reproché de s'en tenir à des généralités, sans réelle analyse des faits. Son livre est néanmoins essentiel en ce qu'il présente l'Ordre comme un facteur majeur du développement socioculturel aux États-Unis, et ses membres comme les représentants d'une élite venue rappeler au peuple opprimé les grandes valeurs de la fraternité, "considérées comme révolutionnaires".

Le XIXe siècle vit un progrès continu de la maçonnerie ; mais, dans le même temps, se précisèrent des tendances divergentes qui devaient aboutir, à la fin du siècle, à de graves ruptures entre les obédiences.

En Angleterre, la maçonnerie devint une véritable institution de l’Establishment : ses loges, qui se répandirent dans tout l’Empire, recrutaient leurs membres dans les classes aisées, y compris à la cour et dans la famille royale ; leur activité s’étendit beaucoup plus dans le domaine de l’assistance philanthropique que dans celui de la recherche philosophique et elles se tinrent à l’écart des débats politiques et des mouvements sociaux.

Aux États-Unis, le développement de la maçonnerie fut aussi remarquable : aucune des Grandes Loges provinciales ne réussit à unifier l’ensemble de l’Ordre. En général, les francs-maçons américains se recrutaient aussi dans la classe des notables et restaient fidèles à l’obligation de la croyance en Dieu. Comme en Angleterre, la maçonnerie se manifestait au grand jour et les francs-maçons n’éprouvaient pas le besoin de cacher leur appartenance à l’Ordre.

Beaucoup de présidents américains furent francs-maçons. On parle souvent d’un tiers des présidents américains.
On peut cependant noter qu’il a déjà existé des partis politiques anti-maçonniques aux Etats-unis. En effet, on voit l’émergence au XIXème siècle, de nombreuses critiques de la part des concitoyens américains. En 1826, en raison de la disparition de William Morgan, maçon connu pour être sur le point de publier un ouvrage sur les secrets de sa société, un renversement de tendance profond se fit jour. En réaction contre les maçons ; supposés l'avoir assassiné, un mouvement important visant à empêcher leur accès à tout emploi de la fonction publique se mit en place.
La création du parti Anti-Maçonnique en 1828 est l'aboutissement de ce ressentiment. Le principal instigateur fut Thurlow WEED dont le journal "Anti Masonnic Inquirer" fut à l'origine de l'expansion du mouvement à New York et dans les états limitrophes.
Avec le Parti Anti-maçon, on note l'émergence du premier tiers parti sur la scène politique américaine en dehors des deux partis majeurs. Le 26 Septembre 1831, il a été le premier parti politique à se réunir pour une convention de nomination en vue de l'élection présidentielle.
En 1976, les Etats-Unis célèbrent leur bicentenaire ; les francs-maçons organisent de grandes festivités dans tous les états et toutes les villes. La presse fait l’éloge de l’ordre et souligne son efficace participation et au renforcement de l’union. Une plaque sur laquelle sont inscrits les noms des treize maçons qui ont présidé les Etats-Unis est apposée à une place d’honneur au « George Washington Masonic Natonal Memorial » ; un des plus beau bâtiment maçonnique situé en Virginie.
Chaque année s’y tient un grand rassemblement maçonnique au jour d’anniversaire de la naissance de Washington.

Les monuments maçonniques aux Etats-Unis sont grandioses et les symboles extérieurs de ces temples maçonniques sont tout à fait visibles.
A noter aussi que les francs-maçons aux Etats-Unis sont connus pour leur « parades » de rue cités par de nombreux sujets américains évoquant notamment les « petites voitures » qui doivent défiler.

Pierre Marion, franc-maçon depuis « plus d’un demi-siècle » a d’abord été au grand Orient de France en passant par la grande loge nationale de France pour rejoindre l’Amérique et ses loges. Celui-ci nous dit que «  la maçonnerie américaine est désormais reconnue aux Etats-Unis comme une organisation patriotique, courageuse et constructive ». Plus loin, il ajoute que cette « association qui compte au début du siècle plus de six millions de membres, soit 2,5 pourcent de la population totale, de tout niveau social, de toute appartenance politique, de toute croyance religieuse ; et la maçonnerie américaine entretient des relation confiantes et protectrices avec toutes les maçonnerie régulière du monde ».
Aux États-Unis, on compte près de quatre millions de maçons, répartis en de nombreuses obédiences où les hauts grades sont souvent très nombreux. Il n’existe pas de puissance maçonnique unique, mais, malgré la diversité des rites, la croyance religieuse reste obligatoire. Les loges pratiquent, à de rares exceptions près, la ségrégation raciale : l’obédience de Prince Hall est réservée aux seuls Noirs. La maçonnerie nord-américaine a fortement influencé celle de l’Amérique latine. Pourtant, dans les loges de ces obédiences, un courant de plus en plus large s’est affirmé en faveur d’une maçonnerie libérale.
En effet, Luc Nefontaine ; spécialiste de la franc-maçonnerie me précise que « (…) les loges américaines sont régulières, donc théistes, donc dépendantes de la reconnaissance anglaise. Mais la situation est plus complexe que cela. Il arrive souvent que les loges des EU accueillent des frères "irréguliers". Il y a aussi aux EU une maçonnerie libérale adogmatique, certes très minoritaire, implantée par des obédiences françaises ou belges. Par exemple une maçonnerie féminine et mixte qui, par essence, est considérée comme "irrégulière" par Londres. Il faut considérer aussi la maçonnerie américaine comme expression d'une Religion civile ».
Le 2 novembre 2001, dans une interview pour « rendezvousla » ; « Le site des Francophones de Los Angeles », Alain Bauer ; ancien grand maître du grand Orient de France nous dit ; « Le Grand Orient de France a quatre Loges aux Etats-Unis : à New York, Washington, San Francisco et Los Angeles et une Loge au Canada à Montréal. La plus ancienne est celle de New York avec un peu plus de 100 ans. »

Les différentes obédiences américaines donnent de nombreuses subventions pour des actions humanitaires et sont à l’origine de nombreux projet d’aide à autrui. Beaucoup d’hôpitaux sont maçonniques. Aussi,  existe-t- il, ce qu’on appelle des « Shriners ».  Pour les francs-maçons américains, le 32° degré du Rite Ecossais est très important car il donne la possibilité d'entrer à l'Ordre des Shriners. Cet Ordre paramaçonnique vient en aide aux enfants paralysés et handicapés de toute couleur ou religion. L'insigne des Shriners, représente un Statut social élevé mais aussi une grande générosité financière personnelle.Image

Un des points qui semble différentier la franc-maçonnerie française de la franc-maçonnerie américaine tient en ceci : Il semble que la franc-maçonnerie américaine est d’avantage pignon sur rue et les francs-maçons américains peuvent arborer leur appartenance à l’ordre qui semble constituer une valorisation importante.
Toujours d’après Alain Bauer ; « La franc-maçonnerie est devenue discrète ou secrète non pas en 1750 ou en 1925 mais en 1945. Avant cela, la maçonnerie était au grand jour comme celle des États-Unis. On défilait derrière la bannière dans les villes et la maçonnerie était extrêmement visible. » 


Bref historique de la Franc-maçonnerie française

La maçonnerie spéculative fut introduite en France par les Anglais, en 1725-1726. Elle se développa rapidement. « A la veille de la révolution, la franc-maçonnerie avait acquis en France une place et une influence considérable. Elle avait envahi successivement les divers classes sociales : noblesse, armée, parlements, clergé, hommes de lettres, bourgeoisie et basoche » nous dit Paul Naudon.

La question de l’influence exercée par la franc-maçonnerie dans la préparation de la révolution a été longtemps controversée. Certains développent la thèse selon laquelle la révolution serait l’œuvre de la franc-maçonnerie, je développerai plus précisément cette thèse dans la partie sur la théorie du complot. Aujourd’hui, la thèse de la conjuration est abandonnée et la plupart des auteurs s’accordent à voir la franc-maçonnerie comme « un véhicule parmi bien d’autres des idées libérales, elles mêmes conditionnées par de multiples causes, d’ordre économique, politique et social, qui conduisirent au cours du XVIII ème siècle vers le bouleversement final. » selon Naudon.

Au XIXe en France, l’évolution du Grand Orient fut beaucoup plus liée au mouvement politique. Sous le premier Empire, la maçonnerie se reconstitua et prit un caractère presque officiel : les loges étaient en particulier très nombreuses dans l’armée. Sous Napoléon III, étroitement lié aux carbonari, le Grand Orient fut protégé et contrôlé par le gouvernement. Le recrutement de ses membres, parmi lesquels on retrouvait la plupart des grands esprits libéraux de cette période, accentuait son caractère démocratique. Les maçons français, qui jouèrent un rôle essentiel dans l’affermissement du régime républicain dès 1870, décidèrent, dans leur convent de 1877, de supprimer l’obligation de la croyance en Dieu qui avait jusqu’alors figuré dans la Constitution du Grand Orient.

Le nouvel article premier de son règlement fut ainsi rédigé : « La franc-maçonnerie, institution essentiellement philanthropique et progressive, a pour objet la recherche de la vérité, l’étude de la morale universelle, des sciences et des arts et l’exercice de la bienfaisance. Elle a pour principes la liberté absolue de conscience et la solidarité humaine. Elle n’exclut personne pour ses croyances. Elle a pour devise : « Liberté, Égalité, Fraternité. »
Cette modification eut pour effet la rupture définitive avec la Grande Loge unie d’Angleterre et les principales obédiences anglo-saxonnes.

La maçonnerie française eut, sous la IIIe République, une assez grande influence politique. Selon l’encyclopédie Encarta; « l’évocation des noms d’Émile Littré et de Jules Ferry suffit à démontrer les liens établis entre républicains et francs-maçons, notamment dans le combat que représente la laïcité. D’ailleurs, n’a-t-on pas parlé de la maçonnerie de cette période comme de la « République à couvert » ? »
Emile Combes est élu sénateur de la Charente Inférieure en 1885 et devient, en 1893, président du tout nouveau groupe parlementaire de la Gauche Démocratique. Deux ans plus tard, il entre dans le cabinet Léon Bourgeois comme ministre de l'Instruction Publique.

De 1902 à 1905, président du Conseil, il développe le "combisme", politique militante et anticléricale du Bloc des gauches.

En 1905, le ministère Combes est renversé après "l'affaire des fiches" qui est exposée dans la partie concernant les médias.
Cependant, Alain Guichard souligne dans l’encyclopédie universalis que ; « l’essentiel de son activité ne fut pourtant pas orienté vers l’action politique directe, mais vers la réflexion et l’étude : bien des projets de loi qui furent votés par le Parlement furent alors préparés dans le silence des temples. »

Le gouvernement de Vichy interdit la maçonnerie, dès le mois d’août 1940, et confisqua ses biens : les francs-maçons furent alors chassés des fonctions publiques et soumis à des mesures vexatoires avant d’être déportés.
"Vous ne devez pas hésiter, la Franc-Maçonnerie est la principale responsable de nos malheurs ; c'est elle qui a menti aux Français et qui leur a donné l'habitude du mensonge. Or, c'est le mensonge et l'habitude du mensonge qui nous ont amenés où nous sommes." Pétain

Le 19 août de la même année, le "journal officiel" publie le décret de dissolution du Grand Orient de France et de la Grande Loge de France. Les autres obédiences seront dissoutes le 27 février 1941. Certains mandats politiques ne seront plus accessibles aux Francs-Maçons. Cependant, la Franc-maçonnerie continuera d'exister dans la clandestinité.
Jusqu'en 1943, le Général De Gaulle s'abstient de prendre position sur le problème de la Franc-maçonnerie puis il finira par déclarer : "Nous n'avons jamais reconnu les lois d'exception de Vichy. En conséquence, la Franc-maçonnerie n'a jamais cessé d'exister".

Les loges françaises reprirent donc leurs activités dès la Libération.
En ce qui concerne les années Mitterrand de 1981 à 1995 Alain Guichard écrit pour l’encyclopédie : « une seule constatation s’impose : au succès de la gauche en janvier 1981 a correspondu un regain de présence maçonnique dans les « allées du pouvoir ». »

Si l’on se penche sur l’état de la franc-maçonnerie actuelle, on compte cinq obédiences principales bien qu’il en existe bon nombre :

  • Le Grand Orient de France

    fm6Le Grand Orient de France est de loin l’obédience la plus importante dans ce pays. Se situant à l’avant-garde de la maçonnerie libérale, le Grand Orient prône la liberté absolue de conscience et se refuse à admettre la tutelle de la Grande Loge unie d’Angleterre et son interprétation dogmatique de la tradition maçonnique. Il entretient des liens étroits avec les loges libérales de l’Europe, notamment avec le Grand Orient de Belgique, principale obédience de ce pays, et avec celles des pays africains francophones.

  • La Grande Loge nationale française

    fm7La deuxième obédience française est La Grande Loge nationale française, est en majorité d’origine anglo-saxonne, est reconnue « régulière » par la Grande Loge d’Angleterre. En 1959, une scission a séparé d’elle la Grande Loge nationale française Opéra. 

  • La Grande Loge de France

    fm8La Grande Loge de France qui, née en 1894, compte quelque deux cents loges. Elle entretient de bons rapports avec le Grand Orient, dont elle ne se sépare que par des nuances de son rituel et une accentuation spiritualiste : ses ateliers travaillent sous l’invocation du Grand Architecte de l’Univers.

  • La Fédération française du droit humain

    fm9La Fédération française du droit humain, qui est née en 1894 et dont les options philosophiques sont très proches de celles du Grand Orient, est une obédience mixte où se retrouvent des femmes et des hommes. 

  • La Grande Loge féminine de France

    fm10À la Grande Loge féminine de France, née en 1952, seules sont initiées des sœurs, mais ses loges reçoivent aussi les frères des obédiences amies.


    Un autre visage de la franc-maçonnerie est celle des « fraternelles » et comme nous l’explique Jean-Pierre Bayard en 1994 : « Les fraternelles sont des groupements mixtes (frères et sœurs), venant de toutes les obédiences, réunis dans un but profane bien défini. Il existe des fraternelles de médecins, d’avocats, d’ingénieurs, de hauts fonctionnaires, de journalistes, d’écrivains, élus de tous niveaux (…) Des fraternelles peuvent se constituer au niveau d’une ville, voire d’un quartier. »

    Ces fraternelles peuvent donc être, par leur nature même, sources de dérives. Un article de l’Express du 4 Octobre 2001 intitulé « Le franc-parler d’un franc-maçon » recueille les propos d’Alain Bauer, ancien grand maître du Grand Orient, qui se positionne au sujet de ces fraternelles : « A titre personnel, je considère que c'est une déviation de la maçonnerie. Les fraternelles sont d'ailleurs apparues tardivement dans notre histoire. Au départ, il s'agissait de se retrouver, toutes obédiences confondues, entre frères ayant les mêmes convictions. Rien de répréhensible à cela. Mais, dans certains cas, il s'agit de se retrouver, sans tenue, pour mener ses petites affaires, dans des structures paramaçonniques. » Plus loin, il ajoute ; « Je suis favorable aux fraternelles d'idées, pas à celles de métier. Le Grand Orient interdit d'ailleurs à ses membres d'adhérer à certains clubs des 50 (à Nice, Toulon, Marseille, Montpellier), mais aussi à une fraternelle de la police (qui s'occupait beaucoup de promotions internes) et à une autre au ministère de la Défense... »
    Toutes les grandes obédiences ont convenu d'adopter une charte de bonne conduite, qui doit être prochainement signée, pour réduire l'influence des « fraternelles », ces groupes transcourants où les francs-maçons ont coutume de se retrouver selon leur intérêt professionnel, leur appartenance politique ou leur origine géographique.
    Les fraternelles sont souvent accusées de favoriser les dérives affairistes et nourrissent les soupçons d'activités occultes de la franc-maçonnerie.

    Si certaines peuvent paraître inoffensives (fraternelles de quartier), d'autres sont plus problématiques (travaux publics, policiers ou magistrats).
    Ces fraternelles maçonniques peuvent donc jouer un rôle important sur la façon dont les gens vont percevoir la franc-maçonnerie.

     


     

    Rituels, symboles et tradition

    Sans rentrer dans les détails en ce qui concerne les innombrables rites pratiqués par la franc-maçonnerie, il semble essentiel de traiter de ce point dans une partie lui étant réservée.
    En effet, les rites occupent une place importante en franc-maçonnerie et la perception de ceux-ci par les profanes peut jouer un grand rôle dans la perception générale de la franc-maçonnerie.
    Lorsque l’on pense aux rituels de façon générale, ce sont ceux des sociétés traditionnelles qui nous viennent à l’esprit.
    Par la méthode des associations libres au mot inducteur « franc-maçonnerie », les français comme les américains évoquent les rituels.
    Sur les forums, les sujets en parlent également beaucoup. Ils sont vu tantôt comme des « rituels traditionnels » ou comme des « rites obscures et sectaire » ou encore comme « de simples jeux d’adolescents attardés ».
    En loge, des rituels symboliques sont pratiqués. Ils différent selon les obédiences et ont un caractère plus ou moins religieux. Ils ont chacun leur propre histoire.
    La Franc-maçonnerie, en tant qu'Ordre Initiatique considère que la Vérité s'acquiert par un enseignement graduel. Ainsi, il y a 3 degrés dans la Franc-maçonnerie universelle et traditionnelle. Ils sont :

    • Apprenti Franc-maçon
    • Compagnon Franc-maçon
    • Maître Franc-maçon

    Dans tous les rites de tous les pays, ces trois grades existent. C'est ce qui fait son universalité.
    Néanmoins, ceux ne sont pas les seuls degrés qu’il existe au sein de la Maçonnerie. Chaque système de rite en a rajouté d'autres.
    Pour être membre des « hauts grades », ceux qui vont au-delà du grade de maître, il faut obligatoirement être membre d'une Loge dite "bleue". La Loge bleue est celle qui pratique les trois premiers degrés et qui appartient à une Grande Loge.
    On peut considérer les "hauts grades" comme un approfondissement de la Maîtrise. Les Anglais appellent le système des "hauts grades" la Side-Masonry : la Maçonnerie d'à côté.  

    Une présentation brève des plus importants rites pratiqués peut être posée comme suit :

    • Le Rite Ecossais Ancien et Accepté : Ce rite a été fondé aux Etats-Unis d'Amérique en 1801, à Charleston. Il comprend 33 degrés et reste le rite le plus répandu dans le Monde.  
    • Le Rite Ecossais Rectifié : Il est le plus ancien rite structuré pratiqué en France. Il a été créé en 1778 à Lyon par Jean-Baptiste Villermoz sur la base de la Stricte Observance Templière. C'est le rite "templier" de la Franc-Maçonnerie.
    • Le Rite Français Moderne : Ce rite a été créé par le Grand Orient de France sur la base des rituels "Moderns" de la Grande Loge d'Angleterre en 1783. Il est toujours pratiqué par cette obédience sous différentes formes.
    • Le Rite Emulation : Il est celui de la Grande Loge Unie d'Angleterre depuis 1813. Il résulte de la fusion des rituels dits "Ancients" et "Moderns". Il est pratiqué dans tous le Commonwealth ainsi que dans certaines obédiences Européennes.
    • Le Rite Américain dit d'York : Il est celui qui est pratiqué par l'ensemble des Grandes Loges Américaines. Il compte 14 degrés.
    • Le Rite de Memphis-Misraïm : Il est principalement tourné vers l'ésotérisme. Il est encore appelé "Rite Egyptien". Il compte 99 degrés et comprend les 33 degrés du Rite Ecossais Ancien et Accepté.

    Les noms donnés aux différents « haut grades » peuvent être sources de représentations chez les profanes. En effet, certains sujets évoquent les termes de « grand maître » par exemple pour justifier « l’envie de pouvoir des francs-maçons » ou justifier leur « orgueil » ; le fait de « se croire mieux que les autres »…Ces termes sont alors très mal perçus.
    Les mots pour désigner les grades portent tous des signes de grandeur et de puissance : « maître, sublime, grand, souverain, prince »…

    Ci- après, pour exemple, les appellations des trente-trois degrés du rite écossais ancien et accepté :

        Maître Secret
        Maître Parfait
        Secrétaire Intime
        Prévôt et Juge
        Intendant des Bâtiments
        Maître Élu des Neuf
        Illustre Élu des Quinze
        Sublime Chevalier Élu
        Grand Maître Architecte
        Chevalier de Royal Arche
        Grand Élu de la Voûte     
        Sacrée Chevalier d'Orient ou de l'Épée
        Prince de Jérusalem
        Chevalier d'Orient et d'Occident
        Souverain Prince Rose+Croix
        Grand Pontife
        Maître Ad Vitam
        Chevalier Prussien
        Prince du Liban
        Chef du Tabernacle
        Prince du Tabernacle
        Chevalier du Serpent d'Airain
        Prince de Mercy
        Grand Commandeur du Temple
        Chevalier du Soleil
        Grand Écossais de Saint-André d'Écosse
        Chevalier Kadosh
        Grand Inspecteur Inquisiteur
        Sublime Prince du Royal Secret
        Souverain Grand Inspecteur Général


    C’est au travers des rites et des grades que transparaissent les « influences » anciennes des templiers ou encore des roses croix sur la franc-maçonnerie. On retrouve les termes de « rose croix » ou de « chevalier des templiers » chez certains sujets dans les associations libres même si c’est relativement rare. Cependant, les thèses anti-maçonniques s’attachent à montrer les relations de ces deux courants avec la franc-maçonnerie.

    Selon le site Internet de la franc-maçonnerie française ; « L'initiation maçonnique n'est pas rapide en France. Un Maçon va rester entre 1 et 3 ans Apprenti puis il sera proposé pour passer Compagnon. Alors, il restera aussi entre 1 et 3 ans avant de passer Maître. Dans d'autres pays comme les USA, un profane (un non-Maçon) peut devenir Maître en 3 mois. »
    Il semble donc plus aisé d’intégrer la franc-maçonnerie aux Etats-Unis…Aussi, peut-on être amené à penser que la distance établie par les sujets américains pourrai être moins importante que celle établis par les sujets français qui considéreraient donc la franc-maçonnerie comme plus fermée et davantage réservée à une élite.

     


     

    Les relations entre Franc-maçonnerie et politique

    Les relations entre franc-maçonnerie et politique sont souvent établit par les profanes autant par les sujets américains que par les sujets français. Au niveau historique, nous avons déjà un peu abordé les relations existantes entre la politique et la franc-maçonnerie. De célèbres figures politiques, bien connues des profanes, étaient francs-maçons aussi bien aux Etats-Unis qu’en France.
    Cependant, on peut postuler que la relation est plus difficile à établir pour les sujets américains puisque la franc-maçonnerie très majoritairement  « régulière » se soumet aux lois des « landmarks londonnien » qui nous dit que « Toute discussion touchant la Politique ou la Religion sont strictement interdites en Loge. »
    La relation entre la franc-maçonnerie et la politique peut également s’être construite par l’existence des fraternelles parlementaires qui regroupent les députés francs-maçons et qui ont élaboré maints projets de lois (mœurs, bio-étique…).

    Le fait que le thème de la politique soit souvent évoqué par les sujets interrogés justifie de lui consacrer une partie.

    La république et la maçonnerie

    Sur l’encyclopédie Hachette, on trouve en ces termes ; « En reconnaissant à l'Ordre, au début de la révolution de 1848, la paternité de la devise «Liberté, Égalité, Fraternité», Lamartine commettait une erreur historique. Mais il liait ainsi symboliquement l'avenir de l'Ordre et l'histoire de la République, pour le meilleur et pour le pire. »
    Les valeurs mises en avant par la franc-maçonnerie dite « libérale » sont les mêmes que celles de la république ; « Liberté, Egalité, Fraternité ».

    De plus, les institutions maçonniques fonctionnent à la manière des systèmes démocratiques et sont toutes constituées en association de loi 1901: chaque loge élit un Vénérable (son président) et quatre officiers (premier et second surveillant, orateur et secrétaire) pour la diriger; le "Grand Maître" (ou président) de l'obédience et son "conseil exécutif" (le Conseil de l'Ordre du Grand Orient de France, le Conseil Fédéral de la Grande Loge de France, etc.) sont eux-mêmes élus par une assemblée générale comprenant un "délégué" (représentant élu) par atelier. Les mandats sont limités et non renouvelables.

    EDIMAF ; la maison d’édition de grand Orient de France  publie la revue « Humanisme », qui est en vente dans les kiosques.
    Selon Bruno Etienne ; professeur agrégé de sciences politiques et membre de l'Institut Universitaire de France ; « un dépouillement exhaustif de cette revue sur vingt ans fait apparaître une thématique essentielle : la défense de la république laïque avec 135 articles consacrés à la laïcité, 137 aux valeurs dites républicaines, 142 articles d’histoire maçonnique liée aux lumières, à la révolution ou à la république et aux combats pour celle-ci, une trentaines de dossiers sur des sujets actuels toujours traités dans cette perspective ». L’auteur nous donne à titre d’exemple : « la liberté absolue de conscience », « Aux sources de la république », « Pas de démocratie sans laïcité » ou encore « Les reculades de la république ».
    En fait, EDIMAF publie également d’autres revues du grand orient avec des sujets touchant moins à la politique qu’à l’ésotérique. C’est le cas de « la chaîne d’union » qui traite plutôt le symbolisme, l’histoire des obédience, les rites…Cependant Bruno Etienne précise qu’ « elle a une moins grande diffusion » et le déplore.

    Cet auteur a écrit un article sur le grand orient de France dans l’ouvrage « la laïcité une valeur d’aujourd’hui ? » qui est issu d’un colloque tenu à Rennes à l’automne 1999 sous le patronage de l’association française de Sciences politique.
    Son article est intitulé : « le renouveau de l’intégrisme laïque : le cas du Grand Orient de France ». Ce qui émane du contenu de cet article est la grande déception de l’auteur face à une franc-maçonnerie qui « entend participer légitimement à la construction de la cité idéal ». L’auteur nous dit que la franc-maçonnerie est « un club politique médiocre » ; Plus loin, il ajoute qu’elle est « une communauté pneumatique anarchiste et une auberge espagnole ». A la fin de son article, il nous dit que le grand orient regroupe « une grande majorité d’athées stupides c'est-à-dire animée d’une conviction fondée non sur le doute méthodique mais sur l’ignorance ou le scepticisme. »
    On peut donc conclure sans se risquer à des interprétations subjectives que cet auteur dessine un portrait plutôt déplorable du Grand Orient de France qui semble être d’avantage une société politique que philosophique ou initiatique.

    D’autres auteurs comme Christian Cotten, psychosociologue et fondateur de l’association « politique de vie » en 1994 qui a présenté une liste aux européennes cette année-là, se positionne contre la franc-maçonnerie qu’il accuse d’outrepasser les lois françaises notamment dans le domaine de la justice. Il est auteur du livre « mafia ou démocratie ». Sur le site de « politique de vie », on peut lire un article de sa plume intitulé : « AUX ÂMES, CITOYENS ! Pour en finir avec la République Bananière, les voleurs, les menteurs et les tueurs… » datant du 15 mars 2002.
    On peut donc lire : « Aux âmes, citoyens ! Réveillons-nous ! Les élites politiques ne savent plus faire face aux organisations mafieuses qui les utilisent et corrompent les institutions de la République. C’est une véritable Loge P2 à la française qui gère désormais l’État et la justice : les juges indépendants et honnêtes démissionnent, faute de pouvoir faire leur travail contre les trafics financiers mafieux qui ruinent l’État et les citoyens et détruisent la démocratie et la justice."
    Pour cet auteur ; la société française est totalement manipulée par la franc-maçonnerie.

    A l’occasion du colloque ; « la dignité humaine un droit inaliénable » qui s’est tenue le 19 mai 2001 au palais de l’Elysée à Paris et qui réunissait les cinq principales obédiences françaises, Jacques Chirac s’adresse aux francs-maçons: « La franc-maçonnerie n'est évidemment pas un monde clos. Vous êtes depuis toujours des femmes et des hommes engagés, travaillant au milieu de vos semblables et agissant sur votre époque. Et vous avez contribué à construire, à façonner et à défendre notre tradition républicaine. » Plus loin, il ajoute « Votre réflexion s'est toujours développée dans le cadre des idéaux humanistes, à partir d'une pratique personnelle de la liberté, de l'égalité et de la fraternité. Elle se nourrit d'un travail constant, de rencontres régulières, de discussions passionnées. Sans rien sacrifier de votre tradition, il est important que ce travail bénéficie à l'ensemble de la communauté nationale. »

    En ce qui concerne les Etats-Unis, des reliques maçonniques de Washington et de Lafayette sont visibles au " George Washington National Masonic Memorial ", l'un des plus grands bâtiments maçonniques au monde. Lafayette qui est honoré au même titre que les autres " pères fondateurs " de la République des E.U., non seulement par les maçons américains mais par tous les américains. Et à Philadelphie se trouve le monument qui rend hommage aux signataires de la Constitution américaine : leurs noms et leurs portraits sont présentés au public avec leur appartenance maçonnique, ce qui représente 13 des 39 signataires de la Constitution des nouveaux Etats-Unis d'Amérique, promulguée en 1787.Image


    On peut également voir que l’un des symboles national des Etats-Unis, qui n’est autre que l’ "Uncle Sam Wilson", a été représenté par une source non trouvée en franc-maçon. Léon Trépanier dans « On veut savoir » retrace l’origine de ce « sobriquet » qui fut au départ employé pour désigner le gouvernement américain puis repris pour faire référence au citoyen américain.  « Mais bien avant ça », nous dit l’auteur, « on désignait le peuple des États-Unis sous le sobriquet de «Frère Jonathan». Ce sobriquet viendrait d'un franc-maçon, Jonathan Trumbull, ami et frère de loge de George Washington, qui aurait donné d'excellents conseils à ce dernier pour la défense du Massachusetts. L'expression: «Consultez le Frère Jonathan» devint alors proverbiale. »

    Parallélisme entre représentation du Politique et du Maçon

    Si l’on regarde les associations libres des sujets français et américains à partir du mot inducteur « franc-maçonnerie » ( freemasonry ); on remarque que le thème de la « politique » est fréquent. On le retrouve soit dans ce terme pour signifier la population régnante au sein de la franc-maçonnerie, soit en d’autres termes comme ceux de « syndicalisme », « droite », « gauche », « extrême droite », « communiste », « social » pour indiquer les actions ou tendances de celle-ci et cela pour le groupe « français » uniquement.

    Une étude de Roussiau datant de 1996 s’est penchée sur les représentations sociales de la politique et il est intéressant de constater nombre de similitudes avec celles de la franc-maçonnerie au regard de ces différentes catégories:
    La première catégorie de Roussiau rassemble tous les problèmes de moralité et dispose d’une ossature de quatre termes aux fréquences élevées « magouille, corruption, mensonge et hypocrisie ». Cette catégorie présente aussi deux sous thèmes peu fournis renvoyant aussi à la moralité mais cette fois sous son angle positif « intégrité et vérité ».
    La seconde catégorie se concentre sur le thème de l’argent
    La troisième sur celui de pouvoir comprenant des qualités aussi bien valorisante ; « prestige, art de plaire » que dévalorisante ; « arrivisme, démagogie, beaux parleurs ». Cette catégorie comprend aussi les caractéristiques sociales tels que « castes, privilèges, ascension sociale » ; des attributs de pouvoir comme évoque les termes de « maître, seigneur » ou encore les états et actions qu’il induit avec ceux « d’oppression, d’asservissement, d’influence et d’abus de pouvoir ». Y sont également répertorié les synonymes du « pouvoir » tel que ; « puissance, autorité, domination ».
    La quatrième regroupe l’ « idéologie et la structure politique » avec les termes de « communisme, monarchie, fascisme, oligarchie, capitalisme, socialisme » ou encre ceux de « constitution, assemblée nationale, ministère, parti, sénat ».
    La cinquième est autour de l’action politique au sens large
    La sixième et dernière catégorie présente les acteurs politiques sous l’angle d’une grande diversité avec les dénominations institutionnelles ; « chef d’état, ministre, président », le rang social « énarque, élite », les noms de famille « Chirac, Pasqua, Balladur ». Le pouvoir est aussi présent avec « leader, dirigeant, gouvernant », de même  que les électeurs « électorat, citoyens ».

    Les thèmes que l’auteur recueille sont assez proches de ceux que j’ai pu recueillir au sujet de la franc-maçonnerie sur bien des points.  Les mots soulignés sont ceux que j’ai pu retrouver en grand nombre dans le travail d’associations libres. Avec tant de similarité, on peut en effet voir combien la représentation de la franc-maçonnerie est mêlée à celle de la politique pour les personnes.

    Dans « Langage et pouvoir symbolique », Bourdieu nous dit que la prudence extrême qui définit le politicien accompli et qui se mesure en particulier au haut degrés d’euphémisation de son discours « la langue de bois » s’explique sans doute par la vulnérabilité extrême du capital politique (forme de capital symbolique) qui fait du métier d’homme politique une profession à haut risque puisqu’elle dépend de la représentation collective. Il ajoute que c’est la raison pour laquelle « l’homme politique est spécialement vulnérable aux soupçons, aux calomnies, au scandale bref à tout ce qui menace la confiance. »
    Sans rentrer dans une analyse de l’Habitus du politique ou du franc-maçon, on peut remarquer cependant qu’ils semblent tous deux être porteurs d’un fort capital symbolique qui est, de part sa nature même, très vulnérable puisque dépendante des représentations Collectives. En effet, le capital symbolique, dont nous parle Bourdieu, renvoie à tout ce qui est de l’ordre du prestige.
    Les profanes vont prêter aux francs-maçons comme ils prêtent aux politiques un pouvoir décisionnel et d’action sur le monde qualifié de « quasi magique » par Bourdieu.
    Si l’on en croit l’encyclopédie Larousse, « S'il y a des interférences entre la franc-maçonnerie et le monde politique, c'est parce que, tout d'abord, le franc-maçon est un citoyen engagé. »

    La question de la légitimité

    Cependant, un point et non des moindre qui les différentie est la question de la légitimité. Si l’on reprend la première catégorie de Roussiau qui regroupe en premier lieu les termes de « magouille, corruption, mensonge et hypocrisie », on pourrait, en ce qui concerne les représentations sociales de la franc-maçonnerie, échanger les deux derniers termes, qui n’apparaissent pas, avec ceux de « secte et de secret » plus couramment employés avec cinquante six pourcent d’évocation systématique pour l’échantillon de la population française.

    Dans « La transparence sacrée ou le secret révélé : le principe dialogique comme mode de légitimation du pouvoir. », Hugues Bissot, anthropologue, nous dit que « les notions de transparence et de secret apparaissent conjointement dans tout regard porté sur le pouvoir. » et il analyse, par là, la légitimation du pouvoir.
    Pour lui, le secret comme la transparence « innervent la conception du pouvoir identifié comme sacré. » Il précise que « la part respective de chacune de ces deux notions variera en fonction de la société et que lorsque l’une est manifeste, l’autre sera cruellement refoulée. »
    Le Petit Robert définit clairement et simplement la transparence comme « la qualité de ce qui laisse paraître la réalité tout entière » tandis que le secret serait un « ensemble de connaissances, d’informations (…) que le détenteur ne doit pas révéler ». Ce dernier terme y est même directement relié à la sphère du politique : « informations politiques, services secrets dépendant d’un ministère, fonds secrets dont dispose un gouvernement, … »
    Boumakani en 2000  remarque que ces dernières années la transparence a reçu une teinte politique extrêmement marquée, devenant un impératif de gestion politique, pour ne pas dire un mode de « bonne gouvernance » ; cette tendance étant apparue dans les sociétés occidentales où la transparence est considérée comme marqueur proportionnel de démocratie. Ainsi, plus une société est transparente, plus elle est démocratique.
    Aussi, peut-on retrouver dans de nombreux articles de presses l’idée selon laquelle les scandales maçonniques politico financiers serait la conséquence inéluctable de ce manque de transparence.

    Aussi, Jean-Pierre Cavaillé, qui tente de mettre à jour l’évolution du sens du secret entre la Renaissance et les lumières, nous dit que  « (…) le secret, parce qu'il est le résultat de procédures techniques, ou parce qu'il consiste lui-même en dispositifs entièrement maîtrisés par les hommes qui les forgent et les utilisent, devient indissociable des pratiques de leurre et des idées d'illusion, de tromperie et de mensonge. La notion de tromperie, avec son large spectre sémantique, qui s'étend de la simple occultation (silence, dissimulation) jusqu'au mensonge, à la trahison et à la perfidie, joue un rôle absolument central dans la culture de la première modernité, et elle est appréhendée elle-même de manière duelle ; négative et positive : il n'y a pas de doctrine, en quelque domaine que ce soit, et quelle que soit l'aire linguistique ou confessionnelle considérée, qui ne s'emploie à déterminer les conditions et critères d'une bonne et bénéfique tromperie, diamétralement opposée au leurre néfaste et criminel. »
     
    Il semble que la légitimité d’un pouvoir se mesure à sa reconnaissance par ceux qui en sont les sujets, et donc en fonction d’un imaginaire social identifié dans un endroit donné à un moment donné. La notion de légitimité est propre non seulement à chaque époque, mais aussi, de manière générale, à chaque société.
    La légitimité est par là éminemment subjective. Selon Arnaud en 1993 ; la légitimité est bien définie comme une « qualité de conformité ».

     


     

    Les relations entre la franc-maçonnerie et la religion

    Bien que les sources de la franc-maçonnerie soient religieuses, il semble qu’elle a été, plus tard,  perçue par les religions comme source de danger. En effet, qu’il s’agisse du protestantisme ou du catholicisme, ils ont maintes fois condamné, dans l’histoire, la franc-maçonnerie perçue comme une ennemie.
     La franc-maçonnerie se défend contre l’idée d’être envisagée comme une religion. Pourtant, ce terme se retrouve dans les différentes pré enquêtes. Peut-être pouvons nous mieux interpréter ce fait en se penchant sur l’évolution dans l’histoire des rapports entre la franc-maçonnerie et le catholicisme d’une part et de ceux entre la franc-maçonnerie est le protestantisme de l’autre.

    Selon l’encyclopédie Yahoo et en ce qui concerne les Etats-Unis «  On compte actuellement 80 millions de protestants répartis en plus de vingt congrégations, 57 millions de catholiques, 5 millions de juifs, 5 millions de musulmans et 4 millions d'orthodoxes. »
    L’idée selon laquelle la franc-maçonnerie peut être envisagée comme une religion tient certainement pour une grande part à tous les rites et les symboles rattachés à cette organisation ; notamment l’invocation du « grand architecte de l’univers » qui pour certaines obédiences, nous l’avons vu, représente le Dieu universel et pour d’autres il n’est que symbole.
    Aussi, en janvier 2004, le nouvel observateur sort un numéro double sur les religions dont le titre est le suivant : « un Dieu, deux livres, trois religions », « la bible et le coran ». En page de garde est représenté le grand architecte de l’univers. Ainsi, l’idée selon laquelle la franc-maçonnerie se veut représenter une religion universelle transparaît.

    Le catholicisme et la Franc-maçonnerie

    Selon certains historiens et quelques théologiens, seules d'inavouables raisons politiques et purement contingentes (la lutte en Angleterre entre la dynastie des Stuart et celle des Hanovre protestants pour lesquels la franc-maçonnerie anglaise prit parti) seraient à l'origine de l'excommunication des francs-maçons par Clément XII en 1738, et depuis lors, la condamnation de la franc-maçonnerie par l'Eglise serait dépourvue de tout fondement doctrinal sérieux. Telle est très brièvement résumée la thèse qu'Alec Mellor développait au début des années 60.
    On compte de multiples condamnations de l'Eglise à l'encontre de la franc-maçonnerie (ou de la « secte impie »), non seulement par la bulle « In Eminenti » du 4 mai 1738, par laquelle Clément XII interdit aux catholiques, sous peine d'excommunication, « d'entrer dans les dites sociétés de francs-maçons » qui sont tenue comme « fortement suspects » d’hérésie en raison du secret maçonnique, ou la bulle « Providas » du 16 mars 1751 par laquelle Benoit XIV confirme la sentence dictée par son prédécesseur, mais aussi par les mises en garde de :
    - Clément XIII en 1758 (« A quo die »), 1759 (« Ut Primum ») et 1766 (« Christianae republicae salus »).
    - Pie VI en 1775 (« Inscrutabile »).
    - Pie VII en 1820 (« Ecclesiam a Jesu Christo »).
    - Léon XII en 1825 (Constitution apostolique « Quo graviora »).
    - Pie VIII en 1829 (« Traditi Humilitati »).
    - Grégoire XVI en 1832 (« Mirari Vos »).
    - Pie IX en 1846 (« Qui pluribus »), en 1849 (« Quibus quantique ») et en 1865 (« Multiplices Inter »).
    - Léon XIII en 1884 (« Humanum Genus »), où il écrit que pour les francs-maçons, « en dehors de ce que peut comprendre la raison humaine, il n’y a ni dogme religieux, ni vérité…De plus, en ouvrant leurs rangs à des adeptes qui viennent à eux des religions les plus divers, ils deviennent plus capables d’accréditer la grande erreur du temps présent, laquelle consiste à reléguer au rang des choses indifférentes le soucis de la religion, et à mettre sur le pied de l’égalité toutes les formes religieuses alors que la religion catholique est la seule véritable »
    Aussi, selon l'ancien Code de Droit canon promulgué en 1917, les catholiques affiliés à la franc-maçonnerie ou d'autres associations du même genre « se livrant à des machinations contre l’Eglise ou les pouvoirs civils légitimes », encouraient-ils l'excommunication réservée au siège apostolique.
    Le nouveau code promulgué en 1983 par Jean Paul II ne mentionne plus expressément la franc-maçonnerie. Cependant, la même année, une déclaration, approuvée par le pape, de la congrégation romaine de la doctrine et de la foi proclame : « le jugement négatif de l’église vis-à-vis de la franc-maçonnerie reste le même puisque les principes de celle-ci ont toujours été inconciliable avec la doctrine de l’Eglise. Les fidèles qui en font partis sont en état de péché grave et ne peuvent accéder à la sainte communion…les autorités ecclésiastiques locales n’ont pas compétence pour se prononcer sur la nature des associations maçonniques par un jugement qui impliquerait une dérogation à cette déclaration. »
    Si l’on devait regrouper les motifs essentiels pour lesquels l'Eglise condamne la franc-maçonnerie ils seraient au nombre de trois :

    Le naturalisme et le laïcisme

    Dans "Humanum Genus", Léon XIII proclame qu’il s'agit pour les francs-maçons « de détruire de fond en comble toute la discipline religieuse et sociale qui est née des institutions chrétiennes, et de lui en substituer une nouvelle façonnée à leurs idées, et dont les principes fondamentaux sont empruntés au naturalisme (...).
    Or, le premier principe des naturalistes, c'est qu'en toutes choses la nature ou la raison humaine doit être maîtresse et souveraine. Ils nient que Dieu soit l'auteur d'aucune révélation.
    Aussi, la franc-maçonnerie ne cesse-t-elle pas de combattre pour la séparation de l'Eglise et l'Etat.
    En France, cette « prétention de constituer l'Etat tout entier en dehors des institutions et des préceptes de l'Eglise » déboucha, sous la IIIè République, sur tout un arsenal de lois et de règlements tels que :

    • l'expulsion forcée de 265 congrégations religieuses non autorisées en 1880 (Jésuites, Dominicains, Bénédictins, Franciscains, Carmes...)
    • l'interdiction de tout enseignement religieux dans les écoles publiques par la loi du 28 mars 1882
    • la suppression des aumôneries militaires en 1883
    • la suppression en août 1884 des prières publiques prévues au Parlement dans la Constitution de 1875
    • la fermeture de la quasi totalité des écoles catholiques du pays (16.000 établissements congréganistes) et l'adoption d'une loi interdisant à toute congrégation d'enseigner en 1904,
    • la rupture en 1904 également des relations diplomatiques entre la France et le Vatican
    • le vote de la loi de séparation de l'Eglise et de l'Etat en décembre 1905, loi selon laquelle la République ne reconnaît plus aucun culte.
      Mise en oeuvre par des francs-maçons notoires comme Jules Ferry (ministre de l'Instruction publique de 1879 à 1883) ou Emile Combes (président du Conseil entre 1902 et 1905), et destinée à priver l'Eglise et la foi catholique de toute assise et de toute influence sociales, cette politique (en particulier les lois scolaires relatives à la laïcisation de l'enseignement) sont largement à l'origine de la déchristianisation actuelle du pays. »

    Le relativisme doctrinal

    La franc-maçonnerie proclame la relativité de toute vérité. Ce relativisme a nécessairement pour conséquence le refus de tout dogme et de toute révélation.
    La franc-maçonnerie n'admet la présence de catholiques dans ses rangs qu' « à condition qu'ils acceptent les principes maçonniques de tolérance, d'esprit d'ouverture et de laïcité » nous dit André Combes puisque le la franc-maçonnerie française prône la liberté absolue de conscience.

    Le secret maçonnique

    Le fameux "secret maçonnique" excite amplement l'imagination et fait couler beaucoup d'encre.
    En vérité, le secret qui se justifiait sans doute, pour la franc-maçonnerie dite "opérative", par la nécessité de protéger l'art ou les secrets de fabrication propres à chaque corporation, semble perdre toute légitimité dans le cas de la franc-maçonnerie dite "spéculative" qui ne travaille plus sur des matériaux mais sur des idées, « en vue de la reconstruction toujours inachevée du temple de Salomon » c'est-à-dire du temple de l'Humanité.

    Aujourd’hui, il consiste d'abord en ceci qu'un maçon est censé ne jamais dévoiler aux "profanes" l'identité de ses frères ou encore le contenu des travaux auxquels il a pris part au sein de son atelier. Cependant il est libre de révéler sa propre appartenance à la franc-maçonnerie. Aussi, existe-il, un secret d'une autre nature et parfaitement incommunicable, qui n'est autre que la révélation intérieure illuminant chacun des initiés au fur et à mesure qu'il progresse dans la voie de la Connaissance.
    Dès 1738 (date de la première condamnation de la franc-maçonnerie par la bulle "In Eminenti" du Pape Clément XII), le secret fut l'un des principaux griefs invoqués par l'Eglise à l'encontre des francs-maçons. Notre Seigneur Jésus-Christ n'a-t-il pas proclamé : « Quiconque fait le mal hait la lumière et ne vient pas à la lumière, de peur que ses oeuvres ne soient dévoilées; mais celui qui agit dans la vérité vient à la lumière, pour qu'il apparaisse au grand jour que ses oeuvres sont faites en Dieu »?
    Pie XII énonce que tandis que « la doctrine de l'Eglise est claire sous tous ses aspects , qu'elle peut être connue de n'importe qui, la maçonnerie dérobe aux regards la source de son génie, ses chefs, ses plans. Elle n'éclaire ses membres que graduellement à mesure qu'elle les gagne et compromet; rien ne se fait que dans le secret ».
    Ainsi l' « Osservatore romano » du 23 février 1985 nous dit que, dans ces conditions, « le climat de secret comporte pour les inscrits le risque de devenir les instruments de stratégies qu'ils ignorent ».
    Cette idée est largement répandue et on peut l’a retrouver largement développée sur les sites anti-maçonniques. Le franc-maçon lui-même est à l’ombre du secret autant que le profane si ce n’est plus. Le franc-maçon est victime d’une sorte de manipulation dans le sens où la vérité sur l’ordre et ses desseins lui est volontairement cachée. Cette vision est celle d’un complot maçonnique qui est si insidieux que même les « initiés » ne le seraient pas réellement.
    Cette théorie s’appuie sans doute sur le fait que les tenues des maçons sont de divers formes ; ainsi l’appellation de « loge du premier degrés » signifie que l’ensemble des grades d’apprentis, de compagnons et de maîtres se regroupent, l’appellation « loge de second degrés » signifie que seul les compagnons et les maîtres sont conviés et enfin les loges dites du « troisième degrés » sont réservées aux seuls maîtres.

    Le protestantisme et la Franc-maçonnerie

    Luc Nefontaine ; docteur en lettre et philosophie nous dit par le biais d’une interview de Robert Hostetter, responsable des émissions protestante à la RTBF (Télévision belge, émission « La Voix Protestante » du 5 février 2001) : « il faut rappeler que les fondateurs de cette maçonnerie, société de pensée, société spéculative, sont James Anderson, Jean-Théophile Desaguliers, etc. et que ce sont, James Anderson par exemple était un pasteur de l’Église presbytérienne écossaise, Desaguliers est le fils d’un pasteur huguenot, il est natif de La Rochelle, donc on se trouve en plein milieu protestant. La franc-maçonnerie pourrait-on dire est quelque part la fille naturelle du protestantisme. Le problème c’est que les Églises luthériennes, calvinistes n’ont jamais reconnu cet enfant. Et donc il est difficile, (c’est pour cela que l’on emploie le terme fille naturelle) il est difficile de faire de la maçonnerie une institution protestante. On pourrait dire que franc-maçonnerie et protestantisme sont au fond cousin cousine. »
    Ci-dessous un autre extrait de cette interview qui met en exergue le rapport non conflictuel de ces deux courants :
    - R.H. : Est-ce qu'on ne peut pas dire aussi, de temps en temps, que la collaboration féconde entre le protestantisme et la maçonnerie s'explique par, disons, l'anti-catholicisme de l'époque ?
    - L.N. : Tout à fait, c'était patent sous la IIIe République, c'est véritablement l'anticléricalisme et l'anticatholicisme qui ont soudé ces deux courants de pensée, protestantisme et franc-maçonnerie. Ils avaient là un ennemi commun et quelque part c'est peut-être ce qui manque aujourd’hui. Je veux dire ceci, cet ennemi commun pouvait rassembler protestants et francs-maçons dans un même combat, cet ennemi commun aujourd'hui a tendance à s'étioler quelque peu, il se fait moins virulent, l'Église est moins présente
    Cependant, même si à première vue, les relations entre franc-maçonnerie et protestantisme semblent plus sereines que celles entre catholicisme et franc-maçonnerie, il n’en reste pas moins que, les actions des protestants à l’encontre de cette société ont également été nombreuses.
    Un livre de Paul Ranc, a été publié sur la question de la compatibilité entre protestantisme et maçonnerie. Les conclusions sont extrêmement négatives, la franc-maçonnerie est présentée à peu de choses près comme une société satanique. Pour l’auteur, il est impossible d'être protestant et franc-maçon sans renier sa foi.
    Comme leurs homologues catholiques donc, les protestants se sont attachés à démontrer que la franc-maçonnerie est une société démoniaque. En 1984, la conférence méthodiste d’Angleterre, qui avait déjà invité ses fidèles en 1927 à ne pas se faire initier, s’alarma des risques que la franc-maçonnerie faisait courir aux chrétiens. De nombreux ouvrages parurent sur l’analyse des rituels et des symboles où les pratiques rituelles maçonniques étaient présentées comme hérétiques par le secret et son serment.
    C’est dans cette conception qu’un anti-maçon américain protestant du nom de J.Edward Decker écrira : « ce que ces hommes font, c’est adorer un dieu démoniaque tant éloigné du vrai Dieu que, assurément, cette adoration profane la sainteté de Dieu et garantit à ceux qui prononce son nom dans une telle cérémonie un rapide voyage jusqu’en enfer… ».


    La théorie du complot ou anti-maçonnisme

    « Et puis il y a l'impression du complot, peut-être pas judéo-, mais en tout cas maçonnique, qui voudrait que tous nos dirigeants, de gauche comme de droite, s'entendent au sein des loges pour diriger le monde. » extrait de réponse de forum sur la question « qu’est –ce qui vous vient à l’esprit quand je dis franc-maçonnerie ? ».

    Paolo Persichetti nous dit que dans la rhétorique du complot « le fait social est réduit à un événement criminel classé parmi les infractions à la loi. L'histoire est histoire des crimes. Son travail suit le mode judiciaire. Ses sources s'inspirent des enquêtes de police et des arrêts de justice. »
    Pour lui, l'histoire sociale, l'histoire des mentalités, l'histoire des idées, l'histoire économique, sont effacées par un retour du récit événementiel d'un nouveau type. « La vieille histoire ponctuée de faits politiques est remplacée par les "grandes affaires", des crimes manipulés, des délits "exquis" entourés toujours d'un brouillard aussi impénétrable que romanesque. L'histoire se soumet à la loi. Le récit devient un procès verbal. »
    Il ajoute que le recours à des notions telles que "trame", "intrigue", "machination", "conjuration", "complot", "secret", "coïncidence", remplacent celles de relation, rapport, mouvement, processus, dynamique, articulation, structure, lutte de classe, conflit social. Des mots comme "congrégations", "sectes", "franc-maçonnerie", "coteries", "mafia", "réseaux", "services secrets", "lobbies", remplacent les classes, les groupes, les partis, les factions, les catégories, la société, le capital, le travail.
    Dominent l'occulte, l'invisible, le caché, l'obscur, l'ombre, le secret, le mystère. On ne pourra jamais dévoiler réellement la réalité des choses mais seulement en avoir l'intuition, pouvoir l'imaginer, la pressentir, la deviner, la présager, la prophétiser, la prédire. L'impossibilité de découvrir est la preuve maîtresse de la machination. Le complot se confirme par le fait même que toutes preuves aient été détruites et qu’il n’en reste que des indices, des traces, des signes, des fragments. Tout le savoir réside alors dans la capacité de les rassembler, de les remonter, de les recoller.
    L’auteur explique que dans la grammaire qui construit le discours du complot, le travail de compréhension et reconstruction historique s'apparente à une sorte de remontée hiérarchique vers le haut d'une structure à base pyramidale, dont la vérité se tient au sommet, et où l'explication relève toujours du secret dévoilé ou de la conspiration ourdie.
    L'histoire ne serait plus l'histoire des hommes, des relations entre eux et le monde qui les entoure, mais l'agissement de quelques hommes situés dans un lieu privilégié, de magouilles et de magouilleurs. Un mélange instable qui réunit des éléments de la conception élitiste et du paradigme de la domination avec une forte influence de la culture ésotérique, des superstitions animées par la fascination de l'occulte, du secret, de la trame et de la dissimulation. « Une mixture disparate qu'agrègent la "suspicion" comme dispositif cognitif et la "projection" comme dispositif psychologique. »

    L’auteur nous dit que le paradigme du complot joue un rôle de dispositif explicatif rassérénant, apaisant, face à des événements parfois incompréhensibles qui bouleversent « l'ordre naturel des choses », suscitant des situations de trouble. Toujours selon cet auteur, il peut être aussi un révélateur de la fracture sociale, d'une dichotomie profonde qui porte une partie de la société à ne plus comprendre l'autre. Ce fut le cas de la révolution française qui produisit un sentiment de désarroi parmi les laquais de l'ancien régime.
    Ce qu'illustre l'exemple de l'abbé Barruel qui deviendra un des chef d'école de la théorie du complot avec son ouvrage, « Mémoire pour servir à l'histoire du jacobinisme », texte qui connaît un très grand succès à son époque. Publié pour la première fois à Londres en 1797, cet ancien jésuite y raconte que la révolution française fut le fruit d'un vaste complot maçonnique réalisé à travers l'action occulte de quelque loge contrôlée par les jacobins afin d'abattre la monarchie et la chrétienté. « Dans cette Révolution Française, tout, jusqu’à ses forfaits les plus épouvantables, tout a été prévu, médité, combiné, résolu, statué ; tout a été l’effet de la plus profonde scélératesse. »

    C'est ainsi qu'il explique également que la lame de la guillotine doit sa forme triangulaire non pas à la plus grande efficacité du tranchant biseauté, mais à la volonté des révolutionnaires de donner au " couteau républicain " la forme du triangle maçonnique. Ce livre marque le passage à l'âge moderne de la théorie du complot comme modèle idéologique qui prétend expliquer tout phénomène révolutionnaire en minimisant ou ignorant les causes multiples des processus qui sont à la base des mutations. La révolution est présentée comme une menace pour l'église, l'humanité, la civilisation et l'État sous la forme d'une " guerre civile mondiale ".

    La théorie du complot maçonnique est difficile à dater et de nombreuses rumeurs coururent sur les francs-maçons tout au cours de l’histoire.

    De 1890 à 1900, la franc-maçonnerie sera dénoncée de toutes parts; et notamment par Léo Taxil, ancien apprenti maçon chassé de sa loge. Celui-ci affirmera que la franc-maçonnerie est l'oeuvre du Diable. Il écrira de nombreux ouvrages contre la franc-maçonnerie qui connaîtront un très grands succès. Dans « mystère de la franc-maçonnerie dévoilée », Taxil, de son vrai nom Gabriel Jogand-Pagès;  nous dit qu'il existait un pape luciférien, dont le siège se trouvait à Charleston, en Virginie occidentale, et que le Saint-Père n'était autre que le général Albert Pike, Grand Commandeur du Rite Ecossais pour la Juridiction Sud des États-Unis. Ce dernier recevait Lucifer tous les vendredis à 15 heures précises et prenait note de ses instructions. Il est encore possible de se procurer ses livres via les sites anti-maçonniques qui recommandent vivement ces ouvrages. Pourtant, au début du siècle Léo Taxil dévoile la supercherie et admet qu'il s'agissait d'une « fumisterie ». On parle donc du « canular de Taxil ». Cependant, les idées de taxil continuent d’être relayées encore aujourd’hui.
    Un autre ouvrage de Taxil qu’il a écrit en collaboration avec Paul Verdun porte le titre suivant « Les assassinats maçonniques »

    Les relations entre Lucifer et la franc-maçonnerie n’ont pas seulement était établies par Pike. Une multitude d’écrit ont été entrepris sur ce thème dont les auteurs n’étaient pas sans relations avec l’Eglise. A ce propos, dans ses confessions Pike nous dit que « chaque fois qu’un passage était obscure, je l’éclairais dans le sens agréable aux catholiques qui voient en Messire Lucifer le suprême grand maître des francs-maçons »
    ImageD’autres auteurs donc, comme Monseigneur Léon Meurin, archevêque de Port-Louis publie « la franc-maçonnerie, synagogue de Satan ». On pourrait aussi citer un certain Docteur Hacks qui prend le pseudonyme de Docteur la Bataille pour publier « Le diable au XIX ème siècle » qui sera vendu en fascicule dans les kiosques.
    Enfin, il serait trop long de continuer tant les ouvrages anti-maçons sont nombreux.
    Il est cependant intéressant de noter que Léo Taxil a ouvert une grande porte à l’antimaçonnisme et ses « révélations » sur Albert Pike ont également engagé de nombreux écrit qui corrobore sa théorie pourtant démentie par lui-même.
    A titre d’exemple, Mr. Jack Chick dans sa bande dessinée “The Curse of Baphomet” reprend tout à fait la thèse de Taxil en ce sens qu’il présente Albert Pike et donc les francs-maçons comme luciférien en utilisant le procédé bien connu qui consiste à extirper quelques phrases de leur contexte d’origine afin que celles-ci révèlent tout autre chose.
    Certains anti-maçons considèrent la maçonnerie comme dangereuse pour la société parce que dangereuse pour l'Église et la religion chrétienne et d'autres la considèrent comme dangereuse pour la société, ces derniers restant définitivement sur le terrain politique.
    En effet, l'ensemble des écrivains anti-maçons semble en accord avec l'idée que, la République c'est la maçonnerie.
    Pour l'antisémite Edouard Drumont dans son ouvrage « Nos maîtres ; la tyrannie maçonnique » publié par la Librairie antisémite en 1899 : la Maçonnerie, c'est la République. La maçonnerie a peu à peu « accaparé », « confisqué » la République, qui est devenue « sa chose, sa vache à lait, sa métairie ». C'est ce qui explique que les juifs, maîtres de la maçonnerie, soient par ce fait maîtres de la France.
    Pour lui, « la Franc-maçonnerie n'est qu'une machine de guerre inventée par les juifs pour conquérir le monde et réaliser leur vieux rêve d'universelle domination ».
    La maçonnerie dirige la République grâce à tous les élus maçons par le biais des syndicats
    Maçonniques tant parlementaires qu'extraparlementaires (les fraternelles maçonniques).
    Pour Maurice Talmeyr le but de la République et de la franc-maçonnerie sont exactement les mêmes, c'est-à-dire embrigader l'opinion publique, par le biais de la presse et l'éducation, afin qu'elle se retourne contre l’Eglise catholique et qu'elle en provoque la destruction. Toutes deux vont utiliser pour cela le mensonge et la duperie qui serai un principe de fonctionnement. Cette relation essentielle est également celle que décrit monseigneur Delassus.
    Maçonnerie et République occupent chacune une place de choix dans la grande Conjuration qui, si elle veut conquérir le monde, doit d'abord détruire le christianisme, et plus particulièrement le catholicisme. Ces deux écrivains sont profondément opposés à la République, mais elle n'est à leurs yeux qu'une des pièces d'un complot qui la dépasse largement. Leur combat est celui du Bien contre le Mal.

    Dans une interview de l’émission « de quoi j’me mêle » Hans Jürgen Krysmanski, sociologue, répond au journaliste :
    « Comment expliquez-vous la recrudescence des théories complotistes en Europe depuis quelques années ? »

    « D’abord, plus que l’Europe, les Etats-Unis sont un terreau fertile pour le conspirationnisme ; ensuite, plutôt que de « théories », il serait plus juste de parler de « récits ». Ces récits, donc, obéissent à des cycles conjoncturels, comme d’ailleurs beaucoup de phénomènes historiques. Le XVIIIe siècle, qui a vu la bourgeoisie contester le pouvoir détenu par les aristocrates, a vu aussi fleurir les sociétés secrètes et les mythes, notamment à propos des Illuminati, accusés de conspirer pour former un gouvernement mondial. »

    Selon cet auteur, les théories du complot seraient mieux représentées aux Etats-Unis.
    Les liens également établis par de nombreux sujets entre la franc-maçonnerie et la philosophie émanent sans doute de la nature même de la franc-maçonnerie puisque de nombreuses définitions font ressortir cet aspect de l’organisation.


    Présentation de la franc-maçonnerie dans les médias

    Presse et littérature

    Dans « la dynamique des représentations sociales », Pascal Moliner souligne que la presse est une forme de communication collective qui peut avoir un impact considérable sur la formation des représentations sociales.

    Or, la Franc-maçonnerie figure en page de garde sur nombres de journaux français au minimum une fois à l’année et ces derniers se vendent plutôt bien selon les buralistes interrogés. En s’appuyant sur l’hypothèse de Ghiglione de 1986, il nous dit : « lorsque nous prenons connaissance d’une information par le biais d’un journal, d’une chaîne de radio ou de télévision, nous partons du principe que cette information est vrai, parce qu’elle nous est délivrée par des gens qui se sont engagés à dire la vérité ». Il ajoute que « c’est une règle fondamentale du contrat qui unit l’audience et la source médiatique ».

    Il semble donc essentiel de tenter d’analyser les présentations de la Franc-maçonnerie par un éventail de journaux.
    Le sujet de la franc-maçonnerie fait souvent la « Une » de nombreux magasines français, contrairement aux magasines américains. On peut donc en conclure que si ce sujet fait vendre en France, il n’en va pas de même pour les Etats-Unis.

    Albert Keintz expose l’ « analyse des transformations journalistique de l’information à des fins commerciales ». Celui-ci théorise la façon dont un journal transforme une information brute pour en faire une histoire à sensation pour son public.Image
    Il distingue donc huit opérations regroupées en deux catégories : les filtrages et les injections.
    Les filtrages :

    • élimination du banal pour garder l’originalité
    • élimination de l’abstrait pour accroître l’intelligibilité
    • élimination de la distance pour donner l’illusion de la proximité psychologique
    • élimination des mobiles superficiels  ou des éléments apparents pour garder ou accentuer l’impression de profondeur psychologiqueImage

    Les injections :

    • redondance
    • personnalisation
    • coloration émotionnelle
    • laisser éventuellement entrevoir une perspective idéologique

    Je tenterai de montrer que les différentes couvertures de journaux français remplissent ces conditions.

    Certaines couvertures se ressemblent sur bien des points, autant en ce qui concerne la figuration générale qu’en ce qui concerne les titres et sous-titres. C’est pourquoi, j’en regrouperai plusieurs.
    Dans les trois couvertures vues plus haut, on note de nombreuses similitudes. Le fond est noir ou très sombre. Les symboles maçonniques comme l’œil flamboyant, l’équerre, le compas ou encore le glaive sont très présent et de couleur jaune qui renvoie à la lumière. Ces couvertures possèdent une grande coloration affective de part leur présentation et leurs sous-titres.
    Ces trois journaux promettent la même chose : dévoiler les secrets de la franc maçonnerie, leurs réseaux et leur pouvoir.
    Dans l’événement, le titre est « francs-maçons. Ils parlent » et le sous-titre « leurs combats, leur influence, leurs conflits ». Dans l’encart, on peut lire : « ils sont 100 000 et ont décidé de lever le secret ».
    Sur la couverture de l’Express, on peut lire : « le vrai pouvoir des francs-maçons », « les noms, les réseaux, les affaires »
    Et enfin sur le Point « francs-maçons », « justice, police, influence » « enquêtes sur les réseaux ».

    Ces quatre couvertures mettent en exergue que les francs-maçons sont des hommes de grandes influences qui se retrouvent dans les milieux importants et qui ont nombres de secrets à cacher comme les dérives affairistes entre autres.

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    Les mêmes thèmes reviennent sur les différents journaux. On peut noter que le Figaro utilise la même image pour illustrer ses couvertures et que celle-ci représente un franc-maçon immédiatement identifiable par sa tenue et que celui-ci tient dans sa main droite l’attribut symbolique réservé au seul juge. Cette image, donc, est très évocatrice puisqu’elle laisse entendre que les francs-maçons détiennent le pouvoir sur la justice française.

    j9A gauche, le gros titre de la couverture de Marianne se pose la question de savoir si la franc-maçonnerie est une secte… Terme souvent retrouvé dans le jeu des associations libres. Ce terme a une forte charge affective et répond bien aux conditions énoncées par Albert Keintz

    j9bisA droite, un dossier dans le magasine « réponse à tout » est consacré à la franc-maçonnerie.
    Le gros titre ne peut être plus explicite « le piston grâce aux francs-maçons » et le sous titre « Comment le devenir facilement… ». Ce qui ressort ici c’est surtout l’élimination de la distance pour donner l’illusion de la proximité psychologique.
    Ici, il semble admis que les francs-maçons ont du pouvoir et le magasine se propose de donner des conseils pratiques pour intégrer cette société qui aurait le pouvoir de vous faire grimper dans les hiérarchies sociales.

     

    j10Sur  cette couverture de Marianne, il est intéressant de constater que le mot « franc-maçonneries » prend, comme à son habitude, une bonne partie de la page de garde. Pourtant, l’article n’en parle pas ; le titre exact est « les autres franc-maçonneries » et le texte rataché à ce titre est le suivant :
    « Les enquêtes consacrées aux Francs-maçons se multiplient. Elles surfent sur les fantasmes que nourrit cette société phylosophique…Or il existe d’autres franc-maçonneries, beaucoup plus puissantes et influentes, aux pouvoirs occultes bien plus considérables. »
    Le fait que le thème de la franc-maçonnerie soit mise en avant bien que l’article ne porte pas dessus démontre bien que ce sujet est vendeur. D’autre part, les commentaires reliés au sujet met en évidence une idée acquise ; celle du pouvoir occulte et de l’influence des francs-maçons.

     

    Si l’on se penche sur le contenu du dossier, il met en avant l’entraide et la cooptation à l’intérieur de différents groupes qui sont reliés à la franc-maçonnerie par ce fait même.
    Il est présenté onze groupes dont les titres pour les représenter sont les suivants :

    • Entreprise « La confrérie du CAC40 »
    • Nucléaire « Le vrai pouvoir des ingénieurs des mines »
    • Médias-culture « la grande fraternelle du trotskisme »
    • Télé-business « La bande à Ruquier ou la franc-maçonnerie miniaturisée ou pliable »
    • Politique « La deuxième gauche ! le réseaux le plus influent depuis 1968 »
    • Police « La deuxième vie des réseaux Pasqua au service de Sarko »
    • Les ex-giscardiens « Ils se chamaillent mais s’aiment encore »
    • Féministes « Lobby or not to be ! Ces femment qui “réseautent” »
    • Artistes « Les mêmes qui s’autopromeuvent »
    • Homos « Gays. Un réseaux ou un buisness ? »
    • Cuisiniers « Les mafias de la gamelle n’existent pas : Seuls les auvergnats s’entraident ! »

    Seul le troisième article de médias-culture touche la franc-maçonnerie.
    On note également que tous les titres sont implicitement ou explicitement reliés à la franc-maçonnerie. Les groupes présentés sont tous très différents mais se rejoignent sur l’idée de réseaux, cooptation, buisness.
    Ce qui est intéressant dans cet exemple c’est que les titres choisis s’appuient  sur les  idées plus ou moins implicites et admises que la franc-maçonnerie est un réseaux d’entraide et de pouvoir agissant sur le monde.
    ImageCe magasine nationaliste chrétien publie un article suite au discours de Mr Chirac prononcé à l’occasion du 175 ème anniversaire de la franc-maçonnerie. On voit bien l’idée d’une république maçonnique française puisque le président Chirac est caricaturé comme appartenant à la franc-maçonnerie.
    D’ailleurs Bernard Antony ; sympathisant et militant d’extrême droite intitule son article « Pour en finir avec la république maçonnique ».
    Dans l’article on peut lire : « M. Chirac a souligné « l’attachement des francs-maçons à la République ». M. Chirac ne s’est apparemment pas posé la question de savoir si ce ne serait pas plus exactement la République qui serait, en France au moins, attachée à la franc-maçonnerie ? « Attachée », nous l’entendons au sens de liée, tenue, contrôlée, pour tout dire, ligotée ! »
    La puissance de la franc-maçonnerie est mise en exergue et l’idée qu’une main invisible contrôle la France se fait ressentir.

    Mes recherches sur la présentation de la franc-maçonnerie par la presse américaine m’ont conduit au constat que la « Une » des magasines ne portait que rarement sur la franc-maçonnerie. On peut donc imaginer que c’est un sujet moins vendeur qu’en France.
    Si les journaux ne présentent pas la franc-maçonnerie de la même façon selon le pays, les contenus des articles sont aussi bien différents.
    Nous analyserons ici les principaux thèmes abordés dans les articles issus de deux journaux français et de deux journaux américains.
    Les journaux on été choisis de part leur popularité. Selon les informations de l’encyclopédie Yahoo ; la presse américaine publie plus de 1 600 quotidiens représentant 63 millions d'exemplaires journaliers. Chaque grande ville possède son journal; les plus influents sont le New York Times et le Washington Post. (…) Les principaux hebdomadaires d'actualité sont Newsweek et Time.

    Journal français - l’express

    L’article choisi est le suivant : « du rififi chez les francs-maçons » datant du 30 octobre de l’année 2003.
    Fait : Le couple coquard sur le banc des accusés, soupçonner d’avoir réalisé des faux documents.  « Marie-France Coquard aurait dicté à son mari une «lettre anonyme» adressée le 10 juillet 1997 à Pierre Truche, alors premier président de la Cour de cassation, accusant Emmanuelle L., 50 ans, conseillère référendaire au sein de cette haute juridiction, d'avoir utilisé de manière peu déontologique son titre de magistrate, dans le cadre d'une consultation juridique Interne à la GLFF et concernant un pourvoi en cassation. »

    Suite à une lecture flottante de cet article, apparaît différents thèmes dont le principal est celui de la justice. Cependant d’autres thèmes sont abordés comme ceux de la politique par exemple. Ainsi, l’auteur nous dit ; « Le 6 novembre, à la 17e chambre correctionnelle de Paris, vont comparaître Marie-France Coquard, 59 ans, directrice d'un centre d'information et d'orientation parisien, grande maîtresse de la Grande Loge féminine de France (GLFF) de 1993 à 1996, exclue de l'obédience en juin dernier, et son mari, Alain Coquard, 57 ans, consultant, maçon au Grand Orient (GO) » et précise ; « Elle a été élue conseillère municipale à Paris sur une liste Tiberi en 2001 et lui eut des responsabilités au PS et au cabinet d'un ministre au début des années 1980. » Ainsi, ces différentes appartenances semblent entremêlées et aller de soi.
     Aussi, l’encadré mis en exergue dans l’article est le suivant :
    « Le courrier manuscrit révélait l'appartenance maçonnique de la magistrate ».
    On retrouve donc l’idée problématique et souvent abordée de l’appartenance maçonnique au sein de la justice.

    Finalement l’auteur conclue ; « Si la procédure engagée par Alain Coquard n'aboutit qu'à un non-lieu, Emmanuelle L. obtient contre lui et son épouse un renvoi en correctionnelle, grâce à une nouvelle expertise en écriture confirmant les précédentes. »
    Plus loin, elle ajoute que « L'entraide maçonnique semble sans limite lorsqu'elle s'accompagne d'une rancune sentimentale. » On retient donc l’idée de l’entraide maçonnique sans limite.

    Le dernier paragraphe porte le titre suivant « Victime d’un complot ? »
    L’auteur se pose donc la question de savoir qui est le véritable coupable dans cette affaire n’impliquant que des francs-maçons. Il  expose que « Marie-France et Alain Coquard se disent victimes d'un complot orchestré par un «réseau judiciaro-maçonnique». »

    L’idée du complot maçonnique revient donc ici. La dernière phrase de l’article est la suivante :
    « Dans les temples, comme dans le monde profane, on risque d'entendre parler pendant quelques années encore du couple Coquard et de sa croisade contre les «dérives maçonniques». »

    Journal américain : - Newsweek

    L’article choisis est le suivant : « masons among us » et date du 11 mars 2004.
    Fait : Une personne a été tuée accidentellement par arme à feu durant le rite d’initiation maçonnique dans l’état de New-York.

    Le début de l’article relate ce fait simplement en quelques lignes pour embrayer sur l’histoire de la franc-maçonnerie.
    Le reste de l’article traite en effet de la franc-maçonnerie en générale et l’historien et auteur Steven C. Bullock est invité à répondre aux questions du journaliste. Les thèmes abordés tournent autour des questions que beaucoup de profanes se posent habituellement. L’historien retrace le parcours de la franc-maçonnerie et des francs-maçons célèbres en répondant aux différentes questions du journaliste qui tournent autour des thèmes du secret, des rites, de la révolution, de la théorie de la conspiration, de la politique, des skriners et de la charité pour finir sur l’évocation d’un épisode des simpsons traitant de la franc-maçonnerie.

    On ne peut, bien sur, pas généraliser sur les thèmes évoqués par les articles de presses appartenant aux deux cultures. Cependant, il semble que les articles des journaux français traitent souvent les thèmes du pouvoir et de la corruption tandis qu’il semblerait que les articles des journaux américains traitent davantage le thème de la théorie du complot en la dénonçant.  

    Les relations énoncées par les sujets entre la politique et la franc-maçonnerie découlent sans doute aussi pour une bonne part des affaires politico financières reléguées notamment par la presse. Je présenterai donc les plus grandes affaires qui ont toutes eues un retentissement important :

    • l’affaire Morgan

    L’affaire Morgan est une importante affaire qui est rappelé par de nombreux opposant à la franc-maçonnerie. En 1826, à Batavia dans l’état de New York, William Morgan, ayant été évincé du groupe des fondateurs du Chapitre de l’Arc Royal ; un atelier supérieur de certaines obédiences maçonniques et prévoit de publier les secrets de la franc-maçonnerie. Le douze septembre de la même il est emmené à Fort Niagara par trois francs-maçons et ne reparaîtra plus. Plus d’un an après sa disparition, un corps est retrouvé et identifié comme appartenant à william par son épouse. Cependant, celui-ci est finalement identifié comme appartenant à une autre personne.
    Dès lors, on accuse les francs-maçons d’avoir tué Morgan afin que celui-ci ne dévoile pas leurs secrets. De nombreux procès se font suivrent mais ne dépasse pas les juridictions locales. La lenteur des procès va être attribuée à la présence massive de maçons parmi les jurés et les juges. C’est ainsi que commence aux Etats-Unis une violente campagne anti-maçonnique politique et religieuse d’une grande ampleur.

    • l’affaire des fiches

    L’affaire des fiches » constitue l’un des plus retentissant scandale mettant en cause des francs-maçons dans l’histoire. Le scandale éclate le 28 Octobre 1904. Le général André, ministre de la guerre et franc-maçon chargea le secrétariat du Grand Orient de France de constituer des fiches détaillés de renseignements sur les convictions politiques ou religieuses, et la vie privée de la plupart des 27 000 officiers français.
    Dénoncé dans la presse et à la chambre, le scandale atteint directement le gouvernement radical d’Emile Combes, qui tombe en Janvier 1905.

    • l’affaire Dreyfus

    En 1894 le capitaine Dreyfus, israélite alsacien, fut accusé d'espionnage et condamné par un tribunal militaire à la dégradation et à la déportation dans l'île du Diable. Deux ans plus tard, il fut prouvé que le jugement était fondé sur des documents falsifiés et l'on eut de sérieuses raisons de penser qu'un officier criblé de dettes, le commandant Esterhazy ( 1847-1923 ), était le vrai coupable. Celui-ci, après un simulacre de procès, fut néanmoins acquitté. C'est alors que Clémenceau publia dans son journal, l'Aurore, un article d'Emile Zola intitulé :
    « J'accuse »,  qui faisait peser contre l'état-major de très lourdes charges. Il apparut de plus en plus clairement que certains militaires, cléricaux et antisémites s'efforçaient d'empêcher une révision du procès. L'Affaire devint politique, partagea la France en deux camps (dreyfusards et antidreyfusards) et faillit ébranler la république.
    Dans le même temps, l’extrême droite profite de l’occasion pour impliquer les francs-maçons dans cette affaire et dénonce leur confrérie comme voulant détruire l’unité française.  Le parti de l’extrême droite monarchiste dirigé par Maurras publie sur une affiche de « l’action française » : « la république est le gouvernement des juifs, des juifs traîtres comme Dreyfus, des juifs voleurs, des juifs corrupteurs du peuples et persécuteurs de la religion catholique. » « (…) la république est le gouvernement des francs-maçons qui n’ont qu’une haine, l’Eglise, qu’un amour : les sinécures et le trésor public ; fabriquant de guerre civile, de guerre religieuses, de guerre sociale, ils nous mènent à une banqueroute matérielle et morale, celle qui ruinera le rentier et l’ouvrier, le commerçant et le paysan (…) »

    Anatole France puis Jaurès défendirent Dreyfus avec ardeur. En 1899, celui-ci fut renvoyé devant le tribunal militaire de Rennes et de nouveau déclaré coupable. Il fut amnistié la même année, mais ce n'est qu'en 1906 qu'il fut complètement réhabilité.

    Les différentes affaires énoncées plus haut se comptent parmi celles qui ont fait le plus de bruit. Mais bien entendu ce ne sont pas les seules. En fait, la franc-maçonnerie a été et ne cesse d’être impliqué dans de nombreuses affaires relayées par la presse. On peut cependant remarquer que si une affaire met en cause un certain nombre de personnes, et que l’une d’entre elle est franc-maçonne, l’affaire est bien souvent présentée comme maçonnique par les journaux français.

    En ce qui concerne la littérature, elle fut très abondante autant en France qu’Aux Etats-Unis. De nombreux ouvrages retracent l’histoire maçonnique, les mythes et les symboles. D’autres s’attachent de manière policière à dénoncer leurs « crimes » et se font juges. D’autres encore, d’auteurs maçons, répondent à ses accusations en mettant en exergue le caractère moral de l’ « organisation ». En fait, c’est un sujet qui, on peut le dire, a fait couler beaucoup d’encre et cela depuis bien longtemps. L’abondante littérature sur ce thème dénote sans doute un intérêt constant qui semble perdurer.

    Cinéma et télévision

    Le cinéma a souvent reprit le thème de la Franc-maçonnerie et nous allons voir comment celle-ci est représentée.
    Il m’a semblé important de consacrer une partie pour le grand et le petit écran puisqu’en France comme aux Etats-Unis, la télévision est un objet très courant et qui peut véhiculer nombres de représentations.
    Il serait difficile de faire une liste exhaustive de tous les films. De plus, certains, sans faire référence directe à la franc-maçonnerie sont considérés pour les sujets comme représentant celle-ci. C’est le cas de « eyes way shut » par exemple cités par quelques sujets à partir du mot inducteur franc-maçonnerie.

    Un autre exemple ; « the skulls, société secrète » est cité par certains sujets dans les forums.
    Ce second film, visant la jeunesse, est résumé de la façon suivante sur le site www.allocine.fr: « Pour Luke McNamara, c'est un rêve qui se réalise le jour ou on lui propose enfin de rallier les Skulls, la prestigieuse société secrète abritée par son collège. Contrairement a la plupart de ses camarades de classe de New Haven, c'est en travaillant dur et en contractant des prêts étudiants prohibitifs que Luke est parvenu a se faire admettre dans l'antre de la connaissance. L'organisation clandestine recrute ses membres parmi l'élite des élèves les plus riches et les plus puissants de l'école. Mais les choses ne vont pas se passer comme il le voudrait. » En fait, des meurtres vont se produire au sein de l’ordre pour une affaire de pouvoir.
    Les mots soulignés se retrouvent dans nombres d’entretiens. Ayant vu ce film, il est vrai que les auteurs ont du s’inspirer de la franc-maçonnerie sur un certains nombre de point :

    • Les sujets appartenant à la société ne peuvent divulguer le nom d’un autre skulls ou encore parler de ce qui se passe au sein de la société à un non initié.
    • L’entraide semble être très importante au sein de l’ordre

    A partir de ces éléments, les sujets semblent pouvoir faire aisément le lien avec la franc-maçonnerie. De plus on peut y voir une référence claire à la société « skull and bones » ; crânes et os dont on peut trouver les informations sur la plupart des sites antimaçonniques de France et d’Amérique. Cette société est présentée de la façon suivante par le, assez controversé ; « Réseaux Voltaire » : « La voie obscure vers le pouvoir » Répertoire des membres de l'Ordre des Skull & Bones. « L'ordre des Skull & Bones (Crâne & Os) est une société secrète réunissant des anciens élèves de l'Université de Yale. Installé dans l'île de Deer Island, dont il est propriétaire, il pratique un rite satanique autour du crâne de Géronimo. La CIA y a recruté quelques-uns de ses cadres les plus prestigieux et la statue du fondateur de l'ordre orne l'entrée de l'agence de renseignement. La famille Bush est membre depuis trois générations de cette secte huppée. »
    Une longue liste de personnes est ensuite présentée et provient de l’ouvrage publié par Antony C. Sutton en Avril 2003: « America's Secret Establishment, an Introduction to the Order of Skull and Bones. »

    Ce film américain de 2000 a connu une suite ; « skulls 2, société secrète » puis skulls 3 dont les résumés  sont proches de celui cité précédemment.
     
    Dans d’autres films, plus anciens, on peut noter des allusions directes à la franc-maçonnerie ; à titre d’exemple ; « un grand patron » d’Yves Ciampi datant de 1951 tiré du livre de Pierre Very.
    En effet, la dernière séquence du film montre l’épouse du professeur dressant un plan de table et prodiguant des conseils à sa jeune nièce :
    « Bien sûr être femme de Grand patron ce n’est pas facile, il faut en prendre ton parti…les minutes de découragement, je t’aiderai…vois-tu ce qu’il faut c’est ne pas se poser de questions…(tout en poursuivant son plan de table)Tannard, l’illustre cousin ! où vais-je le mettre ? En pénitence à coté de monseigneur Ignace…ça lui apprendra à être franc-maçon ! ». En fait, il se trouve que Tannard est présenté durant tout le film comme un arriviste, un hypocrite et un beau parleur.

    « L’homme qui voulu être roi » de John Huston datant de 1975 est tiré de l’œuvre du frère Rudyard Kipling. Dans la première scène de ce film Peachey Carneham vole une montre gousset à un voyageur britannique qui se révéla être Kipling, sur celle-ci figure l’équerre et le compas. L’idée générale qui ressort de ce film est que, certes l’entraide maçonnique existe, mais il semblerait qu’il y est parmi eux voleurs, menteurs et escrocs. De plus, le titre va dans le sens des accusations souvent posées contre la franc-maçonnerie qui renvoie à l’envie de toute puissance de ses membres.

    Dans « la fraternité ou la mort » de Paul Wendkos ; téléfilm américain datant de 1970 on assiste à une cérémonie d’initiation s’inspirant directement du rituel maçonnique : serment de discrétion, de soumission à la loi morale, d’obéissance aveugle.
    Plus tard, un initié s’étonne du pouvoir immense qui lui est conféré et dit :
    « -vous savez cela me parait toujours incroyable de savoir que je pourrais avoir tout ce que je veux…
    -Tout ce qu’un homme peut avoir avec de l’argent, des privilèges et des meilleures relations !
    -D’ailleurs à l’instant je pensais que…nous faisions partie de l’establishment.
    -Non, mon cher…C’est nous l’establishment. »
    Ce qui ressort de façon explicite de ce passage est que ces sociétés ne sont secrètes que dans le but de se livrer à diverses manipulations d’ordre politique ou économique.

    fm22Un autre film plus récent : « from hell » retraçant le macabre parcours de Jack Leventreur, bien connu des profanes montre à la fin du film l’auteur des crimes jugé par ses frères au sein d’une loge maçonnique. A la suite de cet épisode, la dernière image se termine sur Jack Leventeur qui fini lobotomisé dans une cellule. La succession de ces deux séquences amène à penser que la franc-maçonnerie a tranchée seule et qu’elle a conduit, par son influence, ce frère immoral à cette sentence.

    Un autre film, « la fin des temps » datant de 1999 avec le célèbre Arnold Schwarzenegger évoque la franc-maçonnerie (dans tous les cas dans sa traduction française)
    Le résumé du film, extrait du site allocine est le suivant : « Trois jours avant le passage a l'an 2000, le diable sort de sa tanière et débarque a New York. Il part a la recherche de Christine York, une jeune femme prédestinée depuis sa naissance a lui donner un enfant, qui sera l'instrument de la destruction de l'humanité. L'ancien policier Jericho Cane, reconverti dans la protection rapprochée, va trouver Christine sur son chemin et lui offrir son aide. Traques par Satan mais aussi par un commando intégriste du Vatican, ils vont devoir empêcher que ne se produise la fin des temps. »
    Dans un passage de ce film, Jericho Cane, joué par Arnold Schwarzenegger, explique à sa protégée que les traqueurs intégristes appartiennent à « un ordre maçonnique ». Si dans ce film, les francs-maçons ne sont pas présentés comme satanistes, il n’en reste pas moins que leur but est de tuer avant qu’il ne soit trop tard l’innocente Christine York.

    fm24Un épisode de la série télévisée des Simpsons a gravité autour des "Coupeurs de pierre" (Stonecutters), une satire de la Franc-Maçonnerie. Malheureusement cet épisode a promu l'idée que pour joindre le groupe, il fallait « ... être le fils d'un ... [franc-maçon] ou sauver la vie d'un ... [franc-maçon] ».
    Pour terminer, on peut évoquer ici le film intitulé « force occulte » réalisé sous vichy et pour la propagande où la franc-maçonnerie est directement en cause et accusée de complot contre l’état. Cependant, il semble que ce film n’est pas eu le retentissement attendu par la propagande.

    Internet

    On compte beaucoup de sites Internet anti-maçon aussi bien français qu’américain.
    On note quasiment toujours la même forme de présentation : le fond est noir, les textes sont écrit en caractères gras et rouges le plus souvent qui donne une allure générale de connotation affective plutôt négative.
    Ils s’appuis souvent sur les thèses développés par l’abbé Barruel ou Léo Taxil et reprennent leurs écrits.
    A titre d’exemple, sur le site www.antifm.fr.st/ ; on peut lire « L’abbé Barruel est Le maître à penser de l’anti maçonnisme. Il a non seulement su décrypter la véritable ambition de la Franc maçonnerie, mais il a en plus mené un remarquable combat, le « combat de sa vie », contre les philosophes et les francs maçons, chefs spirituels de l’anti France (tels Voltaire et Rousseau). Contrairement à ce qui est beaucoup dit, l’idéologie de Barruel est loin d’être morte, car la Franc maçonnerie vit encore. En effet, ceux ci ne s’attendaient pas à ce que si vite, un intellectuel jésuite mette à nu leur projet commun. » Il est précisé l’adresse où l’on peut se procurer cet « incontournable » ouvrage qui n’est autre que « Mémoires pour servir à l’histoire du jacobinisme »: http://www.barruel.com/index.html.

    En fait, les contenus de ces sites s’appuie sur « la théorie du complot » déjà évoquée.
    Les écrits d’Albert Pike, comme son célèbre livre « morales et dogmes » de son vrai nom le brochet d’Albert, sont également repris en accort total avec les calomnies de Léo Taxil.  Sur les sites anti-maçons, celui-ci est présenté comme le chef de la Franc-maçonnerie Nord-américaine, membre du klux klux klan et auteur du Plan secret des illuminatis destiné à contrôler le monde ; « le nouvel ordre mondial » qui prévoyait la nécessité de trois guerres mondiales pour le retour de l’antéchrist.

    fm26J’ai eu l’occasion de discuter avec des francs-maçons américains sur le forum du site www.thefreemason.com au sujet d’Albert Pike. Les intervenants ont tous beaucoup de reconnaissance pour cet auteur et démentent tout ce qui peut être dit sur les sites anti-maçonniques à son propos. Albert Pike, me dit-on, a même un monument en son honneur.Image
    L’ensemble de ces sites développe l’idée selon laquelle Pike a annoncé trois guerres mondiales afin de renverser le vieil ordre mondial fondé sur les valeurs judéo-chrétiennes :

    • La première guerre mondiale devait renverser le gouvernement tsariste en Russie et installer un gouvernement communiste.
    • La seconde guerre mondiale devait être déclenchée entre la Grande-Bretagne et l'Allemagne. Mais l'un de ses objectifs était de renforcer le Communisme Russe, qui serait ainsi utilisé pour affaiblir et détruire d'autres Etats ou religions.  
    • La troisième guerre mondiale doit commencer par un conflit entre le Judaïsme et l'Islam, puis s'étendre au monde entier.

    Les événements actuels et passés suscitent sans doute, à la lecture de ces prédictions, quelque perplexité et peuvent engendrer chez le profane le sentiment d’une réelle conspiration mondiale. D’autant plus, que lorsque l’on tente de se renseigner sur cet auteur, seul les sites anti-maçonniques y font référence.   
    Il y est donc développé la thèse de la conspiration et les sites fournissent en guise de preuves une multitudes d’images, souvent les mêmes, qui « prouvent » l’influence mondiale des francs-maçons. Les symboles maçonniques sont recherchés comme indice de pouvoir et de puissance des francs-maçons. Aussi, y a t-il généralement une réinterprétation des symboles maçonniques.

    fm27C’est ainsi que l’on peut lire sur l’un d’entre eux (www.eglisedemaison.com) que « Le Pentagramme, appelé "Baphomet" parfois, est constitué d'une étoile à cinq branches, l'étoile flamboyante des Francs-maçons. Et une fois renversée, il symbolise une tête de bouc, animal totémique du Satanisme. Il est principalement utilisé au cours de cérémonies de type "messes noires" ("black mass") où des rites d'incantation où de conjuration sont utilisés. »

    La réinterprétation des différents symboles maçonniques est récurrente dans l’argumentaire des écrits que l’on peut retrouver sur ces sites.
    Ci-dessous les images les plus couramment utilisés par ces sites avec les commentaires associés :

    fm28Le pentagramme est présent de façon plus représentative sur les cartes, notamment celle du Pentagone et de la maison blanche:
    L’idée qui ressort de ses images est souvent la même. En effet, la conclusion est pour toutes l’incommensurable pouvoir des francs-maçons qui sont visiblement partout et cela depuis fort longtemps.Image

    Mais bien souvent les commentaires associés sont les suivants : « sans commentaires ».

    De même, dans cette rhétorique,  la déclaration universelle des droits de l’homme avec l’œil flamboyant, « l’œil qui voit tout » montre bien le pouvoir des francs-maçons qui contrôlent le monde.

    La franc-maçonnerie est présentée comme une « secte religieuse » qui dicte sa loi aux différents partis politiques et qui pense faire partie de la « race supérieure ».
    L’idée d’une « république maçonnique » est largement développée par ces sites. Et comme le disait Paul Copin-Albancelli dans son livre « Le Pouvoir Occulte contre la France » ; « La franc-maçonnerie n'est autre chose que la république à couvert, comme la république elle-même n'est autre chose que la franc-maçonnerie à découvert. »
    Sur nombreux de ces sites antimaçonniques est également présenté le « premier drapeau » des Etats-Unis d’Amérique.
    Les sites anti-maçons développent l’idée selon laquelle ce sont bien évidemment les maçons qui ont « imposé "l'euro", 'l'Europe" et la fin des nations, le "mondialisme", sans parler des guerres mondiales et autres révolutions... ».
    Les images présentées font toutes ressortir le caractère primordial de la maçonnerie sur le monde qui semble le gouverner totalement.
    Aux Etats-Unis, les sites anti-maçonniques traitent souvent des « skull and bones » ; ordre secret maçonnique qui regrouperait tous les grands de ce monde et notamment la famille Bush.

    Il est aussi important de noter que certains sites anti-maçonniques français en appellent même à  manifester contre l’ordre en précisant l’heure et la date pour se retrouver devant le siège du grand Orient de France notamment à paris.

    Chaque site Internet tient sa liste de liens qui sont présentés comme les sites amis. Aussi fut-il intéressant de constater que les sites affiliés étaient souvent nationaliste et/ou catholique et sur certains on peut retrouver des idées proches de l’extrême droite.
    Ainsi, l'attitude des anti-maçons quant à la maçonnerie semble donc essentiellement dépendre de leur position dans le champ idéologique.
    A titre d’exemple le site www.antifm.fr.st/ a pour « sites amis » :
    >L’Action Française   >Jeunesse Nationale-Catholique
    >Identité Diffusion   >La Garde Franque
    >Semper Fidelis (site chouan) >Jeunesses Identitaires

    Inversement, on peut retrouver sur le site Internet de la Garde Franque par exemple; un lien vers les éditions Augustin Barruel, site anti-maçonnique où l’on peut lire dès la première page du site:
    « Vous pouvez également consulter des infos sur la franc-maçonnerie et autres sectes secrètes afin de connaître leur réelle influence dans la politique ainsi qu’à l’ONU, la plus grande loge para-maçonnique du monde »

    L’extrême droite se positionne et semble s’être toujours positionnée contre la franc-maçonnerie. Un autre exemple ; les propos du 15 avril 1996 tenus par Bernard Antony (FN) au Parlement européen dans le cadre du débat sur les sectes. Il déclare l'urgence de « lutter contre les deux principaux phénomènes sectaires, le communisme et la franc-maçonnerie, dont l'objectif est de priver les hommes de tous leurs cadres naturels, leur famille, leur patrie et leur culture ».
    Aussi, sur le site www.generationslepen.com, dans un article intitulé « une oligarchie totalitaire », peut-on lire ; « La concentration du pouvoir entre les mains d'un petit nombre d'hommes, sans mandat ni contrôle du pays, les rend plus que perméables à l'influence de lobbies de tous ordres, venus les "éclairer" sur les décisions à prendre. Le Docteur Simon, personnalité maçonnique du plus haut rang, a déclaré que toutes les lois importantes prises depuis 25 ans avaient été préparées au sein des loges. »

    Il y a bien sur les sites officiels correspondant aux différentes loges qui sont, bien évidemment,  très différentes dans leur manière de présenter la franc-maçonnerie.
    Si l’on propose de comparer les sites maçonniques américains des français, on peut noter qu’une de leur caractéristique commune est de divulguer les noms de maçons célèbres de jadis. Ainsi, on peut avoir directement accès à une liste de noms triés par catégories comme hommes politiques, musiciens, écrivains…Bien évidemment seul les noms de maçons reconnus sont divulgués.
    La présentation des sites comporte différente partie comme « Qu’est ce que la franc-maçonnerie », « son histoire », « l’actualité ». On peut par ailleurs soulever le fait qu’il n’existe pas de définition unanime de la franc-maçonnerie. Chaque loge propose sa propre définition.

    Par rapport à celle-ci les loges américaines appuieront d’avantage sur le coté charitable de leur organisation ainsi que sur leur croyance révélé en un être suprême ; « le grand architecte de l’univers » qui représente le Dieu universel. A l’inverse, les définitions de la franc-maçonnerie divulguées sur les sites de loges françaises insisteront plus sur leur « adogmatisme » au sens de la non obligation en la révélation d’un être suprême. C’est ainsi qu’on peut lire sur le site du grand Orient de France qu’ « il ne saurait être question pour être membre de croire ou de ne pas croire. Notre obédience a pour devise celle de la République (Liberté-Egalité-Fraternité) et comme elle, elle est laïque et garantit à tous ses membres la liberté absolue de conscience. » Aussi, en France, les loges qui travaillent « à la gloire du grand architecte de l’univers » comme par exemple « la grande loge de France » précise que celui-ci peut être vu comme un symbole, un principe organisateur du chaos ; A contrario, « la grande loge nationale française », que les autres maçons aiment à appeler « les anglais », exige la croyance en Dieu puisque étant affiliée à la grande loge de Londres.

    Sur les sites des grandes loges américaines figurent souvent de nombreuses photos de maçons actuels ; photos de groupe ou individuelle, ce qui est beaucoup plus rare pour les sites de loges françaises.
    Les noms des différents membres sont souvent visibles sur les sites de loges américaines, ainsi que leur grade associé ; à la différence donc des loges françaises.

    fm32Comme nous l’avons abordé dans la partie sur l’histoire de la franc-maçonnerie ; La maçonnerie américaine semble être plus visible et les francs-maçons ne cachent pas leurs appartenances.
    Aussi, sur les sites maçonniques aux Etats-Unis, est- il possible d’acheter une multitude d’objets maçonniques à la différence des loges françaises ; on  pourrait citer pour exemple les tee-shirts, montres, tasses, pins, porte clefs, bagues et bien d’autres objets.

    fm32bis2Cependant, cette différence est sur le point de se modifier. C’est ainsi que sur la loge maçonnique de l’eau vive étant reliée au grand orient de France, on peut lire un article intitulé : « Pour la première fois en France, une loge propose aux maçons et aux  sympathisants D'arborer son image sur un t-shirt ! ». Le début de l’article est le suivant:

    « Outre-Atlantique, les loges ont déjà franchi le pas depuis longtemps : les loges ne sa cachent pas et l'on peut ainsi se promener, que l'on soit maçon ou pas, avec des casquettes, des chemises, des t-shirts, des cravattes marqués de l'équerre et compas. Signe d'appartenance pour les uns, de sympathie pour les autres, ces objets contribuent à diffuser une image simple et positive de la franc-maçonnerie. »
    vive2vive1Les deux images noires représentent les deux « logos » des deux uniques modèles de tee-shirts proposés. On peut noter leur discrétion comparativement à ceux vendus aux Etats-Unis.
    La franc-maçonnerie française a la volonté de s’ouvrir et de suivre l’exemple américain sur ce point. Aux Etats-Unis, les forums maçonniques ouverts aux profanes existent déjà et l’on peut librement dialoguer avec des francs-maçons.
    En France le forum de l’eau vive allié au grand orient de France vient de s’ouvrir et attire déjà un certain nombre de personnes.