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L’étape du recrutement

Publié dans Dossiers de lecture

Doit-on utiliser la graphologie dans le recrutement ?

La technique repose sur une double inférence :

A partir de l’écriture du scripteur, utilisé comme prédicteur, le graphologue va décrire la personnalité du sujet, voir même ses aptitudes.
Aussi, le caractère est-il sensé prédire la réussite professionnelle futur du candidat.
En fait, l’astrologie, la voyance ou encore la graphologie se légitime derrière des grands gourous. Aucune de ces théories n’a donné d’hypothèses vérifiables. Les graphologues utilisent des théories obsolètes. La première inférence Ecriture/Personnalité n’a pas non plus été soumise à des vérifications.

La graphologie a une origine religieuse en France.
Le père de la graphologie est Jules Crépieux-Jamin avec son ouvrage « l’écriture et le caractère » réédité plus de 18 fois. Dans son livre, il analyse différent signe et leur attribut une signification. Pour exemple, la barre du T haut révèle l’agressivité. En fait cette théorie vient de ses prédécesseurs tel que l’abbé Baldo avec son traité de graphologie datant de 1622 ou encore celui de l’abbé Flandrin en 1820.

La graphologie pose les postulats suivants :

La personnalité profonde de l’individu se projette dans son écriture. L’écriture serait une sorte de test projectif. La preuve serait que l’écriture est individualisée.
La graphologie pose aussi le postulat de l’analogie. Il est intuitif et prend sa source dans la Gestalt théorie : ainsi, si l’écriture a une certaine forme, on va inférer la forme de la personnalité. Pour exemple, si votre écriture descend au bout des lignes, il va de soit que vous êtres dépressif.
Tout dans l’interprétation repose sur le raisonnement analogique ; un signe, un détail révèle la totalité de la personnalité.

L’utilisation effective de la graphologie

En France, une étude de Marilou Bruchon-Schweitzer, Vom Hofe et Balicco datant de 1991 montre que la graphologie représente 55% d’utilisation systématique. Elle est plus fréquente dans les cabinets de recrutement (72%) que dans les entreprises (38%). Cependant, son utilisation est moins systématique depuis cette date.
En Europe, la graphologie est utilisée en Grande-Bretagne, en Norvège, en Allemagne et aux Pays Bas dans 2 à 3 % des cas. L’étude de Schackelton révèle que la graphologie occupe toujours le dernier rang (excepté en Belgique où il y a beaucoup d’entreprises françaises).

Une enquête de Smith, Schuler, Altink et Newell met en évidence la validité apparente de cette technique. Elle est très différente en France puisqu’elle est encore considérée comme une technique intéressante par le candidat et par le recruteur alors qu’ailleurs elle est considérée comme bizarre, archaïque et non scientifique.

Cependant, les mentalités évoluent comme en atteste les résultats du sondage sur la graphologie publiés sur ce site. Plus de la moitié d’entre vous sont scandalisée par l’utilisation de ces méthodes dans les processus de recrutement.

Aux Etats-Unis, environ 2,8% des entreprises utilisent la graphologie (ce sont en général des entreprises françaises). Smith évoque « the french disease ».

Affirmation, postulats et croyances :

Intuitivement, on pourrait penser que l’écriture reflète bien les différences entre les individus.
Steiner va comparer 150 étudiants français et 150 américains qui devaient évaluer 10 techniques sur une échelle de valeur allant de 1 (aucune valeur) à 7 (très valable). En ce qui concerne la graphologie les Sujets américains obtiennent une moyenne de 1,95/7 tandis que les français obtenaient environ 3,23/7.
On note donc une différence mais la confiance dont parlent les graphologues est quand même relative.

La formation des graphologues est de 3 ans après le BAC à savoir 2 heures de cours du soir par semaine. Ce qui fait un total d’environ 240 heures (en terme de charge, cela ne correspond même pas à une année de Deug).  Il faut compter 2 ans supplémentaires pour être expert (120 heures).
Les graphologues assistent donc à 360 heures de cours sur  5 ans. On peut donc dire que c’est une formation légère pourtant reconnue par le ministère du travail.

Le contenu de la formation

C’est un mélange de différentes théories. Croyances/convictions. On ne développe pas l’esprit critique des élèves et on n’approfondit pas les théories de la personnalité.
Les graphologues comme Max Pulver adoptent une symbolique de l’espace différentiée en quatre zones :

  Monde des idées, rêverie, exaltation, orgueil, idéalisme  
Passé, souvenirs, milieu connu, moi égocentrique, la mère   Avenir, projet, milieu inconnu, l’autre, le père
  Terre, l’obscurité, racines, matérialisme, instincts, vie sexuelle      

On voit donc que la formation est insuffisante en quantité mais également en qualité.

Loi Aubry : les techniques de recrutement doivent être pertinentes (dont la qualité à prédire la réussite professionnelle a été prouvé) et transparente (le candidat doit être informé des techniques qui vont servir à l’évaluer).

Aux Etats-Unis, la graphologie est très peu utilisée aussi parce que des procès ont été gagnés.

Pour conclure, la graphologie est une pseudoscience non vérifiée qui ne court pas le risque que ses modèles soient invalidés.
L’attitude scientifique serait de faire un va et vient perpétuel entre le niveau de la théorie et celui des faits empiriques.

Fidélité et validité

  • La fidélité test-retest (une semaine après) est de .70
  • La fidélité inter-observateur (graphologues différents) est de .50
  • La validité prédictive est quand à elle de 0 dans la plupart des études.

L’écriture ne révèle pas la personnalité, les aptitudes ou les performances professionnelles des candidats.  C’est la plus mauvaise technique.

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