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Représentations et systèmes de valeur

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De l’individu moderne à l’individu postmoderne

Une société n’est jamais statique. De façon simple, on définit le changement social comme le passage d’une société traditionnelle à une société moderne.

Le changement social est un phénomène collectif : Il affecte toute une société au niveau des conditions de vie et des cognitions.
Le changement social implique un changement de structure, d’organisation. (Ex : la famille)
Le changement social doit être durable, permanent.
Définition : Le changement social est une transformation observable dans le temps qui affecte de manière durable la structure ou le fonctionnement de l’organisation sociale d’une collectivité donnée et modifie le cours de son histoire.
 
C’est un abus de langage de dire que le changement social est le passage d’une société traditionnelle à une société moderne. Il existe, en effet, une pluralité de sociétés traditionnelles et modernes. De plus, il y a une coexistence d’éléments traditionnels et modernes au sein d’une même société.
L’immigration est un facteur de permanence des traditions en ce sens qu’on a tendance à se crisper sur ses traditions alors que celles-ci peuvent tomber en désuétude dans le pays d’origine.
Le processus de passage de la société traditionnelle à la société moderne n’est pas linéaire. D’un point de vu idéologique, on a associé ce passage à l’idée de progrès.
On a une fâcheuse tendance à penser que demain sera mieux qu’aujourd’hui. Cette idée a pourtant été remise en cause par des événements historiques tels qu’Hiroshima ou encore la Shoa. On a constaté qu’une brillante civilisation comme l’Allemagne pouvait tomber dans la barbarie (concept plutôt associé aux sociétés traditionnelles).
Il se peut également que ce que l’on considère comme des retours en arrière interviennent à la suite d’une révolution. En Iran, par exemple, dans les années 70, les femmes ne portaient pas le voile avant la révolution islamique.
 
On compte trois éléments constitutifs au changement social:

Le passage de l’action prescriptive à l’action élective

La première est l’imposition de quelque chose. Il est important de différentier la norme de la loi. A la différence de la norme, la loi dispose d’un appareil formel pour assurer la conformité. Cependant, les Normes ont parfois une puissance plus étendue que les lois.
La norme de prescription, c’est ce que je dois faire et la norme de proscription, ce que je ne dois pas faire. On adhère aux normes car on est en recherche de renforcements positifs. On cherche à se faire bien voir (cf : la Clairvoyance normative ou la norme d’internalité).
Norme et loi sont parfois antagonistes.
Dans les sociétés traditionnelles, on pourrait dire qu’un seul schéma d’action s’impose à l’individu (ex : travail, mariage). Toutes les décisions qui concernent la vie sont organisées par le groupe. L’individu agit en tant que représentant du groupe. Pour exemple, dans les sociétés traditionnelles maghrébines, tous les fils ainés s’appelle Mohamed car ce qui importe c’est l’affiliation, la continuité, aujourd’hui c’est l’individualité, l’originalité.
next Une société qui ne connaît pas l’action prescriptive ne connaît aucun changement.
Dans les sociétés dites traditionnelles, il existe peu ou pas de choix personnels. Cette situation nous semble intolérable. Pour exemple, la fille aidera aux champs, à la boutique… et le garçon, selon sa place dans la fratrie, prendra le métier de son père, ira à l’armée ou deviendra curé…
Pour autant, ces sociétés ne connaissent pas les désordres psychologiques que nous connaissons (dépression, anxiété, suicide…).
 
A l’inverse, le modèle électif est fondé sur le choix. Toutes les décisions que l’on est supposé prendre pour l’orientation de notre vie dépendent de nous. L’individu prend les rênes de sa vie mais le système normatif continu de jouer son Rôle. D’où la notion bien connue de nos jour de projet personnel. Dans nos sociétés modernes, le secteur de l’orientation a enflé, l’idée de s’orienté est moderne.

On a d’un côté une société traditionnelle où le Contrôle social est fort (absence de liberté et d’angoisse) et de l’autre une société moderne avec un contrôle social moins important (liberté et angoisse).

Depuis la révolution française, on pense que l’on peut guider sa vie. On pense depuis le plus jeune âge à choisir un métier. On fait l’impasse sur les déterminismes sociaux et on voit le métier comme une vocation.
Les déterminismes sont de plus en plus subtils. On oblige les collégiens en difficultés ou encore les personnes en situation de chômage à monter des projets professionnels alors qu’ils sont dans l’incapacité de se projeter compte tenu de leur situation.

Selon Bourdieu, nos choix, nos goûts et tout ce qui gouverne notre vie en général dépendent de notre habitus .
En ce qui concerne le choix du conjoint, on est libre. D’autant que ce choix n’est pas irréversible, le divorce est possible. On ne tolère plus que nos parents nous dictent nos choix et on choisit tel ou tel personne par amour.
Dans nos sociétés modernes, c’est un sentiment sensé préexister obligatoirement à la formation d’un couple, l’amour étant la base du mariage.
Dans les sociétés traditionnelles, le mariage était l’alliance de deux familles. Généralement, on se mariait avec des personnes de même catégorie sociale car c’était les pères qui choisissaient.
Dans les sociétés modernes, on ne fonde pas de couple sans amour et pourtant le sentiment amoureux est fragile. Depuis les années 20, il y a une vision romantique de l’amour dans le couple selon laquelle celui-ci serait  durable.
A l’époque, on demandait aux femmes d’écrire aux soldats partis au front. Cela va être la force des sentiments durable qui vont déboucher sur la famille.
Cette idée est largement relayée par les magasines féminin et la littérature à l’eau de rose. Sur ce plan, la Socialisation est très différente pour les garçons et pour les filles. De manière caricaturale, on a le prince charmant et les tenues vestimentaires pour les filles et le foot et les voitures pour le garçon.
Dans notre société, on est conditionné à être en couple, cela paraît « anormal » d’être seul. Les parents poussent à tomber amoureux. D’une certaine manière, ce ne sont plus les pères qui marient les individus mais la société toute entière.
On choisit son conjoint dans un groupe parce qu’il y a des affinités. On a du goût pour l’autre que s’i celui-ci a les mêmes goûts, les mêmes habitus et donc les mêmes origines sociales. Il y a quand même de plus en plus de mixité mais cela débouche statistiquement davantage sur des cas de divorce. Fonder une famille est plus aisé si elle s’appui sur une culture, sur des valeurs communes.
Le choix du conjoint est en fait extrêmement contraint mais à la différence de la société traditionnelle, on n’en a pas conscience et on peut changer de partenaire.

Le passage de la tradition au  changement

Dans le modèle traditionnel, le maître mot est la permanence, la reproduction à l’identique des modèles. Tout changement est considéré comme une menace par l’organisation sociétale. Ce qui compte c’est la référence au passé, aux origines. Pour illustration, les gens qui ont le plus de pouvoir sont les personnes âgées.
A l’inverse, dans les sociétés modernes, ce qui est magnifié, c’est le changement, l’éphémère, le nouveau.

Nous sommes passé du prima de la permanence au pria du nouveau. Ce qui amène des conséquences sur les relations intergénérationnelles.

Dans les sociétés traditionnelles, ce sont les personnes âgées qui ont les places les plus prestigieuses, ils sont considérés comme des sages et sont vénérés. Ils représentent le passé et détiennent les solutions aux problèmes puisqu’ils ont l’expérience.
Dans les sociétés modernes, c’est l’inverse. Plus les choses changent, plus les personnes âgées sont exclues car leur savoir est considéré comme obsolète. On en est venu à les exclure car elles n’ont plus d’utilité. La société moderne fait rapidement table rase du passé.
 
Les jeunes n’ont jamais eu autant de pouvoir qu’aujourd’hui. On est dans la société du jeunisme. C’est le modèle de la jeunesse qui est magnifié : il faut être beau, en bonne santé, performant et savoir s’adapter. La jeunesse est devenue une valeur alors que c’était le grand âge dans les sociétés traditionnelles.
 
En 1968, Mead distinguent trois types de sociétés :

  • Post-figurative (le pouvoir est détenu par les anciens)
  • Co-figurative (le pouvoir est détenu par les pairs et non plus les pères)
  • Pré-figurative (le pouvoir est aux mains de la jeunesse)

Dans nos sociétés, certains secteurs sont davantage détenus par les jeunes (l’informatique, la publicité) tandis que d’autres sont davantage réservés à des personnes plus avancées en âge (l’économie, les finances).

Le passage de l’indifférenciation à la spécialisation fonctionnelle


Dans les sociétés traditionnelles, il y a une interdépendance des institutions. La structure est très peu segmentée.  En ce qui concerne les rôles des individus, tous nous connaissent dans tous nos rôles.
La famille soigne, éduque les enfants et leur apprend un métier. Le pouvoir se transmet de père en fils.
Dans les régimes totalitaires, on devient homme politique parce qu’on fait partie de la famille du dictateur en place. Cette légitimité vient exclusivement du lien familial. Il n’existe pas de rupture entre les sphères familiales et professionnelles.  A tous les niveaux c’est la famille qui est l’institution de base.
Dans les sociétés modernes, on a spécialisé les institutions. La famille est ainsi devenue spécialisée en affect. Elle éduque mais n’assure pas forcément les soins, la scolarisation… On a réduit la famille au monde des sentiments.
Dans le même temps, on a décidé qu’elle était basée sur l’amour via le mariage. La sphère familiale est devenue privée et on note une rupture entre sphère professionnelle et privée.
La sphère privée est tenue cachée et l’on est entrain de basculer dans la société dite postmoderne.

Pour faire simple, dans les sociétés traditionnelles, rien n’est caché. Dans les sociétés modernes, tout est cachée. Dans les sociétés post modernes, rien n’est cachée.

Théoriquement, un président ne s’affichait pas avec sa femme. Dans les sociétés postmodernes, il y a de la communication à travers la sphère privée.
Au niveau de la structure des rôles, ils sont segmentés. On ne connaît une personne qu’à travers un rôle bien qu’il existe des cultures de quartiers.
Le monde de l’artisanat reste très traditionnel bien que cela évolue.
 
En ce qui concerne la gestion des affects, cela s’exprime différemment selon que la société est traditionnelle ou moderne.
Dans les sociétés traditionnelles, on pleure en famille. La fonction d’écoute n’est pas spécialisée.
Dans les sociétés modernes, l’écoute est plus spécialisée. On va davantage voir un psychologue censé être formé pour cela.
On ne peut pas passer son temps à écouter autrui et les personnes qui le font sont perçues comme particulièrement généreuses.
 
On est de plus en plus spécialisé dans des sphères de plus en plus réduites. Cela pose des problèmes de communication car à force d’être de plus en plus spécialisé, cela segmente et isole les individus.
L’hyperspécialisation donne du travail aux psychosociologues comme par exemple du travail de médiation entre les différents acteurs spécialisés.
La famille se spécialise également. Chacun va avoir sa chambre, son espace de vie.

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