Dossiers de lecture

Représentations et systèmes de valeur

Publié dans Dossiers de lecture

 

Les conséquences du changement social : de la modernité vers la post modernité

Les trente glorieuses marquent le changement, c'est-à-dire l’abondance économique et la société de consommation.

Il y a eu beaucoup de travaux de sociologie sur les conséquences de ce passage à la post modernité sur l’identité.
 
Il s’agit de comprendre comment les bouleversements socio-économiques vont affecter l’Homme dans son identité la plus profonde : dans sa manière d’éprouver des sentiments, dans son rapport au temps, au corps, aux autres. On a également étudié la façon dont ce changement social a retentit sur certains individus en terme de pathologie.
 
Au fond, l’identité n’a jamais posé autant de problème qu’aujourd’hui. Avant elle allait de soi ; aujourd’hui, elle reste à construire. Les sociologues se sont emparés de ce thème. On voit apparaître cette évolution du « Nous », « Je » « Je+ » au travers de différentes disciplines.
On peut citer trois auteurs qui parlent de cela : Aubert, Kaufmann et Ehrenberg.
 
Dans « L’individu hypermoderne » de Nicole Aubert, datant de 2004, ce sont les bouleversements socio-économiques qui modèlent la personnalité de l’individu hypermoderne.
Selon la Psychologie-sociale, les appartenances sociales déterminent le fonctionnement cognitif du sujet.
D’après la sociologie psychologique, c’est l’environnement socio-économique qui façonne la personnalité. Elle dessine un portrait de l’individu hypermoderne comme un sujet dans l’excès.
 
Cet individu est centré sur la satisfaction immédiate de ses désirs, il est intolérant à la frustration. Il poursuit toujours une quête d’absolu. On est loin de la tempérance.
On peut se demander comment cet individu peut-il élever ses enfants car ne supportant pas la frustration, comment peut-il arriver à inculquer la tolérance à la frustration à sa progéniture ?
Cela donne le tableau clinique de l’enfant hyperactif. Il y en a plus qu’avant. On sait qu’à symptôme égal d’hyperactivité, le « diagnostic » est différent entre milieu favorisé (« peut finir président ») et milieu défavorisé (« peut finir délinquant »). Il y a donc une tolérance différente à l’hyperactivité selon les milieux.

Cet individu est aussi débordé de sollicitations : la société l’oblige à être toujours plus performant.

Il va donc développer des comportements compulsifs « visant à partager chaque instant avec un maximum d’intensité » : faire plus de choses en moins de temps.
On peut se demander jusqu’à quel point cette hyperactivité est pathologique.
 
Ce qui caractérise ce sujet c’est l’excès, le toujours plus. C’est un sujet hyperactif (au sens pathologique ou pas) qui se débat dans l’urgence (toxicomanie/sports extrêmes) pour être toujours à la limite (borderline), d’où cette cavalcade effrénée peut être pour ne pas penser à l’angoisse de la mort.

Cet individu est à l’inverse de l’honnête homme classique du 18ème siècle qui était dans la mesure et la réflexion.

Il est définit par son rapport à la transcendance : toute réflexion spirituelle est une recherche de sens. Cette quête de sens a été rapatriée dans l’ici et maintenant.
Ce qu’il cherche, ce n’est pas la vie éternelle ou le salut de son âme mais plutôt le bien être immédiat.
La plupart des grandes religions parlent de la vie après la mort. L’individu hypermoderne recherche plus la transcendance de soi : c’est lui-même qui est à la source du sens de sa vie. Il est dans une logique instrumentale.
 
On passe donc d’un rapport expressif à la religion à un rapport instrumental. Il s’agit de la recherche d’un Dieu « prêt à l’emploi ». Le besoin de croire à quelque chose reste très fort. On se convertit, c’est le « Je » qui décide de sa religion.
 
En ce qui concerne le rapport au temps, dans les sociétés traditionnelles, notre existence se coulait dans les rythmes du temps : cloche d’église, pointeuse, heures de repas.
L’Homme était dominé par le temps.
Aujourd’hui, grâce aux nouvelles technologies, l’Homme se vit comme dominant le temps, ce qui lui donne un sentiment d’ubiquité existentielle.
Ex : on est là mais en même temps ailleurs grâce au téléphone portable. On se veut dominer le temps mais on est dans l’excès, on est en fait dominé par l’urgence.
 
En ce qui concerne le rapport aux autres, Sennet parle de la corrosion du caractère de l’individu post moderne qui l’empêche de vivre des valeurs à long terme telles que la fidélité, l’Engagement et la loyauté. On est « obligé » d’engager avec autrui des relations éphémères, disparates et restructurées.
C’est une flexibilité que l’on trouve dans l’entreprise, dans la famille…
Dans cette société, on juge la capacité de changer et de s’adapter aux changements.
Dans « Malaise dans la temporalité », en 2002,  Zawadzki pose la question suivante : Si l’individu a du mal à s’engager dans des relations durables, peut-il éprouver autre chose que des sensations ? Le sentiment serait-il trop engagent ?
 
Tajfel et Turner dans leurs théories implicites de la personnalité, évoquent que quand l’individu n’est pas satisfait de son identité sociale, il va en changer ou changer de groupe.
Dans sa théorie de l’auto catégorisation , Turner nous dit que l’individu active ou désactive telle ou telle identité selon les contextes, les intérêts. Exemple : identité de femme, de professeur, de française…
 
En ce qui concerne notre rapport au corps :
Avant, notre corps était asservit à la nature (reproduction, maternité, lié aux douleurs, aux maladies).
Aujourd’hui, on estime que la douleur est insupportable. On utilise toute forme de médication pour soulager la douleur. On choisit si on veut ou non une péridurale pour l’accouchement. On n’accepte de moins en moins d’être asservi au rythme biologique. On va retarder la maternité ou encore les traces de la vieillesse.
On est passé d’un corps asservi à un corps auto façonné : on arrive à avoir une certaine emprise sur le corps.
 
On est dans une société où la norme d’internalité domine. (De façon caricatural, si on est gros, ridé et moche, c’est de notre faute).
Pour Tajfel et Turner, l’identité trouve son fondement dans l’interaction et l’individu passe son temps à se comparer, soit pour se stimuler (comparaison ascendante), soit pour se valoriser (comparaison descendante).
Il faut resituer la problématique identitaire dans l’interaction. Il faut introduire la notion de réflexivité, c’est l’individu qui se regarde, qui réfléchit sur sa propre vie, qui s’analyse jusqu’à transformer son quotidien en objet d’interaction.

Il n’existe aucune définition consensuelle du post moderne, de l’hyper moderne ou du sur moderne.

Mais quelle est la place du soi dans ces sociétés ?

Société traditionnelle

NOUS

Société moderne

JE

Société post moderne 

JE+

Collectivisme/externalité

Individu confondu dans le groupe.Ce qui compte, c’est le nous. Il y a un fort contrôle social qui émane du groupe.  C’est une société de prescription qui définit les grandes décisions.  

Individualisme/internalité

Individu émergeant du groupe et qui commence à être autonome.
C’est l’avènement du JE, l’émergence du sujet. On entre dans une société d’élection où le sujet décide de sa vie.

Réflexivité/subjectivité

Individu qui entend mener sa vie et qui la met en scène, construit son identité.
Le JE devient le centre du monde. Désormais, l’homme réfléchit à sa vie, l’analyse, transforme son quotidien en objet d’observation. On est dans le domaine de la subjectivité.


Jean-Claude Kaufmann montre que l’identité est une thématique à la mode. Il l’a définit comme une boîte noire conceptuelle, un cristallisateur magique pour toute communauté qui cherche à se faire connaître. Il introduit l’idée de starisation du concept.
star L’identité devient un concept star.
L’identité part des rôles, ce que Goffman appelle les « postes-identités ». On regarde le pôle subjectif de l’identité, la personne est un poste identité mais entend bien jouer ce rôle de façon singulière. On assiste à une tension entre le MOI et le JE, un affrontement entre détermination sociale et libre arbitre ou créativité personnelle.
 
Selon Kaufmann, la liberté de l’acteur n’est pas inversement proportionnelle au poids des déterminations, il s’agit de deux processus qui s’entrecroisent sans cesse. L’individu n’est pas réductible à l’habitus.
Il y a une sorte d’autonomie mais en même temps, il est fabriqué par le contexte social qui l’entoure, y compris dans des éléments les plus personnels.
Le sujet s’autonomise par la subjectivité parce qu’il met de lui-même dans ses rôles, il crée ainsi de la signification et construit son identité.
 
Selon Dubet, l’individu a décroché des programmes institutionnels, il fait son marché parmi les valeurs.
L’individu va avoir des rôles de plus en plus changeants et pour des durées brèves.
Le postulat de base est que l’identité est un processus qui se poursuit jusqu’à la mort. Dans la société moderne, l’individu subit ce processus et dans la société post moderne il le construit.
A partir de la réflexivité, il va être maître de sa propre vie. Jusqu’ici, on lui transmettait des éléments de décision, maintenant il doit faire un choix.
Dans la société moderne, les éléments identitaires sont donnés par la société. Si l’individu réfléchit, c’est pour savoir s’il applique bien les règles puisqu’à chaque position sociale correspond un type de pensée et d’action prédéterminé.
 
Dans la société post moderne, l’individu est condamné à construire du sens autour des règles. Les règles ne s’imposent pas à lui, il doit les construire.
En terme dynamique, l’identité est le mouvement par lequel l’individu reformule toujours davantage la substance sociale qui le constitue.
 
Pour autant, cette nouvelle donne redessine tout le paysage des inégalités sociales selon Kaufmann.
En effet, les inégalités sociales finissent par être intériorisées dans le sens où, par la subjectivité, chacun est toujours menacé par la perte d’estime de soi.

Les inégalités sociales ne sont pas mortes.
Elles sont même plus intolérables qu’autrefois même si elles n’ont pas la même forme : elles passent désormais par l’individu puisque la société le tient pour personnellement responsable. Kaufmann parle de l’internalité. Tous les jours notre identité est remise en question, elle ne va pas de soi.
Dans ses ouvrages, Alain Ehrenberg montre que l’on arrive dans une société où l’individu a envie de se construire lui-même avec d’emblée des changements.
Dans la société moderne, il y a encore des interdits et actuellement on peut dire qu’il y a une incertitude par rapport à la notion d’interdit.
 
Nous vivons dans une société où il y a un composé d’inflations normatives et d’incertitudes sur la notion d’interdit.
On est toujours dans l’idée de la désinstitutionnalisation et du déclin des valeurs. L’interdit n’existe pas de façon absolue.
Cette incertitude à l’égard des valeurs génère de l’angoisse car les choses ne sont pas interdites pour tout et toujours.
La question fondamentale de l’individu moderne est la suivante : ai-je le droit de ?
Quand il transgresse la règle, il culpabilise, ce qui amène la névrose. La névrose est une maladie liée aux repères que l’on transgresse.
 
La question fondamentale de l’individu post moderne est la suivante : suis-je capable de, suis-je à la hauteur ? avec les problématiques liées à l’estime de soi.
 
Il s’agit d’une sociologie qui place la dépression comme liée au social. Tout comme Durkheim quand il parle du  suicide où les personnes se suicident davantage dans les groupes moins cohésifs, Ehrenberg montre que la dépression est une pathologie sociale.
Le sujet post moderne est donc un sujet en crise car il est en quelque sorte la victime d’un système réduit à l’impuissance, tant sont fortes les attentes d’autrui à son égard.
Mais paradoxalement, il souffre aussi de toute puissance puisqu’il ne saurait plus mettre de limites à la disparition de lui-même. Le « no limit » est une disposition post moderne (limite de la toute puissance et impuissance).
 
Effectivement, à partir des années 60, on voit apparaître l’internalité comme une norme dominante avec des nouvelles normes qui incitent à l’initiative individuelle, qui nous demandent d’être nous-mêmes.
En même temps, il y a une exacerbation des impératifs de réussite individuelle en particulier scolaire et professionnelle et, à défaut de réussite, la stigmatisation personnelle.

On est, au fond, de plus en plus responsable de notre vie.

Dans la société moderne, les inégalités sont perçues mais elles renvoient à une problématique politique. Autrement dit, les individus vont expliquer leur position défavorisée en disant qu’elle est le fruit de l’exploitation des classes sociales.
L’ attribution causale se fait de façon Externe et si elle est Interne, on trouve les moyens au niveau de l’action collective (syndicats, associations…).
Dans la société post moderne, les inégalités sont vécues sur le registre de l’incapacité personnelle. (Dépréciation personnelle avec la frustration puisque dans une société où l’on nous dit que tout est permis et que l’on arrive à rien, c’est la frustration, la jalousie, les blessures narcissiques qui apparaissent.) L’individu va vivre ses échecs sur le mode de la dépréciation personnelle. Psychologiquement, il va plus souffrir qu’avant de ses échecs.
 
Cette période est caractérisée par une dynamique :

  • D’un côté la libération psychique (côté scène)
  • D’un autre, l’insécurité identitaire (côté coulisse)

Les trente glorieuses marquent le début de la société moderne (dans les faits car en théorie, c’est au siècle des lumières.
L’important est de savoir quels sont les déterminants socio-économiques qui influencent la personnalité de l’individu.
 
C’est ici que l’on peut parler de « la fatigue d’être soi » (titre de l’ouvrage d’Ehrenberg). On tente de se construire une position cohérente car nous sommes toujours à la recherche de consistance interne. Nous sommes constamment entrain de lutter contre les effets négatifs de la Dissonance cognitive sur notre personnalité.

On n’a jamais été autant libre et en même temps dépendant du regard des autres.

Quand cela fonctionne, l’individu post moderne va être hyper adaptable : par exemple un individu qui a connu des expériences de flexibilité familiale.
Quand cela ne fonctionne pas, cela aboutit sur la dépression ou la toxicomanie et les addictions car étant sommé d’être performant, on se dope.
Il y a une sorte de maintenance médicamenteuse : cocaïne, cannabis, alcool, tabac, boissons énergétiques…
Pour être toujours performant sans être épuisé, on fini par croire qu’il est obligatoire d’être aidé.

L’addiction ou la dépression sont des maladies typiques du post modernisme.
Ce sont des maladies de la responsabilité dans lesquelles un sentiment d’impuissance domine (contrairement à la névrose, qui est une maladie de la culpabilité)
 
Ehrenberg considère que le sentiment de perte des valeurs n’existe pas dans les années 60.
On est dans une pathologie narcissique nouvelle : le « Je » n’a jamais autant compté, donc si il va mal, tout s’effondre et naissent les pathologies de l’identité.

Aujourd’hui, il y aurait des dépressions chroniques car le sujet vit en situation d’insécurité identitaire.

La personne mentalise peu et a de plus en plus de difficultés à accepter la frustration, ce qui ouvre sur la dépression et l’addiction.
 
Selon Ehrenberg, nous sommes des individus émancipés. Autant dans la période moderne, il fallait s’affranchir (créer des conflits névrotiques mais être affranchi génère un vide dépressif). Il y avait une angoisse d’être soi car c’était la confrontation aux interdits. Autant aujourd’hui, elle est remplacée par une fatigue d’être soi qui est l’expression de la confrontation de l’individualité.

On passe d’une psychologie de la culpabilité à une psychologie de l’infériorité.

Dans l’entreprise, on soumet moins les corps que l’on oblige les esprits à se dépasser. Il y a une double contrainte : demander une implication supérieure et diminuer la sécurité.
 
En même temps, les inégalités changent de style : elles ne sont plus seulement entre les groupes sociaux mais à l’intérieur même des groupes avec des blessures d’amour propre.
L’autonomie est une contrainte imposée par l’entreprise. C’est l’autonomie et l’auto discipline qui engendre le plus d’inégalités. On retrouve cela dans d’autres systèmes comme le scolaire avec par exemple l’impératif de réussite personnelle. On est dans un système de supercherie scolaire (les gens n’ont jamais autant donné de cours particuliers à leurs enfants) avec deux oppositions : filière d’excellence et filières qui dégradent. Le système met en cause l’élève, sa bonne volonté, qui se demande vite si il est à la hauteur (en général et vis-à-vis des attentes parentales).
On retrouve également cela dans la famille. Le système familiale devient précaire car il y a brouillage des rôles institutionnels c'est-à-dire une renégociation permanente du contrat entre les époux et au niveau du territoire des enfants symbolique et réel (exemple : la chambre de l’adolescent devient privée). Il y a également le problème spécifique des familles recomposées (Où est l’interdit, qu’est-ce que je dis et au nom de quoi ?).
Il y a des tentions permanentes à tous les niveaux (travail, famille). On vit dans une société où l’on trouve normal d’usiner son mental. C’est une société de plus en plus médicamentée. On ne fait pas la distinction entre se soigner et se droguer. L’individu n’est ni malade, ni guérit.
L’individu post moderne est inscrit dans de nombreux programmes de maintenance de soi qui l’accompagne toute sa vie. La règle est de produire et ce qu’il faut aujourd’hui, c’est produire une individualité susceptible d’agir par elle-même et de se modifier en s’appuyant sur ses ressources internes.
Le coaching qui est en vogue correspond également à de la maintenance.
On peut même dire que le métier de psychologue est un métier post moderne dans le sens où si les individus ne sont plus capables de se débrouiller seul, ils font appel à eux.
L’action publique elle-même se tourne de plus en plus vers des parcours individualisés. Ce n’est pas nécessairement plus efficace mais la règle est de produire de l’individualité, de l’identité.
 
Aujourd’hui, dans le courant post moderne, on trouve des travaux très vastes et hétérogènes. Le point de consensus est la rupture avec la modernité, le déclin des grands principes ; raison, progrès, individu.
En 1979, Lyotard remet en cause l’idée que l’histoire est un parcours linéaire vers plus de progrès. Il développe l’idée du relativisme : il y a plusieurs réalités.
Aux Etats-Unis, cette pensée est associée aux études culturelles.
Baudrillard et Maffesoli développent le constat d’une rupture avec la modernité en disant que les découvertes scientifiques sont loin d’amener vers l’émancipation de l’humanité. Maffesoli prêche pour le relativisme. Selon lui, tout est digne d’intérêt et rien ne mérite le mépris. Il a mis en acte ses idées en dirigeant la thèse de Tessier sur l’astrologie.
 
Autre modèle : la seconde modernité ou modernité réflexive.
 
Ce modèle est incarné par Giddens et Beck. Ils développent les idées de rupture avec les idéaux de la modernité. Selon eux, on entre dans la période moderne, alors que la précédente n’était que semi moderne.
Dans « la société du risque » datant de 1986, Beck nous dit qu’avec Tchernobyl, on est passé dans une autre société où le risque est de grande envergure et crée par les humains (OGM, vache folle…).
Beck parle de détraditionalisation (où Dubet parle de désinstitutionalisation). L’individu choisit seul, il doit faire avec sa biographie, sa généalogie (exemple : aujourd’hui, on lève le secret des naissances sous X en évoquant le droit de  l’individu à connaître ses origines.)
 
Cette individualisation est un destin collectif, tous les individus sont soumis au même régime.
Les traditions (rôles sexués, classes sociales) et ses modèles sont remis en cause en raison du cosmopolitisme. Il en déduit que l’individu post moderne est de moins en moins prévisible (idée d’habitus grâce auquel on prévoit le comportement en fonction des appartenances.) Aujourd’hui, c’est plus difficile car les appartenances évoluent.
La nouvelle contrainte est de calculer son action et celle de l’autre, voir où il veut en venir et avoir une réflexion sur là où il veut aller.
On assiste donc à l’avènement d’une démocratie d’humeur. Pour exemple, les gens votent plus selon leur humeur que sur leur adhésion politique.

On assiste à un nouveau rapport individu/société.

Le collectif ne peut plus être dirigé ou donné du sommet vers le bas mais construit à partir de biographies individuelles.
C’est la même chose qu’Ehrenberg : dans le contexte de l’individualisation, ce qui était auparavant surmonté collectivement comme un destin de classe est de plus en plus pris individuellement comme une défaillance personnelle. Autrement dit, ce qui était un destin partagé (exemple : pauvreté) s’est transformé en une faute. Ces idées sont intéressantes mais floues, il s’agit d’un essai et non d’une démonstration scientifique.
Giddens  (sociologue anglais et conseiller de Tony Blair, théoricien de la troisième voie entre l’économie assistée par l’état et le libéralisme) a une thèse un peu différente.
Selon lui, il n’y a pas de rupture avec la modernité mais nous sommes dans une phase de modernité avancée où les prémisses ont été posés avec la révolution française et industrielle. Cette société moderne réflexive est un complexe composé de quatre modules organisationnels :

  1. Le capitalisme (accumulation de capital sur la base de marchés compétitifs)
  2. L’industrialisme
  3. La surveillance (fondement de la société, on a jamais été autant surveillés, contrôlés)
  4. Le militarisme (industrialisation de la guerre, depuis on a vu l’avènement d’une guerre terroriste dont les fondements sont différents, c’est une autre façon de faire la guerre)

Il prédisait le développement de l’économie capitaliste et surtout la division internationale du travail.

Tous ces auteurs mettent l’accent sur la réflexivité. C’est une société qui s’auto analyse quel que soit les domaines, les pratiques sont réfléchis.

La limite de ces analyses est qu’elles manquent de validations empiriques. Chez Beck, il y a un amalgame avec le terme de risque qui englobe tout.
Cependant, on peut se demander s’il est possible et souhaitable d’avoir une théorie générale de la société.

En résumé, on a l’avant et l’après 1960 :

Avant 1960 Après 1960
Obéissance
Discipline
Transgression     
Libération des interdits
Initiative personnelle
Impuissance/Infériorité

Pourquoi obéissons-nous moins ?

En fait, on est dans la soumission librement consentie, au fond on choisit d’obéir sans en avoir conscience. « Les hommes marchent seuls ».
La discipline est remplacée par l’initiative personnelle et l’auto discipline.
Ce qui compte c’est de ne pas être dans le moule, comme les autres.

Est-on moins conforme qu’avant ?

Pas vraiment, si on prend l’exemple de la mode, on la suit, tout en voulant être original.
Aujourd’hui, il faut être original, il n’y a rien de pire que d’être « normal ».

Rappel : Le rapport à la norme était sur le mode de la transgression qui amène de la culpabilité et génère la névrose. Puis après, on ne transgresse rien car il n’y a rien à transgresser donc on est impuissant (infériorité/peur de/dépression).

Il y a différents mode d’action, on passe de la soumission à une hiérarchie qui commande. Aujourd’hui, on est responsable, autonome, on est dans la problématique du projet.
 
La médecine du travail se penche sur l’anxiété (effet pathogène du travail). Les inégalités sont vécues comme une différence de classe.
Avant, la problématique était d’ordre politique, aujourd’hui, le sentiment d’inégalité est vécu sur le mode personnel de la défaillance (internalité et blessure narcissique).
A l’école, on assiste à une exacerbation des impératifs de réussite (ex : classement des lycéens pour la réussite au BAC). Il y a une obsession sans fin à l’excellence (cours particuliers).
Il y a une bipolarisation où on met l’accent sur les filières et les élèves privilégiés et un abandon des enfants défavorisés.
 
Au sein de la famille, il y a une constante renégociation des espaces et des territoires.
40% des divorces sont des divorces par fautes et non par consentement mutuel.
Pour conclure, on peut dire que le changement des mentalités est lié aux changements économiques.
 
« L’individu hypermoderne », 2004, Nicole Aubert
« Malaise dans la temporalité », 2002, Paul Zawadzki
« La fatigue d’être soi », 1998, Alain Ehrenberg
 « La société du risque », 1986, Ulrich Beck
« La condition postmoderne », 1994, Jean-François Lyotard
« Sociologie des valeurs », 2006, Rudolf Rezsohazy

Qui est en ligne ?

Nous avons 211 invités et aucun membre en ligne

Contact

Soutenir le site

soutien