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Représentations et systèmes de valeur

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De l’individu moderne à l’individu postmoderne

Une société n’est jamais statique. De façon simple, on définit le changement social comme le passage d’une société traditionnelle à une société moderne.

Le changement social est un phénomène collectif : Il affecte toute une société au niveau des conditions de vie et des cognitions.
Le changement social implique un changement de structure, d’organisation. (Ex : la famille)
Le changement social doit être durable, permanent.
Définition : Le changement social est une transformation observable dans le temps qui affecte de manière durable la structure ou le fonctionnement de l’organisation sociale d’une collectivité donnée et modifie le cours de son histoire.
 
C’est un abus de langage de dire que le changement social est le passage d’une société traditionnelle à une société moderne. Il existe, en effet, une pluralité de sociétés traditionnelles et modernes. De plus, il y a une coexistence d’éléments traditionnels et modernes au sein d’une même société.
L’immigration est un facteur de permanence des traditions en ce sens qu’on a tendance à se crisper sur ses traditions alors que celles-ci peuvent tomber en désuétude dans le pays d’origine.
Le processus de passage de la société traditionnelle à la société moderne n’est pas linéaire. D’un point de vu idéologique, on a associé ce passage à l’idée de progrès.
On a une fâcheuse tendance à penser que demain sera mieux qu’aujourd’hui. Cette idée a pourtant été remise en cause par des événements historiques tels qu’Hiroshima ou encore la Shoa. On a constaté qu’une brillante civilisation comme l’Allemagne pouvait tomber dans la barbarie (concept plutôt associé aux sociétés traditionnelles).
Il se peut également que ce que l’on considère comme des retours en arrière interviennent à la suite d’une révolution. En Iran, par exemple, dans les années 70, les femmes ne portaient pas le voile avant la révolution islamique.
 
On compte trois éléments constitutifs au changement social:

Le passage de l’action prescriptive à l’action élective

La première est l’imposition de quelque chose. Il est important de différentier la norme de la loi. A la différence de la norme, la loi dispose d’un appareil formel pour assurer la conformité. Cependant, les Normes ont parfois une puissance plus étendue que les lois.
La norme de prescription, c’est ce que je dois faire et la norme de proscription, ce que je ne dois pas faire. On adhère aux normes car on est en recherche de renforcements positifs. On cherche à se faire bien voir (cf : la Clairvoyance normative ou la norme d’internalité).
Norme et loi sont parfois antagonistes.
Dans les sociétés traditionnelles, on pourrait dire qu’un seul schéma d’action s’impose à l’individu (ex : travail, mariage). Toutes les décisions qui concernent la vie sont organisées par le groupe. L’individu agit en tant que représentant du groupe. Pour exemple, dans les sociétés traditionnelles maghrébines, tous les fils ainés s’appelle Mohamed car ce qui importe c’est l’affiliation, la continuité, aujourd’hui c’est l’individualité, l’originalité.
next Une société qui ne connaît pas l’action prescriptive ne connaît aucun changement.
Dans les sociétés dites traditionnelles, il existe peu ou pas de choix personnels. Cette situation nous semble intolérable. Pour exemple, la fille aidera aux champs, à la boutique… et le garçon, selon sa place dans la fratrie, prendra le métier de son père, ira à l’armée ou deviendra curé…
Pour autant, ces sociétés ne connaissent pas les désordres psychologiques que nous connaissons (dépression, anxiété, suicide…).
 
A l’inverse, le modèle électif est fondé sur le choix. Toutes les décisions que l’on est supposé prendre pour l’orientation de notre vie dépendent de nous. L’individu prend les rênes de sa vie mais le système normatif continu de jouer son Rôle. D’où la notion bien connue de nos jour de projet personnel. Dans nos sociétés modernes, le secteur de l’orientation a enflé, l’idée de s’orienté est moderne.

On a d’un côté une société traditionnelle où le Contrôle social est fort (absence de liberté et d’angoisse) et de l’autre une société moderne avec un contrôle social moins important (liberté et angoisse).

Depuis la révolution française, on pense que l’on peut guider sa vie. On pense depuis le plus jeune âge à choisir un métier. On fait l’impasse sur les déterminismes sociaux et on voit le métier comme une vocation.
Les déterminismes sont de plus en plus subtils. On oblige les collégiens en difficultés ou encore les personnes en situation de chômage à monter des projets professionnels alors qu’ils sont dans l’incapacité de se projeter compte tenu de leur situation.

Selon Bourdieu, nos choix, nos goûts et tout ce qui gouverne notre vie en général dépendent de notre habitus .
En ce qui concerne le choix du conjoint, on est libre. D’autant que ce choix n’est pas irréversible, le divorce est possible. On ne tolère plus que nos parents nous dictent nos choix et on choisit tel ou tel personne par amour.
Dans nos sociétés modernes, c’est un sentiment sensé préexister obligatoirement à la formation d’un couple, l’amour étant la base du mariage.
Dans les sociétés traditionnelles, le mariage était l’alliance de deux familles. Généralement, on se mariait avec des personnes de même catégorie sociale car c’était les pères qui choisissaient.
Dans les sociétés modernes, on ne fonde pas de couple sans amour et pourtant le sentiment amoureux est fragile. Depuis les années 20, il y a une vision romantique de l’amour dans le couple selon laquelle celui-ci serait  durable.
A l’époque, on demandait aux femmes d’écrire aux soldats partis au front. Cela va être la force des sentiments durable qui vont déboucher sur la famille.
Cette idée est largement relayée par les magasines féminin et la littérature à l’eau de rose. Sur ce plan, la Socialisation est très différente pour les garçons et pour les filles. De manière caricaturale, on a le prince charmant et les tenues vestimentaires pour les filles et le foot et les voitures pour le garçon.
Dans notre société, on est conditionné à être en couple, cela paraît « anormal » d’être seul. Les parents poussent à tomber amoureux. D’une certaine manière, ce ne sont plus les pères qui marient les individus mais la société toute entière.
On choisit son conjoint dans un groupe parce qu’il y a des affinités. On a du goût pour l’autre que s’i celui-ci a les mêmes goûts, les mêmes habitus et donc les mêmes origines sociales. Il y a quand même de plus en plus de mixité mais cela débouche statistiquement davantage sur des cas de divorce. Fonder une famille est plus aisé si elle s’appui sur une culture, sur des valeurs communes.
Le choix du conjoint est en fait extrêmement contraint mais à la différence de la société traditionnelle, on n’en a pas conscience et on peut changer de partenaire.

Le passage de la tradition au  changement

Dans le modèle traditionnel, le maître mot est la permanence, la reproduction à l’identique des modèles. Tout changement est considéré comme une menace par l’organisation sociétale. Ce qui compte c’est la référence au passé, aux origines. Pour illustration, les gens qui ont le plus de pouvoir sont les personnes âgées.
A l’inverse, dans les sociétés modernes, ce qui est magnifié, c’est le changement, l’éphémère, le nouveau.

Nous sommes passé du prima de la permanence au pria du nouveau. Ce qui amène des conséquences sur les relations intergénérationnelles.

Dans les sociétés traditionnelles, ce sont les personnes âgées qui ont les places les plus prestigieuses, ils sont considérés comme des sages et sont vénérés. Ils représentent le passé et détiennent les solutions aux problèmes puisqu’ils ont l’expérience.
Dans les sociétés modernes, c’est l’inverse. Plus les choses changent, plus les personnes âgées sont exclues car leur savoir est considéré comme obsolète. On en est venu à les exclure car elles n’ont plus d’utilité. La société moderne fait rapidement table rase du passé.
 
Les jeunes n’ont jamais eu autant de pouvoir qu’aujourd’hui. On est dans la société du jeunisme. C’est le modèle de la jeunesse qui est magnifié : il faut être beau, en bonne santé, performant et savoir s’adapter. La jeunesse est devenue une valeur alors que c’était le grand âge dans les sociétés traditionnelles.
 
En 1968, Mead distinguent trois types de sociétés :

  • Post-figurative (le pouvoir est détenu par les anciens)
  • Co-figurative (le pouvoir est détenu par les pairs et non plus les pères)
  • Pré-figurative (le pouvoir est aux mains de la jeunesse)

Dans nos sociétés, certains secteurs sont davantage détenus par les jeunes (l’informatique, la publicité) tandis que d’autres sont davantage réservés à des personnes plus avancées en âge (l’économie, les finances).

Le passage de l’indifférenciation à la spécialisation fonctionnelle


Dans les sociétés traditionnelles, il y a une interdépendance des institutions. La structure est très peu segmentée.  En ce qui concerne les rôles des individus, tous nous connaissent dans tous nos rôles.
La famille soigne, éduque les enfants et leur apprend un métier. Le pouvoir se transmet de père en fils.
Dans les régimes totalitaires, on devient homme politique parce qu’on fait partie de la famille du dictateur en place. Cette légitimité vient exclusivement du lien familial. Il n’existe pas de rupture entre les sphères familiales et professionnelles.  A tous les niveaux c’est la famille qui est l’institution de base.
Dans les sociétés modernes, on a spécialisé les institutions. La famille est ainsi devenue spécialisée en affect. Elle éduque mais n’assure pas forcément les soins, la scolarisation… On a réduit la famille au monde des sentiments.
Dans le même temps, on a décidé qu’elle était basée sur l’amour via le mariage. La sphère familiale est devenue privée et on note une rupture entre sphère professionnelle et privée.
La sphère privée est tenue cachée et l’on est entrain de basculer dans la société dite postmoderne.

Pour faire simple, dans les sociétés traditionnelles, rien n’est caché. Dans les sociétés modernes, tout est cachée. Dans les sociétés post modernes, rien n’est cachée.

Théoriquement, un président ne s’affichait pas avec sa femme. Dans les sociétés postmodernes, il y a de la communication à travers la sphère privée.
Au niveau de la structure des rôles, ils sont segmentés. On ne connaît une personne qu’à travers un rôle bien qu’il existe des cultures de quartiers.
Le monde de l’artisanat reste très traditionnel bien que cela évolue.
 
En ce qui concerne la gestion des affects, cela s’exprime différemment selon que la société est traditionnelle ou moderne.
Dans les sociétés traditionnelles, on pleure en famille. La fonction d’écoute n’est pas spécialisée.
Dans les sociétés modernes, l’écoute est plus spécialisée. On va davantage voir un psychologue censé être formé pour cela.
On ne peut pas passer son temps à écouter autrui et les personnes qui le font sont perçues comme particulièrement généreuses.
 
On est de plus en plus spécialisé dans des sphères de plus en plus réduites. Cela pose des problèmes de communication car à force d’être de plus en plus spécialisé, cela segmente et isole les individus.
L’hyperspécialisation donne du travail aux psychosociologues comme par exemple du travail de médiation entre les différents acteurs spécialisés.
La famille se spécialise également. Chacun va avoir sa chambre, son espace de vie.


Le Passage d’une société moderne à une société postmoderne : la crise des valeurs

On peut se poser la question de savoir si on est aujourd’hui dans une société moderne, postmoderne, hypermoderne ou encore sur moderne ? Tous ces termes existent et sont utilisés par les auteurs.
 
Dubet se penche sur le problème de la désinstitutionalisation.
Si on reprend le modèle classique, on avait des institutions (par exemple la famille) qui incarnaient des valeurs.

A noter : Les valeurs passent par les normes qui définissent les rôles qui finissent par formater des personnalités.

Dans la société moderne, l’institution n’exprime plus les valeurs qu’elle est sensé incarner. Les valeurs sont en fait attaquées de tous les fronts. Elles ont perdues de leur force et de ce fait les normes également.
Pour exemple, je ne vais pas demander à mon enfant de laisser sa place dans le bus à une personne âgée (norme) si je ne sais plus à quelle valeur s’adosse cette norme (respect des personnes âgées).
On ne veut plus se faire réduire à des personnalités de rôle et les normes sont des attentes de rôle.
La modernité est une culture.
L’idée de société n’évoque plus une totalité plus ou moins fonctionnelle et plus ou moins téléologique.
La société devient transversale et abstraite. La société est composée d’individus qui entendent bien se présenter comme tel. C'est-à-dire en acteur autonome et sujet de leur vie.
 
La socialisation moderne engendre l’autonomie (liberté et individualisme) due à la complexité croissante des systèmes et des rôles sociaux.
C’est le groupe qui socialise en donnant l’identité à la personne (seconde nature).
Or on pourrait dire que plus les sources de socialisations sont multiples (et parfois contradictoires), plus les individus sont contraints de se construire leur propre orientation.
Pour exemple, quand l’enfant rentrait de l’école avec une punition, il se faisait également punir dans le cercle familial. Aujourd’hui, les parents tendent davantage à s’opposer à l’école, ce qui peut produire chez l’enfant un état de dissonance et l’amener à choisir une des deux opinions ou encore à disqualifier les deux.
Cette socialisation plurielle est génératrice de d’incertitude et l’individu va se demander comment agir.
 
Jusqu’ici la socialisation était normative, aujourd’hui elle est stratégique. La socialisation est un apprentissage continu de stratégies cognitives permettant de lire et d’interpréter les situations comme autant de problèmes.
Avant , dans la société, tout était cohérent. Aujourd’hui, on se représente la société comme un ensemble de systèmes complexes dans lesquels il y a des communautés d’intégration qui sont juxtaposés avec des cultures qui proposent toutes une définition de soi.
L’expérience est une manière d’éprouver le monde social, de la définir à travers un ensemble de situations. Elle est aussi une façon de construire le monde et de se construire soi-même.
Finalement c’est une construction inachevée de sens et d’identité.
 
Cette mise en place de l’expérience repose sur trois logiques :

  • La logique stratégique : L’identité des acteurs n’est pas simplement le produit de leur socialisation, c’est aussi un ensemble de ressources mobilisées dans les échanges sociaux concurrentiels. L’Identité sociale est composée de ressources qui permettent d’atteindre des objectifs, des intérêts. Aujourd’hui tout individu apparaît comme l’entrepreneur de lui-même. Et la psychologie de l’acteur aujourd’hui, c’est la psychologie du joueur en ce sens que les personnes agissent selon leurs intérêts propres. Chacun développe des stratégies dans leurs interactions.
  • La logique d’intégration : Elle nous vient du pôle traditionnel de notre socialisation. Jusqu’ici on intégrait les normes et les valeurs qui façonnaient notre personnalité. Aujourd’hui on est encore le fruit de nos appartenances mais on va faire en sorte de jouer avec celles-ci. Dans notre société postmoderne, on connaît de nous ce que l’on donne à voir. Dans la société moderne, on peut choisir ses groupes d’appartenances.
  • La logique de subjectivation : Le Soi (Moi / Je). C’est l’émergence du sujet. Les individus vont se définir comme des Sujets par leur créativité, leur autonomie, leur liberté. Cette représentation du moi comme sujet est un produit, une Représentation sociale. Autrement dit, c’est le social qui nous intime l’ordre d’avoir une identité personnelle. C’est donc la subjectivation qui fait que le Je est différent du Moi social. Le sujet va devoir se créer son Soi. Cette étape est souvent source de souffrance. « Je me vis comme sujet en mesurant la distance et les obstacles qui se dressent entre cette représentation du Moi et mon expérience. »

Le sujet ne vit pas ces trois logique dans une unité, il y a des tentions. La société est un ensemble hétérogène et les acteurs seuls construisent l’unité. Les institutions ne confèrent plus l’unité à l’ensemble.

Pour faire simple, dans la société postmoderne, on est libre de faire ce que l’on attend de nous.

Aujourd’hui, on assiste à une désinstitutionalisation. Cela ne veut peut pas dire qu’il n’y a plus d’institutions. On voit les institutions évoluer sous les faits des médias (la famille par exemple). Elle reste une cellule de base mais elle a changée. La famille est maintenant plurielle ; il y a des types de familles qui incarnent des valeurs différentes. La famille devient une négociation des rôles et non plus une imposition des rôles.
La société traditionnelle était moins homogène qu’on ne le pense : de nombreuses femmes mourraient en couche, les hommes partaient à la guerre et les survivants se remariaient. On mystifiait la famille alors qu’elle était souvent recomposée.
La famille ne représente plus les valeurs de transmission. Avant le rôle parental était basé sur l’autorité, maintenant c’est sur la négociation. Il n’y a plus de « personnalité de parent ».
 
Pour ce qui est de la Religion, la pratique perd en intensité. Les valeurs se font attaquer par la science puis par la société moderne. Les dogmes religieux sont devenus incompatible avec le désir de liberté des gens. Chacun se « bricole » ses propres valeurs, prend ce qu’il y a de bien selon lui dans différentes religions.
Les religions incarnent une pluralité de valeurs qui ne sont plus des éléments transcendants mais des coproductions sociales.
La religion est un bon exemple de désinstitutionalisation.
 
En ce qui concerne l’école, elle est soumise aux médias, aux demandes des parents qui se mêlent de pédagogie et à l’environnement socio-économique.
Elle est agressée par des alternatives de savoir, par l’introduction d’un relativisme culturel généralisé.
Aujourd’hui, le savoir des médias vaut celui des maîtres.
Pourtant l’apprentissage ne peut se faire que lorsqu’on considère qu’il y a un maître et que l’on croit à ce qu’il dit. On peut dire que l’éducation nationale s’est désinstitutionalisée.
 
Toutes ces institutions ont perdues leur essence et leur identification aux valeurs, elles sont devenues de simples organisations.

Autrement dit, aujourd’hui l’institution est un cadre, une offre de service. Elle accomplit le programme de la modernité, celui d’une autoproduction de la société.

Les rôles

Selon Dubet, le rôle n’est pas forcément un concept essentiel. Selon lui, on passe du rôle à l’expérience sociale. Le rôle, c’est l’aspect figé des attentes de rôles alors que l’expérience sociale est l’activité par laquelle chacun de nous construit le sens et la cohérence d’une action qui ne lui sont pas données par un système homogène et par des valeurs uniques (autrement dit par des aspects transcendants).
« Je vais créer mon rôle par l’expérience sociale »
Selon Dubet, la désinstitutionalisation correspond à la disjonction entre les valeurs et les institutions.

Les valeurs

Selon les auteurs, les définitions varient.
Selon Rokeach en 1968, il s’agit d’une croyance durable selon laquelle un mode spécifique de conduite ou un but de l’existence est personnellement et socialement préférables à d’autres conduites ou buts.
Selon Schwartz et Bilsky en 1987, le système de valeurs correspond à l’adhésion des individus à des objectifs permettant de satisfaire des intérêts appartenant à des domaines motivationnels et ayant une importance plus ou moins grande dans la vie de tous les jours.
Pour Boudon et Bourricaud, il s’agit de préférences collectives qui apparaissent dans un contexte institutionnel et participent à sa régulation.
Enfin pour Rezsohazy en 2002, c’est ce que les hommes apprécient, estiment, désirent, recommandent voir proposent comme idéal.
Les valeurs sont donc de l’ordre du désirable, elles sont censées être le soubassement des normes.
 
Dans le système classique on a :
Des institutions qui incarnent des valeurs, qui fondent des normes, qui fondent des rôles, qui fondent des personnalités.
 
Quand les valeurs changent, ce sont des indices de changements sociaux. Il existe une fondation européenne pour l’étude des valeurs : Europeen Value System.
Cette fondation a réalisée une enquête longitudinale et transversale en 1981 puis refaite en 1990 et 1999. On commence donc à avoir une idée du changement des valeurs via les questionnaires utilisés.
Ils ont inclus la question suivante pour les items du questionnaire:
« Est-ce que vous jugez cet item plus ou moins excusable ? » via une échelle type Lickert.
On utilise le terme « excusable » pour savoir si c’est « grave » pour la personne ou non dans un contexte particulier. Cela permet de répondre au plus près de son comportement.
Les valeurs sont liées à l’actualité.
On observe que la tolérance à l’égard de l’avortement et du suicide se crispe en 1990 et 1999. Les valeurs de la fidélité augmentent et on assiste à un regain du mariage. Ce questionnaire mesure bien les mentalités des gens. Cependant, il y a des problèmes méthodologiques concernant le sens des items. Pour exemple, la drogue (vente ou consommation) ou encore la prostitution (ou proxénétisme). Il faut réactualiser les items. Par exemple, intégrer un item sur la pédophilie.
 
Pour certains comportements, on devient plus tolérants, pour d’autres, c’est l’inverse. Il existe des îlots de traditions dans tous les pays.
On note une certaine forme de tolérance à l’intolérance (exemple du port du voile).
 
Les pays les plus permissifs sont la France, les Pays Bas, le Danemark. Le Pays le moins permissif est l’Irlande. C’est l’Espagne qui a fait la plus grande évolution vers le permissif.
 
On peut se poser la question de savoir qu’est ce qui fait qu’on a des valeurs différentes notamment en fonction des générations.
Selon Schwartz, il existe un axe avec deux oppositions :

  Amélioration de soi
(Pouvoir, accomplissement personnel)
 
Conservatisme    Ouverture au changement
(Auto orientation, autostimulation) 
   Dépassement de soi
(Universalisme, altruisme, bienveillance)      
 


Zinglehart travaille sur les changements de valeurs et les systèmes politiques dans les années 70.
Il oppose deux systèmes de valeurs :

  • Individuel, matérialiste
  • Individuel, post matérialiste

La moitié de la population se situe au milieu, c’est une configuration mixte.
 
Les matérialistes valorisent la sécurité physique et économique.
Les post matérialistes valorisent, quand à eux, les satisfactions intellectuelles et esthétiques ou celles qui découlent du sentiment d’appartenance ou d’estime de soi.
 
Les valeurs matérialiste apparaissent  à partir des années 50-60. Théoriquement, on passerait des valeurs matérialistes aux valeurs post matérialistes. La société occidentale se déplace vers le post matérialisme.
Les trente glorieuses provoquent une accélération du niveau de vie, ce qui entraine un délaissement des valeurs acquises (telle que la sécurité économique).
On cherche autre chose. Il y a des fluctuations. A partir des années 70, une partie de la population redevient matérialiste.
Pour exemple, en 1986/87, on compte 14% de post matérialistes contre 32% de matérialistes. En 2000, les post matérialistes sont à part égale avec les matérialistes.
L’auteur nous montre que le contexte socio-économique a une influence quasi mécanique sur les mentalités. Il révèle également que les jeunes sont souvent plus tolérants que les personnes âgées qui tendent vers le conservatisme. L’explication tiendrait au contexte dans lequel on grandit.

Il semble que les préoccupations des individus reflètent moins les manques dont ils peuvent souffrir dans leur environnement socio-économique présent que les conditions qui ont prévalues pendant leur jeunesse.

Ce qui distancie les jeunes des personnes âgées :

  • Point de vu développemental : on vieillit
  • Point de vu en terme de rôle : quand on devient parent par exemple
  • Changement idéologique : par exemple, les personnes nées en 1968 sont plus permissives

Il y a un effet de cohorte : On est marqué par les grands événements. Ce n’est pas qu’un effet d’âge mais de génération.
Il semble que l’on retourne vers un matérialisme due à la crise économique,  aux problèmes d’accès à l’emploi, au logement. Cet état de fait freine le déplacement vers le post matérialisme.
En ce sens, on peut donc dire que l’effet de génération va contre l’effet développemental.
 
Rezsohazy a une vision un peu différente.
Pour lui, il y a quatre types de valeur :

  1. Valeurs traditionnelles : Religion, autorité, travail, rigueur morale, obéissance, devoir, responsabilité, fidélité.
  2. Valeurs centrales : Amour, famille, amitié, honnêteté, dignité, réussite professionnelle, propriété, consumérisme, sécurité, loisirs, sciences et techniques, progrès, démocratie, paix. Ces deux types de valeurs sont permanentes et transhistoriques.
  3. Valeurs post modernes : Individualisme (exacerbation du « Je »), épanouissement, liberté, expérimentation, relativité, sincérité (recherche de l’authenticité), tolérance, spontanéité (ex : expression des sentiments), permissivité, sexualité (ex : accomplissement sexuel), intensité (ex : émotions fortes), hédonisme, temps présent, convivialité, importance accordée  à la nature, vie (profiter de la vie), égalité (gommer toute hiérarchie).
  4. Valeurs latentes : Elles sont plus ou moins là en sommeil et émergent quand un événement se produit : Justice, solidarité, fraternité, bienveillance, bonté.

On est dans des représentations de l’ordre de l’idéal. Les individus incarnant cette société post moderne sont plutôt en faveur de clivages sociaux bien que dans l’idée, ils sont pour l’égalité.
 
Selon Bourdieu, « la jeunesse n’est qu’un mot ». Cela signifie qu’elle n’est pas homogène, elle ne constitue pas un tout. Les jeunes appartiennent à des classes sociales, des pays différents. On peut donc se poser la question de l’existence de valeurs de jeunes.
Pour l’auteur, il y a une parenthèse de la jeunesse, il y a une relative communauté de valeurs de la jeunesse.
Il semble que les 18/29 ans soient relativement bienveillants par rapport à notre société, à notre monde économique actuel.
Une grande majorité de jeunes s’intéresse peu à la politique. Par contre, ils sont capables de fortes mobilisations conjoncturelles. En effet, il y a des thèmes fortement mobilisateurs tels que le racisme toutes classes sociales confondues.
Il y a aussi un déterminisme social. On va se positionner par rapport à ses parents (en opposition ou pas).
Les jeunes sont plutôt en faveur de la mondialisation.
Pour les 18/25 ans, ça concerne la culture américaine, la musique.
Pour les 30/35 ans, ça concerne les délocalisations, les pertes d’emplois, l’exploitation des peuples pauvres.
85% des jeunes de 18 à 29 ans ont une image positive de l’ordre. 79% ont une image positive de l’autorité et 59% regrettent que le rôle des parents ne soit pas assez valorisé. Ils accordent une part plus importante à la famille que la génération précédente (1968). Cette génération avait un rapport d’opposition par rapport aux parents.
En 1975, l’âge de la majorité est passé de 21 à 18 ans. Beaucoup de jeunes de l’époque étaient en rupture avec leurs parents. Aujourd’hui, les 18/29 ans n’ont pas le même besoin de quitter leurs parents qui sont d’ailleurs moins autoritaires (génération Tanguy).
Ces jeunes recherchent une figure autoritaire, ils sont en quête d’un cadrage. Quand ils deviennent eux-mêmes parents, ils sont plus sévères.
On note un renouveau de la famille.
Chez les marxistes, les anarchistes, la famille était un modèle d’aliénation, de patriarcat.
Aujourd’hui, la famille est perçue comme un système ouvert, d’où un regain pour le mariage, une hausse de la natalité et de la valeur de la fidélité conjugale. Cependant, la divortialité augmente paradoxalement. Cet état de fait peut en partie s’expliquer par l’augmentation de l’importance du développement personnel pour les individus.
 
Une grande majorité de jeunes pensent que les femmes devraient travailler quand elles le veulent. Ce qui veut dire que le féminisme a perdu du terrain. L’avortement devient de plus en plus difficile et les grossesses adolescentes augmentent.
On est d’autant plus conservateurs que l’on est âgé mais il existe des variables médiatrices sur l’effet d’âge.
Il en est de même pour le retour à la religion. On se marie de plus en plus à l’église sans être forcément croyant.

La société post moderne consiste en une vision égocentrée du monde.

Thèse de Rezsohazy : « Sociologie des valeurs ».

Valeurs européennes :

  • Pensée scientifique (croyance en la toute puissance scientifique sur le corps)
  • Amour (c’est un phénomène comme le sens de la justice, la sincérité et l’honnêteté)
  • Raison (c'est-à-dire la démocratie, le temps mesuré, la maîtrise, le travail.)
  • Autonomie de l’individu

Les fondements même du post modernisme sont :

  • Relativisme
  • Pluralisme
  • Tolérance

Dans la société traditionnelle : hégémonie des religions
Dans la société moderne : rejet des religions
Dans la société post moderne : bricolage de la religion (éléments de différentes religions qui coexistent).

On distingue habituellement le collectivisme (correspondant aux sociétés traditionnelles)  de l’individualisme (correspondant aux sociétés modernes).

Tout ce passe comme si on passait d’une société traditionnelle (prima du « Nous » sur le « Je ») à une société moderne (prima du « Je » sur le « Nous ») et à une société post moderne (prima du «Je »+, le sujet voit son individualité autonome et auto déterminée).
Nous ne sommes plus vraiment dans la société moderne.

A chaque époque, les valeurs ambiantes façonnent un type de personnalité.

 


 

Les conséquences du changement social : de la modernité vers la post modernité

Les trente glorieuses marquent le changement, c'est-à-dire l’abondance économique et la société de consommation.

Il y a eu beaucoup de travaux de sociologie sur les conséquences de ce passage à la post modernité sur l’identité.
 
Il s’agit de comprendre comment les bouleversements socio-économiques vont affecter l’Homme dans son identité la plus profonde : dans sa manière d’éprouver des sentiments, dans son rapport au temps, au corps, aux autres. On a également étudié la façon dont ce changement social a retentit sur certains individus en terme de pathologie.
 
Au fond, l’identité n’a jamais posé autant de problème qu’aujourd’hui. Avant elle allait de soi ; aujourd’hui, elle reste à construire. Les sociologues se sont emparés de ce thème. On voit apparaître cette évolution du « Nous », « Je » « Je+ » au travers de différentes disciplines.
On peut citer trois auteurs qui parlent de cela : Aubert, Kaufmann et Ehrenberg.
 
Dans « L’individu hypermoderne » de Nicole Aubert, datant de 2004, ce sont les bouleversements socio-économiques qui modèlent la personnalité de l’individu hypermoderne.
Selon la Psychologie-sociale, les appartenances sociales déterminent le fonctionnement cognitif du sujet.
D’après la sociologie psychologique, c’est l’environnement socio-économique qui façonne la personnalité. Elle dessine un portrait de l’individu hypermoderne comme un sujet dans l’excès.
 
Cet individu est centré sur la satisfaction immédiate de ses désirs, il est intolérant à la frustration. Il poursuit toujours une quête d’absolu. On est loin de la tempérance.
On peut se demander comment cet individu peut-il élever ses enfants car ne supportant pas la frustration, comment peut-il arriver à inculquer la tolérance à la frustration à sa progéniture ?
Cela donne le tableau clinique de l’enfant hyperactif. Il y en a plus qu’avant. On sait qu’à symptôme égal d’hyperactivité, le « diagnostic » est différent entre milieu favorisé (« peut finir président ») et milieu défavorisé (« peut finir délinquant »). Il y a donc une tolérance différente à l’hyperactivité selon les milieux.

Cet individu est aussi débordé de sollicitations : la société l’oblige à être toujours plus performant.

Il va donc développer des comportements compulsifs « visant à partager chaque instant avec un maximum d’intensité » : faire plus de choses en moins de temps.
On peut se demander jusqu’à quel point cette hyperactivité est pathologique.
 
Ce qui caractérise ce sujet c’est l’excès, le toujours plus. C’est un sujet hyperactif (au sens pathologique ou pas) qui se débat dans l’urgence (toxicomanie/sports extrêmes) pour être toujours à la limite (borderline), d’où cette cavalcade effrénée peut être pour ne pas penser à l’angoisse de la mort.

Cet individu est à l’inverse de l’honnête homme classique du 18ème siècle qui était dans la mesure et la réflexion.

Il est définit par son rapport à la transcendance : toute réflexion spirituelle est une recherche de sens. Cette quête de sens a été rapatriée dans l’ici et maintenant.
Ce qu’il cherche, ce n’est pas la vie éternelle ou le salut de son âme mais plutôt le bien être immédiat.
La plupart des grandes religions parlent de la vie après la mort. L’individu hypermoderne recherche plus la transcendance de soi : c’est lui-même qui est à la source du sens de sa vie. Il est dans une logique instrumentale.
 
On passe donc d’un rapport expressif à la religion à un rapport instrumental. Il s’agit de la recherche d’un Dieu « prêt à l’emploi ». Le besoin de croire à quelque chose reste très fort. On se convertit, c’est le « Je » qui décide de sa religion.
 
En ce qui concerne le rapport au temps, dans les sociétés traditionnelles, notre existence se coulait dans les rythmes du temps : cloche d’église, pointeuse, heures de repas.
L’Homme était dominé par le temps.
Aujourd’hui, grâce aux nouvelles technologies, l’Homme se vit comme dominant le temps, ce qui lui donne un sentiment d’ubiquité existentielle.
Ex : on est là mais en même temps ailleurs grâce au téléphone portable. On se veut dominer le temps mais on est dans l’excès, on est en fait dominé par l’urgence.
 
En ce qui concerne le rapport aux autres, Sennet parle de la corrosion du caractère de l’individu post moderne qui l’empêche de vivre des valeurs à long terme telles que la fidélité, l’Engagement et la loyauté. On est « obligé » d’engager avec autrui des relations éphémères, disparates et restructurées.
C’est une flexibilité que l’on trouve dans l’entreprise, dans la famille…
Dans cette société, on juge la capacité de changer et de s’adapter aux changements.
Dans « Malaise dans la temporalité », en 2002,  Zawadzki pose la question suivante : Si l’individu a du mal à s’engager dans des relations durables, peut-il éprouver autre chose que des sensations ? Le sentiment serait-il trop engagent ?
 
Tajfel et Turner dans leurs théories implicites de la personnalité, évoquent que quand l’individu n’est pas satisfait de son identité sociale, il va en changer ou changer de groupe.
Dans sa théorie de l’auto catégorisation , Turner nous dit que l’individu active ou désactive telle ou telle identité selon les contextes, les intérêts. Exemple : identité de femme, de professeur, de française…
 
En ce qui concerne notre rapport au corps :
Avant, notre corps était asservit à la nature (reproduction, maternité, lié aux douleurs, aux maladies).
Aujourd’hui, on estime que la douleur est insupportable. On utilise toute forme de médication pour soulager la douleur. On choisit si on veut ou non une péridurale pour l’accouchement. On n’accepte de moins en moins d’être asservi au rythme biologique. On va retarder la maternité ou encore les traces de la vieillesse.
On est passé d’un corps asservi à un corps auto façonné : on arrive à avoir une certaine emprise sur le corps.
 
On est dans une société où la norme d’internalité domine. (De façon caricatural, si on est gros, ridé et moche, c’est de notre faute).
Pour Tajfel et Turner, l’identité trouve son fondement dans l’interaction et l’individu passe son temps à se comparer, soit pour se stimuler (comparaison ascendante), soit pour se valoriser (comparaison descendante).
Il faut resituer la problématique identitaire dans l’interaction. Il faut introduire la notion de réflexivité, c’est l’individu qui se regarde, qui réfléchit sur sa propre vie, qui s’analyse jusqu’à transformer son quotidien en objet d’interaction.

Il n’existe aucune définition consensuelle du post moderne, de l’hyper moderne ou du sur moderne.

Mais quelle est la place du soi dans ces sociétés ?

Société traditionnelle

NOUS

Société moderne

JE

Société post moderne 

JE+

Collectivisme/externalité

Individu confondu dans le groupe.Ce qui compte, c’est le nous. Il y a un fort contrôle social qui émane du groupe.  C’est une société de prescription qui définit les grandes décisions.  

Individualisme/internalité

Individu émergeant du groupe et qui commence à être autonome.
C’est l’avènement du JE, l’émergence du sujet. On entre dans une société d’élection où le sujet décide de sa vie.

Réflexivité/subjectivité

Individu qui entend mener sa vie et qui la met en scène, construit son identité.
Le JE devient le centre du monde. Désormais, l’homme réfléchit à sa vie, l’analyse, transforme son quotidien en objet d’observation. On est dans le domaine de la subjectivité.


Jean-Claude Kaufmann montre que l’identité est une thématique à la mode. Il l’a définit comme une boîte noire conceptuelle, un cristallisateur magique pour toute communauté qui cherche à se faire connaître. Il introduit l’idée de starisation du concept.
star L’identité devient un concept star.
L’identité part des rôles, ce que Goffman appelle les « postes-identités ». On regarde le pôle subjectif de l’identité, la personne est un poste identité mais entend bien jouer ce rôle de façon singulière. On assiste à une tension entre le MOI et le JE, un affrontement entre détermination sociale et libre arbitre ou créativité personnelle.
 
Selon Kaufmann, la liberté de l’acteur n’est pas inversement proportionnelle au poids des déterminations, il s’agit de deux processus qui s’entrecroisent sans cesse. L’individu n’est pas réductible à l’habitus.
Il y a une sorte d’autonomie mais en même temps, il est fabriqué par le contexte social qui l’entoure, y compris dans des éléments les plus personnels.
Le sujet s’autonomise par la subjectivité parce qu’il met de lui-même dans ses rôles, il crée ainsi de la signification et construit son identité.
 
Selon Dubet, l’individu a décroché des programmes institutionnels, il fait son marché parmi les valeurs.
L’individu va avoir des rôles de plus en plus changeants et pour des durées brèves.
Le postulat de base est que l’identité est un processus qui se poursuit jusqu’à la mort. Dans la société moderne, l’individu subit ce processus et dans la société post moderne il le construit.
A partir de la réflexivité, il va être maître de sa propre vie. Jusqu’ici, on lui transmettait des éléments de décision, maintenant il doit faire un choix.
Dans la société moderne, les éléments identitaires sont donnés par la société. Si l’individu réfléchit, c’est pour savoir s’il applique bien les règles puisqu’à chaque position sociale correspond un type de pensée et d’action prédéterminé.
 
Dans la société post moderne, l’individu est condamné à construire du sens autour des règles. Les règles ne s’imposent pas à lui, il doit les construire.
En terme dynamique, l’identité est le mouvement par lequel l’individu reformule toujours davantage la substance sociale qui le constitue.
 
Pour autant, cette nouvelle donne redessine tout le paysage des inégalités sociales selon Kaufmann.
En effet, les inégalités sociales finissent par être intériorisées dans le sens où, par la subjectivité, chacun est toujours menacé par la perte d’estime de soi.

Les inégalités sociales ne sont pas mortes.
Elles sont même plus intolérables qu’autrefois même si elles n’ont pas la même forme : elles passent désormais par l’individu puisque la société le tient pour personnellement responsable. Kaufmann parle de l’internalité. Tous les jours notre identité est remise en question, elle ne va pas de soi.
Dans ses ouvrages, Alain Ehrenberg montre que l’on arrive dans une société où l’individu a envie de se construire lui-même avec d’emblée des changements.
Dans la société moderne, il y a encore des interdits et actuellement on peut dire qu’il y a une incertitude par rapport à la notion d’interdit.
 
Nous vivons dans une société où il y a un composé d’inflations normatives et d’incertitudes sur la notion d’interdit.
On est toujours dans l’idée de la désinstitutionnalisation et du déclin des valeurs. L’interdit n’existe pas de façon absolue.
Cette incertitude à l’égard des valeurs génère de l’angoisse car les choses ne sont pas interdites pour tout et toujours.
La question fondamentale de l’individu moderne est la suivante : ai-je le droit de ?
Quand il transgresse la règle, il culpabilise, ce qui amène la névrose. La névrose est une maladie liée aux repères que l’on transgresse.
 
La question fondamentale de l’individu post moderne est la suivante : suis-je capable de, suis-je à la hauteur ? avec les problématiques liées à l’estime de soi.
 
Il s’agit d’une sociologie qui place la dépression comme liée au social. Tout comme Durkheim quand il parle du  suicide où les personnes se suicident davantage dans les groupes moins cohésifs, Ehrenberg montre que la dépression est une pathologie sociale.
Le sujet post moderne est donc un sujet en crise car il est en quelque sorte la victime d’un système réduit à l’impuissance, tant sont fortes les attentes d’autrui à son égard.
Mais paradoxalement, il souffre aussi de toute puissance puisqu’il ne saurait plus mettre de limites à la disparition de lui-même. Le « no limit » est une disposition post moderne (limite de la toute puissance et impuissance).
 
Effectivement, à partir des années 60, on voit apparaître l’internalité comme une norme dominante avec des nouvelles normes qui incitent à l’initiative individuelle, qui nous demandent d’être nous-mêmes.
En même temps, il y a une exacerbation des impératifs de réussite individuelle en particulier scolaire et professionnelle et, à défaut de réussite, la stigmatisation personnelle.

On est, au fond, de plus en plus responsable de notre vie.

Dans la société moderne, les inégalités sont perçues mais elles renvoient à une problématique politique. Autrement dit, les individus vont expliquer leur position défavorisée en disant qu’elle est le fruit de l’exploitation des classes sociales.
L’ attribution causale se fait de façon Externe et si elle est Interne, on trouve les moyens au niveau de l’action collective (syndicats, associations…).
Dans la société post moderne, les inégalités sont vécues sur le registre de l’incapacité personnelle. (Dépréciation personnelle avec la frustration puisque dans une société où l’on nous dit que tout est permis et que l’on arrive à rien, c’est la frustration, la jalousie, les blessures narcissiques qui apparaissent.) L’individu va vivre ses échecs sur le mode de la dépréciation personnelle. Psychologiquement, il va plus souffrir qu’avant de ses échecs.
 
Cette période est caractérisée par une dynamique :

  • D’un côté la libération psychique (côté scène)
  • D’un autre, l’insécurité identitaire (côté coulisse)

Les trente glorieuses marquent le début de la société moderne (dans les faits car en théorie, c’est au siècle des lumières.
L’important est de savoir quels sont les déterminants socio-économiques qui influencent la personnalité de l’individu.
 
C’est ici que l’on peut parler de « la fatigue d’être soi » (titre de l’ouvrage d’Ehrenberg). On tente de se construire une position cohérente car nous sommes toujours à la recherche de consistance interne. Nous sommes constamment entrain de lutter contre les effets négatifs de la Dissonance cognitive sur notre personnalité.

On n’a jamais été autant libre et en même temps dépendant du regard des autres.

Quand cela fonctionne, l’individu post moderne va être hyper adaptable : par exemple un individu qui a connu des expériences de flexibilité familiale.
Quand cela ne fonctionne pas, cela aboutit sur la dépression ou la toxicomanie et les addictions car étant sommé d’être performant, on se dope.
Il y a une sorte de maintenance médicamenteuse : cocaïne, cannabis, alcool, tabac, boissons énergétiques…
Pour être toujours performant sans être épuisé, on fini par croire qu’il est obligatoire d’être aidé.

L’addiction ou la dépression sont des maladies typiques du post modernisme.
Ce sont des maladies de la responsabilité dans lesquelles un sentiment d’impuissance domine (contrairement à la névrose, qui est une maladie de la culpabilité)
 
Ehrenberg considère que le sentiment de perte des valeurs n’existe pas dans les années 60.
On est dans une pathologie narcissique nouvelle : le « Je » n’a jamais autant compté, donc si il va mal, tout s’effondre et naissent les pathologies de l’identité.

Aujourd’hui, il y aurait des dépressions chroniques car le sujet vit en situation d’insécurité identitaire.

La personne mentalise peu et a de plus en plus de difficultés à accepter la frustration, ce qui ouvre sur la dépression et l’addiction.
 
Selon Ehrenberg, nous sommes des individus émancipés. Autant dans la période moderne, il fallait s’affranchir (créer des conflits névrotiques mais être affranchi génère un vide dépressif). Il y avait une angoisse d’être soi car c’était la confrontation aux interdits. Autant aujourd’hui, elle est remplacée par une fatigue d’être soi qui est l’expression de la confrontation de l’individualité.

On passe d’une psychologie de la culpabilité à une psychologie de l’infériorité.

Dans l’entreprise, on soumet moins les corps que l’on oblige les esprits à se dépasser. Il y a une double contrainte : demander une implication supérieure et diminuer la sécurité.
 
En même temps, les inégalités changent de style : elles ne sont plus seulement entre les groupes sociaux mais à l’intérieur même des groupes avec des blessures d’amour propre.
L’autonomie est une contrainte imposée par l’entreprise. C’est l’autonomie et l’auto discipline qui engendre le plus d’inégalités. On retrouve cela dans d’autres systèmes comme le scolaire avec par exemple l’impératif de réussite personnelle. On est dans un système de supercherie scolaire (les gens n’ont jamais autant donné de cours particuliers à leurs enfants) avec deux oppositions : filière d’excellence et filières qui dégradent. Le système met en cause l’élève, sa bonne volonté, qui se demande vite si il est à la hauteur (en général et vis-à-vis des attentes parentales).
On retrouve également cela dans la famille. Le système familiale devient précaire car il y a brouillage des rôles institutionnels c'est-à-dire une renégociation permanente du contrat entre les époux et au niveau du territoire des enfants symbolique et réel (exemple : la chambre de l’adolescent devient privée). Il y a également le problème spécifique des familles recomposées (Où est l’interdit, qu’est-ce que je dis et au nom de quoi ?).
Il y a des tentions permanentes à tous les niveaux (travail, famille). On vit dans une société où l’on trouve normal d’usiner son mental. C’est une société de plus en plus médicamentée. On ne fait pas la distinction entre se soigner et se droguer. L’individu n’est ni malade, ni guérit.
L’individu post moderne est inscrit dans de nombreux programmes de maintenance de soi qui l’accompagne toute sa vie. La règle est de produire et ce qu’il faut aujourd’hui, c’est produire une individualité susceptible d’agir par elle-même et de se modifier en s’appuyant sur ses ressources internes.
Le coaching qui est en vogue correspond également à de la maintenance.
On peut même dire que le métier de psychologue est un métier post moderne dans le sens où si les individus ne sont plus capables de se débrouiller seul, ils font appel à eux.
L’action publique elle-même se tourne de plus en plus vers des parcours individualisés. Ce n’est pas nécessairement plus efficace mais la règle est de produire de l’individualité, de l’identité.
 
Aujourd’hui, dans le courant post moderne, on trouve des travaux très vastes et hétérogènes. Le point de consensus est la rupture avec la modernité, le déclin des grands principes ; raison, progrès, individu.
En 1979, Lyotard remet en cause l’idée que l’histoire est un parcours linéaire vers plus de progrès. Il développe l’idée du relativisme : il y a plusieurs réalités.
Aux Etats-Unis, cette pensée est associée aux études culturelles.
Baudrillard et Maffesoli développent le constat d’une rupture avec la modernité en disant que les découvertes scientifiques sont loin d’amener vers l’émancipation de l’humanité. Maffesoli prêche pour le relativisme. Selon lui, tout est digne d’intérêt et rien ne mérite le mépris. Il a mis en acte ses idées en dirigeant la thèse de Tessier sur l’astrologie.
 
Autre modèle : la seconde modernité ou modernité réflexive.
 
Ce modèle est incarné par Giddens et Beck. Ils développent les idées de rupture avec les idéaux de la modernité. Selon eux, on entre dans la période moderne, alors que la précédente n’était que semi moderne.
Dans « la société du risque » datant de 1986, Beck nous dit qu’avec Tchernobyl, on est passé dans une autre société où le risque est de grande envergure et crée par les humains (OGM, vache folle…).
Beck parle de détraditionalisation (où Dubet parle de désinstitutionalisation). L’individu choisit seul, il doit faire avec sa biographie, sa généalogie (exemple : aujourd’hui, on lève le secret des naissances sous X en évoquant le droit de  l’individu à connaître ses origines.)
 
Cette individualisation est un destin collectif, tous les individus sont soumis au même régime.
Les traditions (rôles sexués, classes sociales) et ses modèles sont remis en cause en raison du cosmopolitisme. Il en déduit que l’individu post moderne est de moins en moins prévisible (idée d’habitus grâce auquel on prévoit le comportement en fonction des appartenances.) Aujourd’hui, c’est plus difficile car les appartenances évoluent.
La nouvelle contrainte est de calculer son action et celle de l’autre, voir où il veut en venir et avoir une réflexion sur là où il veut aller.
On assiste donc à l’avènement d’une démocratie d’humeur. Pour exemple, les gens votent plus selon leur humeur que sur leur adhésion politique.

On assiste à un nouveau rapport individu/société.

Le collectif ne peut plus être dirigé ou donné du sommet vers le bas mais construit à partir de biographies individuelles.
C’est la même chose qu’Ehrenberg : dans le contexte de l’individualisation, ce qui était auparavant surmonté collectivement comme un destin de classe est de plus en plus pris individuellement comme une défaillance personnelle. Autrement dit, ce qui était un destin partagé (exemple : pauvreté) s’est transformé en une faute. Ces idées sont intéressantes mais floues, il s’agit d’un essai et non d’une démonstration scientifique.
Giddens  (sociologue anglais et conseiller de Tony Blair, théoricien de la troisième voie entre l’économie assistée par l’état et le libéralisme) a une thèse un peu différente.
Selon lui, il n’y a pas de rupture avec la modernité mais nous sommes dans une phase de modernité avancée où les prémisses ont été posés avec la révolution française et industrielle. Cette société moderne réflexive est un complexe composé de quatre modules organisationnels :

  1. Le capitalisme (accumulation de capital sur la base de marchés compétitifs)
  2. L’industrialisme
  3. La surveillance (fondement de la société, on a jamais été autant surveillés, contrôlés)
  4. Le militarisme (industrialisation de la guerre, depuis on a vu l’avènement d’une guerre terroriste dont les fondements sont différents, c’est une autre façon de faire la guerre)

Il prédisait le développement de l’économie capitaliste et surtout la division internationale du travail.

Tous ces auteurs mettent l’accent sur la réflexivité. C’est une société qui s’auto analyse quel que soit les domaines, les pratiques sont réfléchis.

La limite de ces analyses est qu’elles manquent de validations empiriques. Chez Beck, il y a un amalgame avec le terme de risque qui englobe tout.
Cependant, on peut se demander s’il est possible et souhaitable d’avoir une théorie générale de la société.

En résumé, on a l’avant et l’après 1960 :

Avant 1960 Après 1960
Obéissance
Discipline
Transgression     
Libération des interdits
Initiative personnelle
Impuissance/Infériorité

Pourquoi obéissons-nous moins ?

En fait, on est dans la soumission librement consentie, au fond on choisit d’obéir sans en avoir conscience. « Les hommes marchent seuls ».
La discipline est remplacée par l’initiative personnelle et l’auto discipline.
Ce qui compte c’est de ne pas être dans le moule, comme les autres.

Est-on moins conforme qu’avant ?

Pas vraiment, si on prend l’exemple de la mode, on la suit, tout en voulant être original.
Aujourd’hui, il faut être original, il n’y a rien de pire que d’être « normal ».

Rappel : Le rapport à la norme était sur le mode de la transgression qui amène de la culpabilité et génère la névrose. Puis après, on ne transgresse rien car il n’y a rien à transgresser donc on est impuissant (infériorité/peur de/dépression).

Il y a différents mode d’action, on passe de la soumission à une hiérarchie qui commande. Aujourd’hui, on est responsable, autonome, on est dans la problématique du projet.
 
La médecine du travail se penche sur l’anxiété (effet pathogène du travail). Les inégalités sont vécues comme une différence de classe.
Avant, la problématique était d’ordre politique, aujourd’hui, le sentiment d’inégalité est vécu sur le mode personnel de la défaillance (internalité et blessure narcissique).
A l’école, on assiste à une exacerbation des impératifs de réussite (ex : classement des lycéens pour la réussite au BAC). Il y a une obsession sans fin à l’excellence (cours particuliers).
Il y a une bipolarisation où on met l’accent sur les filières et les élèves privilégiés et un abandon des enfants défavorisés.
 
Au sein de la famille, il y a une constante renégociation des espaces et des territoires.
40% des divorces sont des divorces par fautes et non par consentement mutuel.
Pour conclure, on peut dire que le changement des mentalités est lié aux changements économiques.
 
« L’individu hypermoderne », 2004, Nicole Aubert
« Malaise dans la temporalité », 2002, Paul Zawadzki
« La fatigue d’être soi », 1998, Alain Ehrenberg
 « La société du risque », 1986, Ulrich Beck
« La condition postmoderne », 1994, Jean-François Lyotard
« Sociologie des valeurs », 2006, Rudolf Rezsohazy

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