Dossiers de lecture

Discrimination à l'école

Publié dans Dossiers de lecture

"L'école a l'habileté de transformer le passé social en passé scolaire et l'héritage culturel en don individuel" Pralong
La situation de l’école aujourd’hui ou la question de la démocratisation scolaire.

Jusque dans les années 1950, l’école devait encourager le sujet à s’émanciper en partageant une œuvre collective, en adhérant à des valeurs universelles et elle devait donc l’y aider en lui fournissant un encadrement très rigoureux.
L’école de la république était une école qui séparait en deux camps ; le primaire avec l’obtention du certificat d’étude était davantage réservé aux classes populaires, tandis que le secondaire avec l’obtention du bac et l’entrée vers des études longues étaient plutôt réservés à la bourgeoisie. Cette école n’était donc pas démocratique puisqu’elle était inégale. Mais l’école était cependant peu critiquée à cette période puisqu’elle entretenait l’ « idéologie du don » selon les termes de Bourdieu.

L’école démocratique apparait après les années 1960. Tout le monde a désormais accès à l’école.
On peut voir que de plus en plus de personnes sortent de l’école diplômées.
En effet, on s’aperçoit que de 1980 à 2000 ; le nombre de Sujets sortant sans diplômes ou certificat d’étude a chuté de moitié. Ce chiffre est à mettre en parallèle avec une importante augmentation de 200 % des personnes sortant avec un niveau d’étude supérieur long, et de 50 % sortant avec un niveau d’étude supérieur court, en 20 ans.
    
Pourtant, c’est au moment où l’école devient "démocratique" qu’elle sera le plus critiquée avec notamment l’œuvre de Bourdieu et Passeron ; « les héritiers ».

Selon leurs catégories socioprofessionnelles, les étudiants se départagent dans leur entrée en Université.
Si l’on se réfère aux chiffres de l’année 2001/2002 de l’Insee, on peut voir qu’il y a 16 fois plus d’étudiants appartenant à la classe « cadres supérieurs » avec 32,7 % de l’effectif total que ceux appartenant aux agriculteurs exploitants.
En effet, les catégories sociales des parents sont en relation avec le niveau d’étude des enfants.
Ainsi, 63 % des fils de cadres supérieurs ont obtenus des diplômes supérieurs contre seulement 1 % pour les fils d’ ouvriers.

Si l’on s’intéresse de plus près à la population universitaire, il apparait que, toujours selon la catégorie socioprofessionnelle du chef de famille, les répartitions dans les filières sont bien différentes.
En effet, il a 25 fois plus de fils de cadres supérieurs dans le secteur de la santé et en cours de Préparation aux Grandes écoles que de fils d’agriculteurs exploitants et 9 fois plus que de fils d’ouvriers.
Par contre, il y a 1,5 fois plus de fils d’ouvriers en STS que de fils de cadres supérieurs.
Ainsi, les filières les plus valorisées semblent davantage réservées aux familles de cadres.

Si l’on se penche sur la scolarisation des jeunes à 18 ans en 2002, on peut noter plusieurs points ; 4,9 % de fils de cadres ont arrêté leur étude contre 27,4 % de fils d’ouvriers.
26,2 % des « ouvriers » sont au niveau collège ou enseignement spécialisé (CAP, BEP) tandis que seul 4,76 % des « cadres » sont à ce niveau en 2002.
De plus, si l’on s’intéresse au retard scolaire, on se rend compte qu’il est d’autant plus important que la catégorie socioprofessionnelle des parents est moindre.
Pour exemple ; 54 % des retards regroupent les élèves dont le père est sans diplômes contre 14 % qui regroupent les élèves dont le père a un niveau d’étude supérieur au BAC.

En fait, à partir des années 1960, la sélection  continue à l’école mais elle ne se fait plus à l’entrée mais tout au long du parcours du sujet qui va être très difficile et qui va, de ce fait, rendre l’échec scolaire beaucoup plus visible qu’auparavant.
Ces chiffres récents mettent en exergue le concept de reproduction sociale de Bourdieu et montrent que l’école a une fonction dissimulée qui est celle de la sélection.  

Si l’on se penche maintenant sur les taux de pratique de quelques activités culturelles  (au moins une fois dans l’année), on peut également percevoir les inégalités en fonction à la fois des catégories socioprofessionnelles ; les cadres et professions libérales pratiquent environ 3 fois plus d’activités culturelles que les agriculteurs exploitants ou les ouvriers; mais aussi des diplômes ; les personnes qui ont obtenus des diplômes supérieurs font en moyenne 3 fois plus d’activités culturelles que les personnes sans diplôme, ou encore du niveau de vie ; les personnes ayant les revenus les plus faibles font 2 fois moins d’activités culturelles que les personnes dont les revenus sont les plus forts.

Depuis les années 1960, différentes études sociologiques ont notamment montré qu’un jeune sur deux se voit orienté vers les voies courtes de l’enseignement professionnel ou technologique pour maitrise insuffisante de la langue et de la culture écrite.
Lorsqu’on regarde les niveaux scolaires sur 100 d’élèves de 6ème ; les différences de score entre fils d’agriculteurs et fils de cadre et profession libérale est moindre pour les mathématiques (3 points de différence) mais importante pour le français (15 points de différence).
    
Lorsqu’on regarde les chiffres ; on peut vraiment parler de « niveau scolaire des catégories sociales ».    Les chiffres peuvent être en parti dus à l’affectation inégale des ressources matérielles, humaines et pédagogique de l’institution scolaire.
Pour exemple, la présence des meilleures filières est située en centre ville des grandes agglomérations.
Ces résultats peuvent sans doute s’expliquer aussi par le concept d’ habitus de Bourdieu.
En effet, si pour certains enfants la maitresse parle et se comporte « comme maman », pour d’autres ce n’est pas le cas. Ainsi, ces derniers auront davantage de difficultés à « entrer dans les bonnes grâces » de la maitresse dont l’éducation est sans doute plus proche des enfants venant de milieux plus favorisés.
En référence aux Héritiers ; la discrimination implicite se fera à l’égard des élèves des classes populaires à qui les professeurs vont prêter des ressources intellectuelles, personnelles et familiales. On connait les conséquences des étiquetages qui vont permettre à l’individu d’intérioriser ce que l’on attend de lui.
Voir expérience sur l' Effet Pygmalion .
Une autre forme de discrimination pour Terrail concerne aussi la propension des enseignants à l’allègement des programmes pour les classes plus défavorisées.
Cette intention, bien que fondée sur des bases démocratiques, a pour conséquence de davantage creuser les écarts entre les publics.

Dans l’école démocratique, les élèves, issus de familles les plus démunies culturellement qui échouent, sont de plus en plus stigmatisés car on considère qu’ils ont eu leur chance.
Si l’on s’intéresse par exemple aux taux d’accès à la formation professionnelle datant de janvier 1999 à février 2000, on voit qu’il est fonction du niveau d’étude ; Ceux qui ont obtenus un BAC +3 et plus, ont plus accès à la formation continue que les autres.    
Ainsi, les taux d’accès ne sont pas non plus les mêmes selon les catégories socioprofessionnelles.
    
Pour finir, on remarque que le taux de chômage est fonction du niveau d’étude. Ce sont les personnes sans diplômes qui vont être les plus touchées.
Le diplôme scolaire est un signe d’une bonne Socialisation de l’individu ; il y a une différence de 5, 9 points entre le taux de chômage des sans diplômes et des BEPC, CAP, BEP alors que la différence est seulement de 1,1 points entre les BEPC, CAP, BEP et les diplômes supérieurs. Ces chiffrent peuvent paraitre étonnants et correspondent au fait que l’obtention d’un quelconque diplôme, même de bas niveau, est la garantie qu’on aura prise sur l’individu qui s’est déjà soumis à l’institution.
Ainsi, les personnes n’ayant obtenus aucun diplôme restent les plus touchées avec des taux de chômage de 13,9 en 2002 et 15,3 en 2003.
On peut alors se poser la question de Jean-Pierre Terrail:

Comment une société aussi inégalitaire que la notre, affectée qui plus est par une véritable désagrégation du tissu social, pourrait-elle se doter d’une école égalitaire ?

Qui est en ligne ?

Nous avons 50 invités et aucun membre en ligne

Contact

Soutenir le site

soutien