Dossiers de lecture

Langage et pouvoir symbolique

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Analyse d’une théorie sociale

Dans cette partie, Bourdieu va analyser la théorie des climats de Montesquieu. Il s’interroge sur la logique du mode d’argumentation qu’il emploi pour produire un effet de vérité. Pour lui, la théorie des climats est un remarquable paradigme de « la mythologie » scientifique ; les discours sont fondés dans la croyance ou le préjugé et louche vers la science.

Pour l’auteur, on est donc en présence de deux principes entremêlés de cohérence ; une proclamée, d’allure scientifique, qui s’affirme par la multiplication des signes extérieurs de la scientificité, et une cohérence cachée, mythique dans son principe.
Montesquieu fait de nombreux empreint à la science médicale du 18 ème comme la théorie des humeurs ou encore celle des fibres élaborée par John Arburthnot :

  • air froid : resserre les extrémités des fibres extérieures du corps. Il diminue leur longueur, il augmente donc leur force et leur ressort et favorise le retour du sang des extrémités vers le cœur.
  • air chaud : relâche les extrémités des fibres. Il les allonge, il diminue donc leur force et leur ressort.

Bourdieu nous dit qu’ une psychanalyse de l’esprit scientifique ne manquerait pas de relever les images primitives et les oppositions proprement mythiques qui se glissent, à la faveur de la polysémie des mots (équilibre, puissance, ressort…), dans la description anatomique et physiologique
Tableau des oppositions mythiques ; véritable structure fantasmatique qui soutiennent toute la théorie.

Aussi, la relation mythique entre la passivité et la féminité ou entre l’activité et la virilité ne s’exprime-t-elle  jamais comme tel mais s’établit sous le masque d’une loi démographique attribuant un excédent de garçons aux peuples « guerriers » du nord et un excédent de filles aux peuples « efféminés » du « midi ».

Bourdieu nous dit que pour produire les principes fondamentaux de la théorie des climats, Montesquieu n’a fait que puiser en lui-même, c'est-à-dire dans un inconscient social qu’il avait en commun avec tous les hommes cultivés de son temps.
Pour l’auteur, le discours savant fonctionne comme un réseau d’euphémismes qui permettent à la pulsion sociale de s’exprimer sous une forme socialement acceptable ou même approuvée et prestigieuse.
Ainsi à partir d’une rhétorique scientifique, Montesquieu en vient à dire : « nous avons déjà dit que la grande chaleur énervait la force et le courage des hommes ; et qu’il y avait dans les climats froids une certaine force de corps et d’esprit qui rendait les hommes capables des actions longues, pénibles, grandes et hardies (…). Il ne faut donc pas être étonner que la lâcheté des peuples des climats chauds les ait presque toujours rendus esclaves et que le courage des peuples des climats froids les ait maintenus libres ».
Bourdieu nous dit que la tradition lettrée fait partie des conditions sociales du mythe savant, de sa forme, c'est-à-dire du langage d’allure scientifique et donc prestigieux.

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