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Représentations et systèmes de valeur

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Le Passage d’une société moderne à une société postmoderne : la crise des valeurs

On peut se poser la question de savoir si on est aujourd’hui dans une société moderne, postmoderne, hypermoderne ou encore sur moderne ? Tous ces termes existent et sont utilisés par les auteurs.
 
Dubet se penche sur le problème de la désinstitutionalisation.
Si on reprend le modèle classique, on avait des institutions (par exemple la famille) qui incarnaient des valeurs.

A noter : Les valeurs passent par les normes qui définissent les rôles qui finissent par formater des personnalités.

Dans la société moderne, l’institution n’exprime plus les valeurs qu’elle est sensé incarner. Les valeurs sont en fait attaquées de tous les fronts. Elles ont perdues de leur force et de ce fait les normes également.
Pour exemple, je ne vais pas demander à mon enfant de laisser sa place dans le bus à une personne âgée (norme) si je ne sais plus à quelle valeur s’adosse cette norme (respect des personnes âgées).
On ne veut plus se faire réduire à des personnalités de rôle et les normes sont des attentes de rôle.
La modernité est une culture.
L’idée de société n’évoque plus une totalité plus ou moins fonctionnelle et plus ou moins téléologique.
La société devient transversale et abstraite. La société est composée d’individus qui entendent bien se présenter comme tel. C'est-à-dire en acteur autonome et sujet de leur vie.
 
La socialisation moderne engendre l’autonomie (liberté et individualisme) due à la complexité croissante des systèmes et des rôles sociaux.
C’est le groupe qui socialise en donnant l’identité à la personne (seconde nature).
Or on pourrait dire que plus les sources de socialisations sont multiples (et parfois contradictoires), plus les individus sont contraints de se construire leur propre orientation.
Pour exemple, quand l’enfant rentrait de l’école avec une punition, il se faisait également punir dans le cercle familial. Aujourd’hui, les parents tendent davantage à s’opposer à l’école, ce qui peut produire chez l’enfant un état de dissonance et l’amener à choisir une des deux opinions ou encore à disqualifier les deux.
Cette socialisation plurielle est génératrice de d’incertitude et l’individu va se demander comment agir.
 
Jusqu’ici la socialisation était normative, aujourd’hui elle est stratégique. La socialisation est un apprentissage continu de stratégies cognitives permettant de lire et d’interpréter les situations comme autant de problèmes.
Avant , dans la société, tout était cohérent. Aujourd’hui, on se représente la société comme un ensemble de systèmes complexes dans lesquels il y a des communautés d’intégration qui sont juxtaposés avec des cultures qui proposent toutes une définition de soi.
L’expérience est une manière d’éprouver le monde social, de la définir à travers un ensemble de situations. Elle est aussi une façon de construire le monde et de se construire soi-même.
Finalement c’est une construction inachevée de sens et d’identité.
 
Cette mise en place de l’expérience repose sur trois logiques :

  • La logique stratégique : L’identité des acteurs n’est pas simplement le produit de leur socialisation, c’est aussi un ensemble de ressources mobilisées dans les échanges sociaux concurrentiels. L’Identité sociale est composée de ressources qui permettent d’atteindre des objectifs, des intérêts. Aujourd’hui tout individu apparaît comme l’entrepreneur de lui-même. Et la psychologie de l’acteur aujourd’hui, c’est la psychologie du joueur en ce sens que les personnes agissent selon leurs intérêts propres. Chacun développe des stratégies dans leurs interactions.
  • La logique d’intégration : Elle nous vient du pôle traditionnel de notre socialisation. Jusqu’ici on intégrait les normes et les valeurs qui façonnaient notre personnalité. Aujourd’hui on est encore le fruit de nos appartenances mais on va faire en sorte de jouer avec celles-ci. Dans notre société postmoderne, on connaît de nous ce que l’on donne à voir. Dans la société moderne, on peut choisir ses groupes d’appartenances.
  • La logique de subjectivation : Le Soi (Moi / Je). C’est l’émergence du sujet. Les individus vont se définir comme des Sujets par leur créativité, leur autonomie, leur liberté. Cette représentation du moi comme sujet est un produit, une Représentation sociale. Autrement dit, c’est le social qui nous intime l’ordre d’avoir une identité personnelle. C’est donc la subjectivation qui fait que le Je est différent du Moi social. Le sujet va devoir se créer son Soi. Cette étape est souvent source de souffrance. « Je me vis comme sujet en mesurant la distance et les obstacles qui se dressent entre cette représentation du Moi et mon expérience. »

Le sujet ne vit pas ces trois logique dans une unité, il y a des tentions. La société est un ensemble hétérogène et les acteurs seuls construisent l’unité. Les institutions ne confèrent plus l’unité à l’ensemble.

Pour faire simple, dans la société postmoderne, on est libre de faire ce que l’on attend de nous.

Aujourd’hui, on assiste à une désinstitutionalisation. Cela ne veut peut pas dire qu’il n’y a plus d’institutions. On voit les institutions évoluer sous les faits des médias (la famille par exemple). Elle reste une cellule de base mais elle a changée. La famille est maintenant plurielle ; il y a des types de familles qui incarnent des valeurs différentes. La famille devient une négociation des rôles et non plus une imposition des rôles.
La société traditionnelle était moins homogène qu’on ne le pense : de nombreuses femmes mourraient en couche, les hommes partaient à la guerre et les survivants se remariaient. On mystifiait la famille alors qu’elle était souvent recomposée.
La famille ne représente plus les valeurs de transmission. Avant le rôle parental était basé sur l’autorité, maintenant c’est sur la négociation. Il n’y a plus de « personnalité de parent ».
 
Pour ce qui est de la Religion, la pratique perd en intensité. Les valeurs se font attaquer par la science puis par la société moderne. Les dogmes religieux sont devenus incompatible avec le désir de liberté des gens. Chacun se « bricole » ses propres valeurs, prend ce qu’il y a de bien selon lui dans différentes religions.
Les religions incarnent une pluralité de valeurs qui ne sont plus des éléments transcendants mais des coproductions sociales.
La religion est un bon exemple de désinstitutionalisation.
 
En ce qui concerne l’école, elle est soumise aux médias, aux demandes des parents qui se mêlent de pédagogie et à l’environnement socio-économique.
Elle est agressée par des alternatives de savoir, par l’introduction d’un relativisme culturel généralisé.
Aujourd’hui, le savoir des médias vaut celui des maîtres.
Pourtant l’apprentissage ne peut se faire que lorsqu’on considère qu’il y a un maître et que l’on croit à ce qu’il dit. On peut dire que l’éducation nationale s’est désinstitutionalisée.
 
Toutes ces institutions ont perdues leur essence et leur identification aux valeurs, elles sont devenues de simples organisations.

Autrement dit, aujourd’hui l’institution est un cadre, une offre de service. Elle accomplit le programme de la modernité, celui d’une autoproduction de la société.

Les rôles

Selon Dubet, le rôle n’est pas forcément un concept essentiel. Selon lui, on passe du rôle à l’expérience sociale. Le rôle, c’est l’aspect figé des attentes de rôles alors que l’expérience sociale est l’activité par laquelle chacun de nous construit le sens et la cohérence d’une action qui ne lui sont pas données par un système homogène et par des valeurs uniques (autrement dit par des aspects transcendants).
« Je vais créer mon rôle par l’expérience sociale »
Selon Dubet, la désinstitutionalisation correspond à la disjonction entre les valeurs et les institutions.

Les valeurs

Selon les auteurs, les définitions varient.
Selon Rokeach en 1968, il s’agit d’une croyance durable selon laquelle un mode spécifique de conduite ou un but de l’existence est personnellement et socialement préférables à d’autres conduites ou buts.
Selon Schwartz et Bilsky en 1987, le système de valeurs correspond à l’adhésion des individus à des objectifs permettant de satisfaire des intérêts appartenant à des domaines motivationnels et ayant une importance plus ou moins grande dans la vie de tous les jours.
Pour Boudon et Bourricaud, il s’agit de préférences collectives qui apparaissent dans un contexte institutionnel et participent à sa régulation.
Enfin pour Rezsohazy en 2002, c’est ce que les hommes apprécient, estiment, désirent, recommandent voir proposent comme idéal.
Les valeurs sont donc de l’ordre du désirable, elles sont censées être le soubassement des normes.
 
Dans le système classique on a :
Des institutions qui incarnent des valeurs, qui fondent des normes, qui fondent des rôles, qui fondent des personnalités.
 
Quand les valeurs changent, ce sont des indices de changements sociaux. Il existe une fondation européenne pour l’étude des valeurs : Europeen Value System.
Cette fondation a réalisée une enquête longitudinale et transversale en 1981 puis refaite en 1990 et 1999. On commence donc à avoir une idée du changement des valeurs via les questionnaires utilisés.
Ils ont inclus la question suivante pour les items du questionnaire:
« Est-ce que vous jugez cet item plus ou moins excusable ? » via une échelle type Lickert.
On utilise le terme « excusable » pour savoir si c’est « grave » pour la personne ou non dans un contexte particulier. Cela permet de répondre au plus près de son comportement.
Les valeurs sont liées à l’actualité.
On observe que la tolérance à l’égard de l’avortement et du suicide se crispe en 1990 et 1999. Les valeurs de la fidélité augmentent et on assiste à un regain du mariage. Ce questionnaire mesure bien les mentalités des gens. Cependant, il y a des problèmes méthodologiques concernant le sens des items. Pour exemple, la drogue (vente ou consommation) ou encore la prostitution (ou proxénétisme). Il faut réactualiser les items. Par exemple, intégrer un item sur la pédophilie.
 
Pour certains comportements, on devient plus tolérants, pour d’autres, c’est l’inverse. Il existe des îlots de traditions dans tous les pays.
On note une certaine forme de tolérance à l’intolérance (exemple du port du voile).
 
Les pays les plus permissifs sont la France, les Pays Bas, le Danemark. Le Pays le moins permissif est l’Irlande. C’est l’Espagne qui a fait la plus grande évolution vers le permissif.
 
On peut se poser la question de savoir qu’est ce qui fait qu’on a des valeurs différentes notamment en fonction des générations.
Selon Schwartz, il existe un axe avec deux oppositions :

  Amélioration de soi
(Pouvoir, accomplissement personnel)
 
Conservatisme    Ouverture au changement
(Auto orientation, autostimulation) 
   Dépassement de soi
(Universalisme, altruisme, bienveillance)      
 


Zinglehart travaille sur les changements de valeurs et les systèmes politiques dans les années 70.
Il oppose deux systèmes de valeurs :

  • Individuel, matérialiste
  • Individuel, post matérialiste

La moitié de la population se situe au milieu, c’est une configuration mixte.
 
Les matérialistes valorisent la sécurité physique et économique.
Les post matérialistes valorisent, quand à eux, les satisfactions intellectuelles et esthétiques ou celles qui découlent du sentiment d’appartenance ou d’estime de soi.
 
Les valeurs matérialiste apparaissent  à partir des années 50-60. Théoriquement, on passerait des valeurs matérialistes aux valeurs post matérialistes. La société occidentale se déplace vers le post matérialisme.
Les trente glorieuses provoquent une accélération du niveau de vie, ce qui entraine un délaissement des valeurs acquises (telle que la sécurité économique).
On cherche autre chose. Il y a des fluctuations. A partir des années 70, une partie de la population redevient matérialiste.
Pour exemple, en 1986/87, on compte 14% de post matérialistes contre 32% de matérialistes. En 2000, les post matérialistes sont à part égale avec les matérialistes.
L’auteur nous montre que le contexte socio-économique a une influence quasi mécanique sur les mentalités. Il révèle également que les jeunes sont souvent plus tolérants que les personnes âgées qui tendent vers le conservatisme. L’explication tiendrait au contexte dans lequel on grandit.

Il semble que les préoccupations des individus reflètent moins les manques dont ils peuvent souffrir dans leur environnement socio-économique présent que les conditions qui ont prévalues pendant leur jeunesse.

Ce qui distancie les jeunes des personnes âgées :

  • Point de vu développemental : on vieillit
  • Point de vu en terme de rôle : quand on devient parent par exemple
  • Changement idéologique : par exemple, les personnes nées en 1968 sont plus permissives

Il y a un effet de cohorte : On est marqué par les grands événements. Ce n’est pas qu’un effet d’âge mais de génération.
Il semble que l’on retourne vers un matérialisme due à la crise économique,  aux problèmes d’accès à l’emploi, au logement. Cet état de fait freine le déplacement vers le post matérialisme.
En ce sens, on peut donc dire que l’effet de génération va contre l’effet développemental.
 
Rezsohazy a une vision un peu différente.
Pour lui, il y a quatre types de valeur :

  1. Valeurs traditionnelles : Religion, autorité, travail, rigueur morale, obéissance, devoir, responsabilité, fidélité.
  2. Valeurs centrales : Amour, famille, amitié, honnêteté, dignité, réussite professionnelle, propriété, consumérisme, sécurité, loisirs, sciences et techniques, progrès, démocratie, paix. Ces deux types de valeurs sont permanentes et transhistoriques.
  3. Valeurs post modernes : Individualisme (exacerbation du « Je »), épanouissement, liberté, expérimentation, relativité, sincérité (recherche de l’authenticité), tolérance, spontanéité (ex : expression des sentiments), permissivité, sexualité (ex : accomplissement sexuel), intensité (ex : émotions fortes), hédonisme, temps présent, convivialité, importance accordée  à la nature, vie (profiter de la vie), égalité (gommer toute hiérarchie).
  4. Valeurs latentes : Elles sont plus ou moins là en sommeil et émergent quand un événement se produit : Justice, solidarité, fraternité, bienveillance, bonté.

On est dans des représentations de l’ordre de l’idéal. Les individus incarnant cette société post moderne sont plutôt en faveur de clivages sociaux bien que dans l’idée, ils sont pour l’égalité.
 
Selon Bourdieu, « la jeunesse n’est qu’un mot ». Cela signifie qu’elle n’est pas homogène, elle ne constitue pas un tout. Les jeunes appartiennent à des classes sociales, des pays différents. On peut donc se poser la question de l’existence de valeurs de jeunes.
Pour l’auteur, il y a une parenthèse de la jeunesse, il y a une relative communauté de valeurs de la jeunesse.
Il semble que les 18/29 ans soient relativement bienveillants par rapport à notre société, à notre monde économique actuel.
Une grande majorité de jeunes s’intéresse peu à la politique. Par contre, ils sont capables de fortes mobilisations conjoncturelles. En effet, il y a des thèmes fortement mobilisateurs tels que le racisme toutes classes sociales confondues.
Il y a aussi un déterminisme social. On va se positionner par rapport à ses parents (en opposition ou pas).
Les jeunes sont plutôt en faveur de la mondialisation.
Pour les 18/25 ans, ça concerne la culture américaine, la musique.
Pour les 30/35 ans, ça concerne les délocalisations, les pertes d’emplois, l’exploitation des peuples pauvres.
85% des jeunes de 18 à 29 ans ont une image positive de l’ordre. 79% ont une image positive de l’autorité et 59% regrettent que le rôle des parents ne soit pas assez valorisé. Ils accordent une part plus importante à la famille que la génération précédente (1968). Cette génération avait un rapport d’opposition par rapport aux parents.
En 1975, l’âge de la majorité est passé de 21 à 18 ans. Beaucoup de jeunes de l’époque étaient en rupture avec leurs parents. Aujourd’hui, les 18/29 ans n’ont pas le même besoin de quitter leurs parents qui sont d’ailleurs moins autoritaires (génération Tanguy).
Ces jeunes recherchent une figure autoritaire, ils sont en quête d’un cadrage. Quand ils deviennent eux-mêmes parents, ils sont plus sévères.
On note un renouveau de la famille.
Chez les marxistes, les anarchistes, la famille était un modèle d’aliénation, de patriarcat.
Aujourd’hui, la famille est perçue comme un système ouvert, d’où un regain pour le mariage, une hausse de la natalité et de la valeur de la fidélité conjugale. Cependant, la divortialité augmente paradoxalement. Cet état de fait peut en partie s’expliquer par l’augmentation de l’importance du développement personnel pour les individus.
 
Une grande majorité de jeunes pensent que les femmes devraient travailler quand elles le veulent. Ce qui veut dire que le féminisme a perdu du terrain. L’avortement devient de plus en plus difficile et les grossesses adolescentes augmentent.
On est d’autant plus conservateurs que l’on est âgé mais il existe des variables médiatrices sur l’effet d’âge.
Il en est de même pour le retour à la religion. On se marie de plus en plus à l’église sans être forcément croyant.

La société post moderne consiste en une vision égocentrée du monde.

Thèse de Rezsohazy : « Sociologie des valeurs ».

Valeurs européennes :

  • Pensée scientifique (croyance en la toute puissance scientifique sur le corps)
  • Amour (c’est un phénomène comme le sens de la justice, la sincérité et l’honnêteté)
  • Raison (c'est-à-dire la démocratie, le temps mesuré, la maîtrise, le travail.)
  • Autonomie de l’individu

Les fondements même du post modernisme sont :

  • Relativisme
  • Pluralisme
  • Tolérance

Dans la société traditionnelle : hégémonie des religions
Dans la société moderne : rejet des religions
Dans la société post moderne : bricolage de la religion (éléments de différentes religions qui coexistent).

On distingue habituellement le collectivisme (correspondant aux sociétés traditionnelles)  de l’individualisme (correspondant aux sociétés modernes).

Tout ce passe comme si on passait d’une société traditionnelle (prima du « Nous » sur le « Je ») à une société moderne (prima du « Je » sur le « Nous ») et à une société post moderne (prima du «Je »+, le sujet voit son individualité autonome et auto déterminée).
Nous ne sommes plus vraiment dans la société moderne.

A chaque époque, les valeurs ambiantes façonnent un type de personnalité.

 

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