Mis à jour le 26 octobre 2026
Un chercheur du nom de Willem Doise a établi différents niveaux d’analyse de référence.
Les niveaux d’analyse de Doise:
On peut, en fait, distinguer quatre niveaux d’analyse distincts :
Niveau intra psychique ou intra-individuel
En Psychologie sociale, il s’agit de l’étude des mécanismes qui permettent à l’individu d’organiser et de maitriser ses expériences sociales. On peut citer comme exemple les mécanismes d’attributions causales ou encore les processus de Catégorisation. On a tendance à penser qu’ils sont plutôt stables chez les Sujets. Il n’est pas rare que ces processus soient appréhendés en termes de trait de personnalité, comme les échelle d’estime de soi par exemple.

Niveau interindividuel ou groupale
Cette fois, les variables explicatives sont situées au niveau des relations entre individus ou entre groupes. C’est l’approche majeure de l’interactionnisme.
Niveau positionnel
Les variables explicatives se trouvent dans les diverses positions (type statutaires) ou insertions (effectives et symboliques) des sujets dans les systèmes où ils évoluent. Ce niveau d’analyse intéresse beaucoup la psychologie-sociale.
Niveau représentationnel ou idéologique
Pensée sociale, savoir social…Les systèmes de croyances, de représentations, de valeurs que développe toute société, sachant qu’à l’intérieur de ces sociétés les contenus vont être différents en fonction des groupes sociaux. Voir chapitre sur les représentations. L’idéologie est le niveau le plus complexe et le moins étudié. C’est un vaste système d’explications du monde et donc de la place du sujet dans le monde. Elle peut être aussi définie comme un ensemble organisé de représentations sociales. Exemple : Idéologie libérale – conception du monde, de l’économie en termes de libre circulation, une conception de l’état en termes de non-intervention et une conception du sujet en terme d’autonomie, de rationalité, d’internalité.
Dans les études, les différents niveaux d’analyse peuvent être articulés.
À lire aussi : Trois astuces pour se faire des amis quand on est timide !
Articuler les niveaux d’analyse en psychologie sociale : un même phénomène vu sous quatre angles
La force du modèle de Willem Doise, présenté dans L’explication en psychologie sociale (1982) puis dans sa version anglaise Levels of Explanation in Social Psychology (1986), tient moins à la liste des niveaux qu’à l’idée de les combiner. Prenons une question simple : pourquoi certains élèves réussissent-ils moins bien un test de mathématiques ? Chaque niveau apporte une réponse partielle, et aucune ne suffit seule.
| Niveau | Question posée | Exemple de variable | Travaux souvent cités |
|---|---|---|---|
| Intra-individuel | Comment l’élève traite-t-il l’information sur lui-même ? | Sentiment d’efficacité, attributions de l’échec | Heider, Kelley, Bandura |
| Interindividuel et situationnel | Que se passe-t-il pendant la passation du test ? | Présence d’un évaluateur, comparaison avec un camarade | Zajonc, Festinger (comparaison sociale) |
| Positionnel | Quelle place l’élève occupe-t-il dans la structure sociale ? | Genre, origine sociale, statut du groupe d’appartenance | Steele et Aronson (menace du stéréotype), Tajfel et Turner (identité sociale) |
| Idéologique | Quelles croyances partagées encadrent la réussite ? | Croyance au mérite, norme d’internalité | Moscovici (représentations sociales), Beauvois et Dubois, Lerner (croyance en un monde juste) |
Les recherches sur la menace du stéréotype montrent bien cette articulation. Un stéréotype collectif (niveau idéologique) ne pèse sur la performance que si l’élève appartient au groupe visé (niveau positionnel), que la situation rend cette appartenance saillante (niveau situationnel) et que la personne y consacre une partie de ses ressources cognitives (niveau intra-individuel). Doise parlait justement d’articulation : une bonne explication relie au moins deux niveaux au lieu d’en privilégier un seul.
Le modèle de Doise comme garde-fou contre le réductionnisme
La grille sert aussi à repérer les explications trop courtes. Attribuer un conflit entre groupes à la seule personnalité de quelques individus revient à rester au premier niveau, alors que les expériences de Muzafer Sherif dans des camps de vacances, au cours des années 1950, ont montré que la compétition pour des ressources suffisait à faire naître l’hostilité entre des garçons ordinaires. À l’inverse, tout ramener à l’idéologie efface des différences individuelles bien réelles.
Le même raisonnement s’applique à la vie quotidienne. La timidité dépend de l’estime de soi, mais également des situations rencontrées et des normes du milieu, ce que rappellent les pistes concrètes de notre article Trois astuces pour se faire des amis quand on est timide !
Les niveaux d’analyse de Doise en 2026 : ce que la recherche récente y ajoute
Plus de quarante ans après sa parution, la grille reste enseignée dans les licences de psychologie en France, souvent dès la première année. Plusieurs évolutions méthodologiques l’ont pourtant enrichie.
Les modèles statistiques multiniveaux
Les chercheurs disposent aujourd’hui de modèles mixtes, ou hiérarchiques, qui estiment dans une même analyse l’effet de variables individuelles et celui de variables collectives (classe, entreprise, pays). L’intuition de Doise, longtemps restée théorique, peut ainsi être chiffrée : on évalue par exemple quelle part des écarts de bien-être au travail tient aux personnes et quelle part tient aux équipes.
Une exigence de solidité renforcée
La crise de la réplication des années 2010 a conduit à réexaminer des effets jugés robustes, en particulier ceux étudiés au niveau intra-individuel sur de petits échantillons. Le préenregistrement des hypothèses, les études menées sur plusieurs sites et le partage des données sont devenus courants. Ces pratiques valorisent les protocoles qui croisent les niveaux, car un effet retrouvé dans des contextes variés convainc davantage.
Le numérique, un terrain qui mêle les quatre niveaux
Les réseaux sociaux en ligne rendent la distinction très concrète. Un message partagé mobilise des biais cognitifs individuels, des échanges entre abonnés, des positions inégales (comptes influents, anonymes, communautés) et des systèmes de valeurs concurrents. Beaucoup de travaux actuels sur la polarisation des opinions reposent sur cette lecture en couches, même lorsqu’ils ne citent pas Doise.
Quelques réserves reviennent malgré tout dans les manuels :
- la frontière entre le niveau interindividuel et le niveau positionnel reste floue, une relation entre groupes pouvant relever des deux ;
- le niveau idéologique se mesure difficilement de façon directe, ce qui explique sa place réduite dans les études expérimentales ;
- la grille classe des types d’explication, elle ne constitue pas une théorie prédictive en elle-même.
Les niveaux d’analyse en psychologie sociale en cinq questions
Qui est Willem Doise ?
Willem Doise est un psychologue social d’origine belge qui a mené l’essentiel de sa carrière à l’université de Genève. On lui doit des travaux sur les relations intergroupes, sur le développement social de l’intelligence, menés avec Gabriel Mugny, et sur les représentations sociales des droits de l’homme.
Combien de niveaux d’analyse distingue Doise ?
Il en distingue quatre : intra-individuel, interindividuel et situationnel, positionnel, idéologique. Ils vont du fonctionnement psychique de la personne jusqu’aux croyances partagées par une société entière.
Quelle différence entre niveau interindividuel et niveau positionnel ?
Le niveau interindividuel s’intéresse à ce qui se joue dans une interaction précise, ici et maintenant. Le niveau positionnel fait intervenir des statuts qui existent avant la rencontre, comme le genre, la profession ou l’appartenance à un groupe majoritaire ou minoritaire.
Pourquoi le niveau idéologique est-il le moins étudié ?
Les croyances collectives évoluent lentement et se manipulent mal en laboratoire. Les chercheurs passent donc plutôt par des enquêtes, des analyses de discours ou des comparaisons entre pays, des méthodes plus longues à mettre en œuvre qu’une expérience classique.
À quoi sert cette grille pour un étudiant ?
Elle aide à lire une publication en identifiant le niveau visé par les variables, à repérer ce qu’une étude laisse de côté et à structurer une dissertation. Partir d’un phénomène puis le traiter niveau par niveau donne un plan clair et évite les explications à sens unique.
Articles similaires
- Les représentations sociales
- Le site des Expériences de Psychologie Sociale !
- Combien de temps faut-il pour faire mûrir un abcès? Conseils et explications