Pourquoi blâmons-nous les autres pour nos erreurs ?

par Mariane

Mis à jour le 26 octobre 2026

Lorsque quelque chose ne va pas, êtes-vous plus susceptible de reconnaître les erreurs que vous avez commises ou de jouer le jeu du blâme ?

Beaucoup de gens sont prompts à pointer du doigt et à jouer le jeu du blâme. En fait, des recherches récentes ont montré que nous nous attendons à ce que ce comportement se produise. Nous nous attendons à ce que d’autres s’engagent dans le rejet du blâme, rejetant la faute sur les autres pour leurs propres erreurs.

Mes mains ne sont pas propres. J’ai blâmé les gens pour mes propres erreurs plus d’une fois, c’est certain. Pourquoi? C’est facile.

Pourquoi nous blâmons les autres

En termes simples, il est beaucoup plus facile de rejeter la faute sur quelqu’un d’autre que d’assumer l’entière responsabilité de vos actes. Il est également plus facile de blâmer quelqu’un pour nos actions plutôt que d’examiner de plus près pourquoi nous avons commis l’erreur que nous avons commise et d’en subir les conséquences possibles – que ce soit quelque chose que vous avez fait au travail ou quelque chose qui s’est produit lors d’une querelle entre vous et votre partenaire. Le transfert de blâme demande moins d’efforts et c’est plus facile pour nous sur le plan émotionnel, du moins sur le moment.

« Le blâme est comme un autre mécanisme de défense », explique Cynthia Catchings, LCSW-S, fournisseur de Talkspace. « Nous pourrions appeler cela le déni ou la projection, car cela nous aide à préserver notre estime de soi ou notre fierté en évitant de prendre conscience de nos propres problèmes. »

Pourquoi utilisons-nous des mécanismes de défense? Pour nous protéger – que ce soit des critiques, des conséquences négatives, de l’attention, de tout ce dont vous avez peur. Vous pourriez même nier que vous êtes, en fait, celui qui fait des erreurs.

« Nous pouvons le considérer comme un outil que nous utilisons lorsque nous sommes en mode attaque », ajoute Catchings. Alternativement, elle note que certaines personnes blâment les autres dans le but de les blesser – ce qui n’est certainement pas cool !

De plus, il est possible que vous ayez des expériences négatives profondément enracinées dans votre enfance qui vous prédisposent à agir de cette manière. « Psychologiquement, nous pouvons également voir que les problèmes d’attachement peuvent créer des problèmes qui se manifestent lorsque nous grandissons », explique Catchings. « Des attachements insécures et ambivalents peuvent nous amener à ne pas accepter nos responsabilités et à trouver plus facile de blâmer. »

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Conséquences négatives de blâmer les autres

Blâmer les autres pour nos erreurs est rarement sans conséquence. On peut avoir l’impression de gagner sur le moment, de profiter de nous-mêmes lorsque nous n’assumons pas la responsabilité de nos actions, mais ce n’est certainement pas le cas à long terme. Blâmer les autres peut, et se retournera probablement contre vous, vous laissant souhaiter que vous n’ayez jamais joué au jeu du blâme en premier lieu.

Si ce n’était pas évident, ceux que vous blâmez s’en rendront compte, et ils ne seront pas contents que vous n’acceptiez pas vos propres bévues.

« Généralement, lorsque nous adoptons ce comportement, les gens autour de nous peuvent commencer à nous en vouloir ou même s’éloigner », explique Catchings. « Un autre résultat peut être la perte de communication ou de confiance. Les personnes victimes commencent à avoir l’impression de marcher sur des œufs et évitent de communiquer pour éviter d’avoir à subir le blâme.

Blâmer les autres ne vous affecte évidemment pas seulement à long terme, cela affecte également ceux que vous pointez du doigt. Selon Catchings, « Cela peut entraîner une faible estime de soi, un sentiment d’inutilité et même des dommages émotionnels permanents si le comportement ne change pas et/ou si la personne concernée ne cherche pas d’aide professionnelle ».

Vous pourriez finir par perdre des amitiés, des relations ou des emplois, selon votre situation. « [Blaming] peut également conduire à la solitude et à l’abandon, car les personnes autour de ceux qui blâment peuvent partir et ne jamais revenir », prévient Catchings.

Comment arrêter ce comportement

Comme pour de nombreux comportements toxiques, reconnaître que vous avez le problème est la première étape pour y remédier. Même le reconnaître pourrait ne pas être facile pour vous, car finalement, vous devrez vous blâmer vous-même et vous tenir responsable de vos actes. Si vous êtes un blâmeur chronique, cela fait peut-être un moment que vous n’avez pas pris vos responsabilités.

« La famille et les amis peuvent aider en étant compréhensifs et serviables. C’est différent d’entendre une voix gentille nous dire qu’il y a un problème au lieu d’entendre quelqu’un nous crier dessus que nous avons besoin d’aide », déclare Catchings.

Faire appel à quelques personnes dignes de confiance, des personnes sur lesquelles vous pouvez compter, peuvent vous aider à rendre des comptes et agir comme un système de soutien. Il est plus facile d’apporter des changements positifs dans nos vies lorsque nous avons des gens à nos côtés, qui nous enracinent… et nous appellent gentiment lorsque nous nous écartons de la nouvelle voie moins coupable que nous avons tracée.

Observez activement votre processus de pensée la prochaine fois que vous ferez une erreur. Où votre esprit saute-t-il en premier ? Voulez-vous blâmer quelqu’un ou voulez-vous vous expliquer et vous approprier ce que vous avez fait ? Faites un effort conscient pour choisir la deuxième option, même si c’est plus facile à dire qu’à faire. Surtout si vous n’y êtes pas habitué !

« L’aide professionnelle est le moyen le plus recommandé pour apprendre à arrêter ce comportement », déclare Catchings. « Ce comportement pourrait être le résultat d’expériences et de problèmes d’enfance non résolus et consulter un thérapeute serait le meilleur moyen d’apporter un véritable changement dans nos vies. » Si vous souhaitez savoir si un thérapeute peut vous aider à creuser la racine de ce problème et vous aider à éviter ce comportement, essayez de parler à un thérapeute en ligne dès aujourd’hui.

Nous devons apprendre à être capables de nous tenir responsables des erreurs, grandes et petites, même si cela peut être effrayant. Il n’est pas facile d’admettre nos erreurs, mais c’est sans aucun doute la bonne chose à faire.

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Ce que la psychologie sociale ajoute : les biais d’attribution derrière le blâme

La notion de mécanisme de défense explique une partie du phénomène, mais la psychologie sociale propose une lecture complémentaire, plus quotidienne et moins pathologique. Depuis les travaux de Fritz Heider à la fin des années 1950, les chercheurs étudient la façon dont nous expliquons les causes d’un événement : est-ce la personne qui est en jeu, ou bien la situation ? C’est ce qu’on appelle l’attribution causale. Et nos explications ne sont pas neutres : elles penchent presque toujours dans le sens qui nous arrange.

Réponse rapide

La notion de mécanisme de défense explique une partie du phénomène, mais la psychologie sociale propose une lecture complémentaire, plus quotidienne et moins pathologique. Depuis les travaux de Fritz Heider à la fin des années 1950, les chercheurs étudient la façon dont nous expliquons les causes d’un événement : est-ce la personne qui est en jeu, ou bien la situation ? C’est ce qu’on appelle l’attribution causale. Et nos explications ne sont pas neutres : elles penchent presque toujours dans le sens qui nous arrange.

Trois biais reviennent dans la littérature scientifique et se complètent :

  • Le biais d’autocomplaisance : nos réussites viennent de nos qualités, nos échecs viennent des circonstances ou des autres. Il protège l’estime de soi sans même que nous en ayons conscience.
  • L’erreur fondamentale d’attribution : quand quelqu’un d’autre se trompe, nous accusons spontanément son caractère (négligent, incompétent) en sous-estimant le contexte qui pesait sur lui.
  • L’asymétrie acteur-observateur : pour nos propres actes, nous voyons surtout la situation ; pour les actes d’autrui, nous voyons surtout la personne.

Mis bout à bout, ces biais produisent un schéma très reconnaissable : « J’ai raté parce que le délai était intenable, il a raté parce qu’il est désorganisé. » Personne n’a besoin d’être mal intentionné pour raisonner ainsi. C’est justement ce qui rend le réflexe si répandu.

Biais Ce qu’on se dit Question à se poser
Autocomplaisance « Ce n’est pas ma faute, on ne m’a pas prévenu. » Quelle part de l’erreur dépendait réellement de moi ?
Erreur fondamentale d’attribution « Il est vraiment incapable. » Quelles contraintes avait-il au moment des faits ?
Asymétrie acteur-observateur « Moi, j’étais débordé ; lui, il est lent. » Est-ce que j’appliquerais la même excuse à cette personne ?

La contagion du blâme, un effet de groupe bien documenté

Une étude de Nathanael Fast et Larissa Tiedens, publiée en 2010, a mis en évidence un phénomène que les psychologues appellent la contagion du blâme. Lorsque des participants voyaient quelqu’un rejeter publiquement la faute sur un tiers, ils devenaient eux-mêmes plus enclins à accuser les autres pour leurs propres échecs. Observer un blâme donnerait en quelque sorte une permission implicite de faire pareil, surtout quand l’image de soi se sent menacée. Ce résultat éclaire pourquoi certaines équipes ou certaines familles semblent prises dans une spirale où tout le monde se renvoie la balle.

Rejeter la faute sur autrui en 2026 : travail, couple et écrans

Les ressorts psychologiques restent les mêmes, mais les terrains où le blâme s’exprime ont évolué. Trois contextes méritent une attention particulière aujourd’hui.

Au travail : la montée des retours d’expérience « sans blâme »

Dans l’aviation, la santé puis le numérique, de plus en plus d’organisations adoptent ce que l’on appelle la « culture juste » ou les retours d’expérience sans recherche de coupable. Le principe : après un incident, on analyse ce qui a rendu l’erreur possible (process, outils, charge de travail) au lieu de désigner un responsable. Cette approche ne supprime pas la responsabilité individuelle, elle réserve la sanction aux fautes délibérées ou aux négligences graves. Elle repose sur un constat simple : là où l’erreur est punie à chaque fois, les gens la cachent, et les problèmes se répètent. Avec le travail hybride, où l’on se voit moins et où les malentendus passent par messagerie, ce cadre aide à éviter que chaque raté ne devienne un procès par écrit.

En couple et en famille : le blâme comme évitement du conflit réel

Dans une relation proche, accuser l’autre sert souvent à ne pas parler de ce qui fait mal. « Tu ne m’as pas rappelé » peut masquer « je me suis senti mis de côté ». Formuler un besoin plutôt qu’un reproche change la nature de l’échange. Les approches centrées sur l’expérience présente, comme la Gestalt thérapie, travaillent précisément cette capacité à dire « je ressens » au lieu de « tu as fait ». Chez l’enfant, rejeter la faute est une étape normale du développement ; si cela s’installe durablement ou s’accompagne de colère importante, en parler à un psychologue pour enfant peut aider les parents à y voir plus clair.

Sur les réseaux sociaux : l’accusation publique amplifiée

Les plateformes récompensent les messages tranchés. Désigner un coupable, une marque, un collègue ou un ex, génère davantage de réactions qu’un « je me suis trompé ». La contagion du blâme y trouve un terrain idéal : chaque accusation visible normalise la suivante. Prendre le temps avant de publier, et se demander si l’on écrirait la même chose en face, reste l’un des garde-fous les plus efficaces.

Blâmeur occasionnel, blâme chronique ou manipulation : faire la différence

Tout le monde rejette la faute de temps en temps, sous l’effet du stress ou de la fatigue. Ce qui doit alerter, c’est la répétition et la rigidité du schéma. Quelques repères pour distinguer les situations :

  • Le réflexe ponctuel : la personne accuse sur le moment, puis revient sur ses propos quand la tension retombe.
  • Le blâme chronique : aucune erreur n’est jamais reconnue, quelle que soit l’évidence, et l’entourage finit par s’autocensurer.
  • Le blâme stratégique : la faute est retournée de façon calculée pour culpabiliser l’autre et garder le contrôle. Ce fonctionnement se rapproche des tactiques décrites dans notre article sur les choses qu’un manipulateur déteste.

À l’inverse, certaines personnes tombent dans l’excès opposé : elles s’attribuent toutes les erreurs, y compris celles qui ne leur reviennent pas. Ce n’est pas davantage un signe de maturité. L’objectif n’est pas de s’accuser à la place des autres, mais de répartir la responsabilité de façon réaliste. Une formule utile consiste à séparer trois questions : qu’est-ce qui s’est passé, quelle était ma part, et que vais-je faire différemment la prochaine fois. Répondre à la troisième transforme la honte en action, ce qui rend l’aveu beaucoup moins coûteux.

Le fait de blâmer les autres est-il un trouble psychologique ?

Non, pas en soi. C’est un biais cognitif très courant qui touche tout le monde à des degrés divers. Il devient préoccupant lorsqu’il est systématique, qu’il abîme les relations et que la personne ne parvient jamais à reconnaître sa part, auquel cas un échange avec un professionnel de santé mentale peut être utile.

Comment réagir face à quelqu’un qui me rejette toujours la faute ?

Restez sur les faits plutôt que sur la personne, en décrivant précisément ce qui s’est passé et son impact. Évitez de surenchérir par une contre-accusation, qui alimente la contagion du blâme. Si le schéma se répète malgré vos efforts, poser des limites claires ou prendre de la distance devient légitime.

Pourquoi est-il si difficile de dire « c’est ma faute » ?

Parce que reconnaître une erreur menace l’image que nous avons de nous-mêmes et expose à un jugement extérieur. Le cerveau privilégie spontanément les explications qui préservent l’estime de soi. S’entraîner sur de petites erreurs, dans un cadre bienveillant, rend progressivement l’exercice plus naturel.

Un enfant qui accuse toujours son frère ou sa sœur, est-ce normal ?

Jusqu’à un certain âge, c’est une réaction fréquente, liée à la peur de la punition et à une compréhension encore partielle de la responsabilité. Valoriser l’honnêteté plutôt que sanctionner chaque aveu encourage l’enfant à reconnaître ses actes avec moins de crainte.

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